Libéraux et écologistes "faiseurs de roi" dans la future majorité européenne

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Verts et libéraux ont brisé le duopole entre les socialistes et les démocrates chrétiens qui dirigeait l’Europe. L'un des deux, au moins, est indispensable pour créer une majorité au Parlement européen.

À écouter les partis européens dimanche, la plupart avaient remporté les élections. Une seule chose est sûre, c’en est fini du duopole entre socialistes (S&D) et démocrates chrétiens (PPE) qui gouvernait l’Union. Plusieurs scénarios sont possibles pour créer une majorité au Parlement européen, les jeux n'ont même jamais été aussi ouverts.

Dès lundi, les dirigeants des groupes politiques se parlaient pour tirer les conclusions des élections et commencer la discussion sur l’attribution des postes à la tête de l’UE. Les choses sérieuses commenceront ce mardi soir, lors d’un dîner entre les chefs d’État et de gouvernement européens.

Les Verts européens, portés par leur deuxième place inattendue en Allemagne, sont les seuls à réaliser une réelle percée lors de ces élections.

Après avoir régné sans partage, le S&D et le PPE, une coalition aux vapeurs d’après-guerre marquée par l’usure du pouvoir, sont obligés de composer avec les autres partis.

Selon les dernières estimations ce mardi, le PPE reste la première famille politique européenne, avec 177 députés, mais il en perd 40. Une hécatombe liée à l’essoufflement de la CDU d’Angela Merkel et à la vitalité des populistes en Italie, en France et en Europe de l’Est. Les socialistes sont la deuxième famille politique, avec 149 sièges, mais ils perdent 37 élus.

Les libéraux (ALDE), rejoints par la liste Renaissance du président français Emmanuel Macron, deviennent la troisième force politique du Parlement, avec 107 députés. La prouesse résulte d’une stabilisation de l’ALDE doublée d’une recomposition suite à l’émergence d’En marche en France, plutôt que d’un réel gain électoral sur le terrain.

Les Verts, portés par leur deuxième place inattendue en Allemagne, sont les seuls à réaliser une réelle percée lors de ces élections. Avec 17 députés de plus, leur groupe compte 69 sièges. Ce succès est lié à la question climatique. Pour certains analystes, c’est aussi une question générationnelle. En Allemagne, les écologistes arrivent devant la CDU-CSU auprès des électeurs de 18-44 ans.

Plusieurs scénarios envisageables

Le président Macron a eu raison de l’alliance entre les socialistes et le PPE, imposant à l’Union européenne la recherche d’une majorité progressiste.

Libéraux et écologistes entrent en course pour former une coalition éventuelle avec les socialistes et le PPE. La majorité au Parlement européen suppose 376 élus sur les 751. Le PPE, le S&D et les Verts, avec 395 sièges, pourraient créer à eux trois une majorité sans les libéraux, ce qui promet une bataille serrée. Une majorité, plus forte, pourrait aussi de dégager entre le PPE, le S&D et les libéraux (433 sièges). Les deux nouveaux "faiseurs de rois" comptent imposer leurs exigences pour la désignation des présidents de la Commission, du Parlement et du Conseil.

Le président Macron a eu raison de l’alliance entre les socialistes et le PPE, imposant à l’Union européenne la recherche d’une majorité progressiste. Mais il a été devancé par l’extrême droite dans son propre pays et n’a pas réussi à atteindre une masse critique lui permettant d’imposer son agenda pour l’Union (un budget européen, le parachèvement de la zone euro, un ministre des Finances…).

Manfred Weber, le "spitzenkandidat" du PPE, ne lâche pas ses ambitions à la présidence de la Commission. Mais la France préférerait y voir Michel Barnier (PPE) ou la candidate des libéraux, Margrethe Vestager. Le bras de fer entre Paris et Berlin commence mardi. Et il pourrait durer.

L’extrême droite désunie

Sur le papier, l’extrême droite est la deuxième force politique. Sa progression, moins forte qu’attendue, n’est pas moins réelle. Avec 170 élus, elle représente 23% de l’électorat européen, contre 20% avant. Mais les partis nationaux sont désunis sur de nombreux thèmes, comme les liens avec la Russie, la laïcité ou le sort des migrants.

Matteo Salvini (La Ligue) et Marine Le Pen (RN), en tête dans leur pays, rassemblent une cinquantaine de députés. Ils peuvent compter sur le FPÖ (3) et l’AfD (11). Matteo Salvini affirme qu’il peut rallier 150 députés au total, en discutant, entre autres, avec Nigel Farage et Viktor Orban. Mais il a du mal à convaincre.

Le parti pour le Brexit a remporté les élections au Royaume-Uni et aligne 29 sièges. Mais son fondateur, Nigel Farage, n’apprécie guère de s’afficher aux côtés de Marine Le Pen. Le Hongrois Viktor Orban détient 13 députés européens, mais il fait toujours partie du PPE, qui ne peut se permettre le luxe de le perdre. Par contre, le PiS (Droit et Justice), au pouvoir en Pologne et détenteur de 23 élus européens, se rapprocherait volontiers de Matteo Salvini. In fine, l’Italien pourrait atteindre plus de 70 élus et dépasser la famille verte, et devenir la troisième formation du Parlement.

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