Les résultats des européennes dans 10 pays à la loupe

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Tour d'horizon des résultats des élections européennes dans 10 pays de l'Union.

Royaume-Uni

Quatre jours après la démission forcée de Theresa May, les Tories semblent massivement compter sur le charismatique Brexiter dur Boris Johnson pour parler plus fort que Farage.

Il y a un peu plus de six ans, le lancement du processus du référendum sur le Brexit, par le Premier ministre d’alors David Cameron, visait directement à endiguer la montée en puissance de Nigel Farage. Celui-ci a, depuis, remporté deux élections européennes avec deux partis différents. Celle du Parti du Brexit (31,7%) est plus spectaculaire encore que celle d’Ukip, en 2014 (26,6%).

Farage veut encore accélérer. "Si nous ne quittons pas l’Union européenne le 31 octobre, le Parti du Brexit ira aux élections générales et assommera encore tout le monde", a-t-il affirmé au lendemain d’un scrutin qui voit les deux partis historiques, le Labour et le parti conservateur, rassembler quasiment un tiers de voix de moins à eux deux (seulement 22,8% cumulés).

Quatre jours après la démission forcée de Theresa May, les Tories semblent massivement compter sur le charismatique Brexiter dur Boris Johnson pour parler plus fort que Farage dans les mois à venir. S’il devance la quinzaine de candidats à l’élection interne de fin juillet, l’ancien maire de Londres devra encore convaincre les Communes de voter un vote de confiance.

Le spectre d’un Brexit sans accord, que Johnson dit être prêt à assumer si les négociations avec l’UE n’aboutissent pas à un meilleur accord que celui obtenu par May, risque d’être un obstacle majeur à un vote favorable. Le rejet d’un no deal est en effet le seul vote sur lequel les Communes sont parvenues à se mettre d’accord dans la dernière ligne droite du processus du Brexit.

Italie

Les urnes italiennes offrent un résultat sans équivoque. Par le triomphe de la Lega, et de son fougueux "capitano", le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, 34% des électeurs ont voulu clairement exprimer leur défiance vis-à-vis de Bruxelles.

Avec ces élections européennes, la Lega renverse les résultats des élections législatives de mars 2018: elle devient le premier parti national en laissant, bien derrière elle, le Mouvement 5 étoiles (M5S) qui remporte péniblement 17% des voix. Entre les deux, avec 22% des suffrages, se dresse le Parti démocrate (centre gauche), défendant, stoïquement et presque à contre-courant, un européisme franc et convaincu.

"La géographie européenne a changé et il est temps de renégocier tous les paramètres avec Bruxelles."
Matteo Salvini

À la fin du marathon électoral, au cours d’une conférence de presse improvisée, Salvini, crucifix à la main, a remercié les Italiens qui lui ont accordé leur confiance et a dévoilé ses intentions. "La géographie européenne a changé et il est temps de renégocier tous les paramètres avec Bruxelles."

Son autre cheval de bataille victorieux a été la gestion de l’immigration, comme le prouve, de façon emblématique, l’incroyable percée du parti à Lampedusa (45% des voix), premier port d’escale sicilien des flux migratoires en provenance d’Afrique du nord. Or, si Salvini vient de réaffirmer son allégeance à la coalition gouvernementale avec le M5S, les équilibres de la péninsule ont été complètement bouleversés par ce scrutin. Salvini a désormais le pouvoir en main et il compte bien l’utiliser.

France 

Si l’écart entre la liste de la majorité présidentielle et celle du Rassemblement national (RN) arrivée en première position, est finalement assez faible, si Emmanuel Macron et son gouvernement sauvent les meubles avec moins d’un point d’écart, le résultat arithmétique du scrutin européen en France masque d’autres réalités. D’abord, parce que la carte que publiait lundi le Figaro sur son site donnait en revanche l’impression d’un pays submergé par le parti souverainiste de Marine Le Pen.

En gagnant notamment Paris et les départements de la petite couronne, à l’électorat bien plus dense, Emmanuel Macron, qui avait mis tout son poids dans la balance, a su éviter de justesse une défaite importante.

