Malgré une poussée de la gauche en Wallonie, tous les scénarios sont possibles

Pierre-Yves Dermagne ©Photo News

Avec plus de 54% des votes en sa faveur et 42 sièges au Parlement wallon, la coalition "FGTB" (PS-Ecolo-PTB) semblait bien partie pour gouverner. Ce scénario est pourtant le plus improbable et le PTB devrait rester sur la touche. Hormis la reconduction des deux dernières coalitions sortantes, tous les scénarios sont à peu près possibles.

Après une soirée électorale mouvementée suite à des problèmes informatiques qui ont ralenti les opérations de dépouillement en Wallonie et un duo PS-MR qui a joué le coude à coude pour la première place pendant quelques heures, la situation s’est finalement décantée en toute fin de soirée.

Qu’en retenir?

D’abord, que 5 partis (PS-MR-Ecolo-PTB et cdH) se partagent le gâteau de 75 sièges au Parlement. Exit donc le Parti Populaire et pari raté pour Défi et les Listes Destexhe.

Cette photographie générale permet d’en retirer trois enseignements. Un, les trois partis traditionnels PS-MR-cdH perdent des plumes, plus de 14% par rapport au scrutin de 2014. Malgré sa première place, le PS signe son plus mauvais score avec 26% contre plus de 30% en 2014. C’est 7 sièges de moins. Également en net recul avec un score de 21,42% contre plus de 26% il y a 5 ans, les libéraux ont perdu 5 sièges et auront 20 députés. Enfin, du côté du cdH, les humanistes ne sont plus que la cinquième force politique du sud du pays et pèsent à peine 11% des votes, en recul de 4%, et 10 sièges contre 13 sièges avant les élections.

Ce net recul profite donc à Ecolo et au PTB qui sont les deux grands gagnants du scrutin. Les verts reviennent en force au Parlement wallon avec 14,48% des votes et 12 sièges contre 4 en 2014. Cette progression fait d’Ecolo la troisième force politique de Wallonie. On y assiste aussi à une grosse poussée de l’extrême gauche (+ 13,68%). Cette progression permet au PTB d’envoyer 10 députés (contre 2 il y a 5 ans).

La gauche pèse 54%

Tous ces résultats montrent très clairement un renforcement de la gauche en Wallonie. Alors que PS, PTB et Ecolo totalisaient 45,28% des voix au lendemain du scrutin de 2014, les trois partis étiquetés de "gauche" passent la barre symbolique des 50% et totalisent 54,33% des votes exprimés.

L’enjeu est maintenant de donner du corps à une coalition. C’est en quelque sorte comme si un deuxième scrutin commençait pour les partis politiques afin de former une majorité gouvernementale.

Toutes les options possibles

Hormis les deux dernières coalitions (MR-cdH et PS-cdH) qui se sont succédé sous la précédente législature et qui ne disposent plus d’une majorité suffisante pour former une bipartite, tous les scénarios sont possibles. En tant que président du premier parti en Wallonie, le socialiste Elio Di Rupo débutera un premier round de consultations mercredi.

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Qu’en espérer? À première vue, la poussée de la gauche en Wallonie permettrait au PS de former une coalition "FGTB" avec Ecolo et le PTB. Elle disposerait même d’une majorité confortable de 42 sièges sur les 75. Ce scénario est pourtant le plus improbable. "La balle est dans le camp du PTB. Le PS a dit durant toute la campagne qu’il désirait une coalition la plus progressiste possible. C’est au PTB de dire s’il veut rentrer dans une coalition", estime le Crisp, le centre de recherche et d’information socio-politiques.

Mais derrière ce constat, le PS ne semble guère croire que l’extrême gauche pourrait franchir ce cap et monter dans un exécutif après une première tentative "compliquée" au lendemain des élections communales d’octobre 2018. "Ils sont toujours dans une volonté de rester au balcon, de ne pas prendre leurs responsabilités et rentrer dans un exécutif. Mais ce n’est pas moi qui écarte le PTB, c’est le PTB qui s’écarte lui-même!", soulignait un cadre socialiste pendant la campagne. "On va être obligé de les voir mais on ne voit pas pourquoi ils changeraient de position. Ce sont des marxistes-léninistes. Ils veulent la nationalisation des entreprises", ajoute un autre socialiste. Exit donc le PTB (à première vue)!

"Avec le MR, on est davantage dans la droite que dans du libéralisme social. Un Jean-Luc Crucke, ce n’est pas Denis Ducarme."
Un PS

L’autre alternative envisageable est la classique bipartite PS-MR. Elle disposerait de 43 sièges et a le mérite de ne pas s’encombrer d’un troisième partenaire. Si cet axe ne doit pas déplaire à une partie de l’aile la moins à gauche du PS plutôt favorable à un programme économique fort en faveur des entreprises, elle reste politiquement difficile à vendre à l’électorat socialiste. "Derrière cette coalition se pose la question de la ligne du MR. Avec le MR, on est davantage dans la droite que dans du libéralisme social. Un Jean-Luc Crucke, ce n’est pas Denis Ducarme", agitait un élu socialiste lundi. Elle a en outre le désavantage d’écarter un des deux vainqueurs du scrutin.

On en revient donc à l’olivier (PS-Ecolo-cdH) comme en 2009. Pour l’heure, c’est le scénario qui tient la corde. Cette tripartite aurait une confortable majorité de 45 sièges. "Cela permet à Ecolo de peser plus que dans une coalition jamaïquaine dans laquelle il ne serait pas aussi indispensable", avance-t-on du côté socialiste. Chez Ecolo, si cet axe n’est pas pour déplaire, on n’entend évidemment pas se précipiter dans les bras du PS les yeux fermés. "On est prêt à y aller. Mais quel PS viendra discuter? Le PS du renouveau et de Dermagne ou le PS de Publifin?", lâche un cadre du parti. Ecolo devrait ainsi mettre sur la table une série d’exigences comme l’assainissement des pratiques politiques, la nomination des hauts responsables dans l’administration et… Publifin où on dit chez les verts que rien ne change.

"Une alliance avec le MR dans un contexte où certains libéraux ont tapé sur Ecolo pendant la campagne semble compliquée. On peut dire que cela n’aide pas."
Un Ecolo

Reste enfin un dernier cas. Celui de la jamaïquaine. Probablement la plus surprenante. Le MR (20) pourrait signer un accord de majorité et s’allier à Ecolo (12) et au cdH afin de former une jamaïquaine (42). Possible? Si MR et cdH se sont montrés partants pour repartir ensemble, les derniers faits de campagne ont plutôt fâché les verts. "Une alliance avec le MR dans un contexte où certains libéraux ont tapé sur Ecolo pendant la campagne semble compliquée. On peut dire que cela n’aide pas", analyse un membre d’Ecolo. Les verts reprochent d’ailleurs au MR d’être partiellement responsable de la montée du PTB en Wallonie. "C’est l’échec de la stratégie Michel/Bouchez. Ces attaques sur Ecolo n’ont pas profité au MR mais au PTB. Le PTB a clairement été aidé par les mensonges du MR."

On le voit, le puzzle se met tout doucement en place. Et il n’intègre pas encore Bruxelles, ni même le Fédéral.

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