En gagnant notamment Paris et les départements de la petite couronne, à l’électorat bien plus dense, Emmanuel Macron, qui avait mis tout son poids dans la balance, a su éviter de justesse une défaite importante. Mais à 22,4%, la liste présidentielle ne peut néanmoins se targuer d’un résultat satisfaisant. Le chiffre reflète en effet la faible représentativité du chef de l’Etat auprès des Français ayant voté, c’est-à-dire un sur deux. Un constat peu glorieux qui vaut aussi pour le Rassemblement national, toujours trop isolé pour espérer un jour gouverner. Avec un score jugé "honorable", l’exécutif français devrait donc poursuivre ses réformes, notamment dans le domaine de l’écologie.

Car il n’a échappé à personne que les Verts (EELV), créant la surprise, sont arrivés en troisième position du scrutin avec près de 14% des suffrages. À lui tout seul ou presque, Yannick Jadot a en effet devancé tous les partis de gauche. Une victoire qui a incidemment été saluée par le Belge Philippe Lamberts, s’avouant lundi dans les pages du Monde, sur "un petit nuage" face à la percée française.

Fin stratège connaissant sur le bout des doigts la grammaire électorale et les études d’opinion, Yannick Jadot s’impose désormais comme un élément incontournable de l’échiquier politique si d’aventure, les différents partis de gauche arrivaient à s’entendre. Celui qui a conduit la liste des Verts voit d’ailleurs loin, jusqu’aux présidentielles de 2022. Cependant que l’addition de toutes les gauches ne ferait pas encore, du moins sur le papier, une masse suffisante.

Emmanuel Macron a, de son côté, tout intérêt à entretenir cette dualité avec le RN, "repoussoir" qui lui avait permis d’accéder confortablement au pouvoir en 2017. D’où l’opportunité qu’il y aurait pour lui, après celui de la droite classique, à siphonner l’électorat écologique avec une politique adaptée. Sauf à ce que Yannick Jadot arrive à mettre en pratique ce qui avait porté durant deux septennats François Mitterrand au pouvoir: l’union de la gauche.

Allemagne 

Trois tendances se dégagent des urnes en Allemagne. Tout d’abord, la percée historique des Verts, dans le sillage du succès de Friday for Future. Le climat est devenu la principale préoccupation des électeurs – passé devant les questions migratoires – et la coalition d’Angela Merkel n’est pas perçue comme compétente en la matière (échec des objectifs climatiques qu’elle s’était fixé, importance du charbon, scandale des moteurs diesel, etc…)

Les électeurs ont sanctionné la majorité au pouvoir.

Les électeurs ont par ailleurs sanctionné la majorité au pouvoir: CDU (-7,5 points) et SPD (-11 points) s’effondrent, relançant la question de l’avenir de la coalition. Paradoxalement, 60% des électeurs sont satisfaits du travail d’Angela Merkel. Le recul de la CDU et du SPD laisse étonnamment plus de marge de manœuvre à la chancelière. Le SPD n’a aucun intérêt à provoquer de nouvelles élections. L’avertissement vaut également pour les frondeurs au sein de la CDU qui ne seraient pas assurés de retrouver leur poste en cas d’élections anticipées.

Enfin, les électeurs ont stoppé la progression de l’AfD, sauf dans deux Länder de l’ex-RDA (Brandebourg et Saxe).

Pays-Bas

Sans déclarer son soutien officiel à Frans Timmermans, le Premier ministre néerlandais libéral Mark Rutte a seulement reconnu qu’"il est devenu un acteur de poids sur l’échiquier européen".

Le succès du parti travailliste, emmené par Frans Timmermans, relance la candidature du Néerlandais pour succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne. Cette percée inattendue de la gauche modérée s’apparente en effet à une victoire personnelle pour celui qui occupe l’actuel poste de vice-président de la Commission européenne. Désormais, ses chances de devenir le "Spitzenkandidat" des sociaux-démocrates européens au poste de président de la Commission européenne, sont réelles. D’autant que le candidat conservateur, l’Allemand Manfred Weber, est loin de réunir un consensus à son égard.

Mais rien n’est encore acquis. Sans déclarer son soutien officiel à Frans Timmermans, le Premier ministre néerlandais libéral Mark Rutte a seulement reconnu qu’"il est devenu un acteur de poids sur l’échiquier européen". L’ironie veut que Mark Rutte soit, lui aussi, souvent cité pour un haut poste à Bruxelles.

Hongrie

Une victoire éclatante pour le Premier ministre hongrois, qui considère avoir le mandat d’arrêter la migration en Europe et de défendre la chrétienté.

La performance attendue du parti du Premier ministre Viktor Orban s’est confirmée: dans une Hongrie où les principaux médias critiques du pouvoir ont mis la clé sous la porte, le Fidesz (avec son allié KDNP) a remporté 52,3% des suffrages. Très loin devant son premier poursuivant socialiste, qui plafonne à 16%. C’est une victoire éclatante pour le Premier ministre, qui considère avoir le mandat d’arrêter la migration en Europe et de défendre la chrétienté. Le parti reste cependant en dessous de son record aux élections européennes: il avait réuni 59% des suffrages en 2009.

Avec 13 sièges, le Fidesz est un gros pourvoyeur de voix au PPE, qui l’a récemment suspendu pour avoir multiplié des attaques ad hominem contre les dirigeants de l’Union et les atteintes à l’État de droit. Les centristes au Parlement européen, faiseurs de rois, projettent de former une coalition avec les socialistes et un PPE débarrassé du Fidesz.

Grèce

Séisme politique. Défait par Nouvelle Démocratie (droite) lors des européennes avec plus de 9 points d’écart, le Syriza d’Alexis Tsipras risque l’implosion. Le Premier ministre grec ne s’est pas trompé et a immédiatement convoqué des élections anticipées pour la fin du mois de juin pour essayer d’enrayer la chute.

Le Syriza d’Alexis Tsipras risque l’implosion. Le Premier ministre grec ne s’est pas trompé et a immédiatement convoqué des élections anticipées.

Malgré un retour à la croissance depuis 3 ans, la hausse de 11% du salaire minimum en février et le retour du 13e mois de retraite annoncé en grande pompe et distribué aux retraités à quelques jours du scrutin, c’est une véritable déroute électorale pour le parti au pouvoir. Au final, trois ans d’austérité auront pesé plus lourd que 9 mois d’une politique de relance perçue comme électoraliste.

Reste à savoir désormais si la fulgurante ascension d’un parti passant de 4% à 37% pendant la crise sera suivie d’une descente aux enfers tout aussi impressionnante…

Espagne

En Espagne, les socialistes du chef du gouvernement Pedro Sanchez ont, comme prévu, remporté une large victoire avec 32,8% des voix devant les conservateurs du Parti populaire (20%). "Nous allons être la première délégation social-démocrate (au Parlement européen) et c’est une fierté pour nous" mais aussi "une énorme responsabilité", s’est félicité Pedro Sanchez, près d’un mois après sa victoire aux législatives.

Le scrutin européen a aussi vu les indépendantistes catalans Carles Puigdemont et Oriol Junqueras être élus à Strasbourg.

Les centristes de Ciudadanos (12% des voix) arrivent en troisième position, suivis de la gauche radicale de Podemos (10%). L’extrême droite de Vox (6%) remporte 3 sièges, mais a perdu du terrain par rapport aux 10% enregistrés lors de son entrée au Parlement espagnol le 28 avril.

Le scrutin européen a aussi vu les indépendantistes catalans Carles Puigdemont et Oriol Junqueras être élus à Strasbourg, mais il est peu probable qu’ils puissent occuper leurs sièges du fait de leurs démêlés avec la Justice espagnole.

Autriche 

Le chancelier autrichien a été renversé lundi par une motion de censure votée par les principaux partis d’opposition.

Sa victoire aux élections européennes n’a pas sauvé le chancelier Sebastian Kurz de la censure. Après l’éclatement de l’Ibizagate, révélant à une semaine du scrutin européen une tentative de collusion entre l’extrême droite qu’il a fait entrer au gouvernement et l’oligarchie russe, le chancelier a été renversé lundi par une motion de censure votée par les principaux partis d’opposition – réunissant les socialistes et l’extrême droite.

Le parti conservateur de Sebastian Kurz, l’ÖVP, avait pourtant remporté le scrutin de dimanche avec près de 35% des voix. Il est loin devant son premier poursuivant socialiste, et c’est même "le meilleur résultat jamais obtenu lors d’une élection européenne en Autriche", s’est réjoui le jeune chef de gouvernement. Comme attendu, le FPÖ a accusé un recul, tombant à 17%, perdant au passage un siège. Les socialistes se sont maintenus, tandis que les verts ont perdu un siège.

Et la Belgique

Pour la première fois, la Belgique envoie au Parlement européen un élu de gauche radicale. C’est la nouveauté la plus marquante, côté francophone, dans le contingent des 21 élus européens du royaume. En miroir, et à l’image des résultats du scrutin aux autres niveaux de pouvoir, la Flandre envoie trois élus d’extrême droite dans le Parlement dont la vocation est de bâtir une union toujours plus étroite entre les peuples d’Europe. Ces voix portées dans des groupes avant tout contestataires ne devraient pas trouver d’écho dans la définition d’une ligne majoritaire.

Percée rouge et retour vert

Côté francophone, les marxistes confirment donc leur percée, avec l’entrée au Parlement européen du premier député du PTB, Marc Botenga. Il connaît bien la maison, puisqu’il y était assistant parlementaire. Il intègre un groupe lourdement affaibli (la gauche radicale perdant 14 sièges pour tomber à 38/751).

Comme attendu, Écolo reprend le siège qu’il avait perdu en 2014, l’athoise Saskia Bricmont ira donc siéger avec Philippe Lamberts. Leur groupe monte en puissance dans l’hémicycle, mais pas assez pour être incontournable dans une future majorité (il gagne 17 sièges pour atteindre 69/751).

Le Mouvement réformateur tombe à deux sièges, qui seront occupés par un Olivier Chastel relativement novice sur les questions européennes – même s’il a été de manière éphémère ministre des Affaires européennes en 2011 –, et une Frédérique Ries expérimentée. Ils rejoignent le grand gagnant de dimanche parmi les groupes pro-européens: avec l’arrivée du contingent du parti d’Emmanuel Macron, le pôle libéral est crédité de 109 sièges, il était à 68. Si les libéraux belges perdent des plumes, ils ont donc la satisfaction de faire partie du groupe "faiseur de rois" – ou de reines. Démocrates-chrétiens et sociaux-chrétiens, qui règnent sans partage sur le Parlement depuis l’origine, ne peuvent se passer des libéraux pour former une majorité.

Le Parti socialiste perd également un siège: Paul Magnette, champion des voix de préférences côté francophone (295.339), cédera son siège à son suppléant, le député sortant Marc Tarabella, qui siégera aux côtés de Marie Arena. Contrairement aux libéraux, les socialistes ne sont pas dans un groupe qui monte (le S&D recule de 39 sièges pour tomber à 147), même s’il reste deuxième.

Quant aux centristes, ils se maintiennent: le cdH Benoît Lutgen prend le relais de Claude Rolin, alors que côté germanophone, le parti démocrate-chrétien CSP rempile également, envoyant une nouvelle fois Pascal Arimont. Ils sont tous deux dans le plus grand groupe de l’hémicycle: un Parti populaire européen en perte de vitesse (le PPE perd 37 sièges pour tomber à 180) – dont fait toujours partie le parti Fidesz de Viktor Orban, suspendu jusqu’à nouvel ordre et courtisé par les groupes eurosceptiques et d’extrême droite.

L’extrême-droite triple la mise

Le gagnant toutes catégories du scrutin en Belgique est le Vlaams Belang, qui progresse de 12,3% et monte d’un à trois sièges (Gerolf Annemans, Filip De Man et Patsy Vatlet). L’ex-ministre-président flamand Geert Bourgeois aura tiré une liste en perte de vitesse, la N-VA tombant de 4 à 3 sièges (il siégera avec Johan Van Overtveldt et Assita Kanko). Groen a progressé par rapport au dernier scrutin européen, mais pas assez pour gagner un second siège – Petra De Sutter prendra la succession de Bart Staes.

L’Open VLD tombe de trois à deux sièges – Guy Verhofstadt et Hilde Vautmans restent en place. Le CD&V se maintient à deux sièges, pour Kris Peeters et Cindy Franssen. Quant aux socialistes flamands du sp.a, ils gardent le siège de Kathleen Van Brempt.

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