"Notre mission d'information a cinq chances sur dix de succès"

Les deux informateurs royaux sont prolongés jusqu’au 9 septembre. Ils ne communiqueront plus d’ici là. En coulisse par contre, ils mèneront des rencontres bilatérales. Objectif? Ecouter la vision respective des sept formations en lice sur leur note.

On prend les mêmes et on recommence au Fédéral… Deux mois jour pour jour après le début de leur mission d’information, le duo Reynders-Vande Lanotte s’est vu prolonger jusqu’au 9 septembre par le Roi, a fait savoir lundi le Palais. Si un rapport intermédiaire – le sixième – est attendu pour le 17 août, le signal général est clair: ce sera motus et bouche cousue jusqu’à la rentrée sur les avancées engrangées en coulisse.

Et ce, même si les informateurs commencent dès aujourd’hui des rencontres bilatérales en vue de nourrir, la semaine prochaine, leur note – comptant dix thèmes (budget, emploi, pouvoir d’achat, climat, sécurité, pensions, migration…) – des visions respectives des partis rencontrés. Ils disent ne pas avoir prévu de vacances à ce stade.

"Une coalition avec PS et N-VA est peut-être la formule la plus importante."
Johan Vande Lanotte
Informateur

Une prolongation somme toute logique car, même si les deux acolytes ont réuni dimanche soir les figures de proue des sept principaux partis utiles à la formation d’un gouvernement, à savoir les familles socialistes, libérales, écologistes – sans Écolo, qui a rappelé que tout oppose aux nationalistes flamands, excluant donc de s’y associer –, la N-VA et le CD&V. En effet, le détail des dossiers à même de venir sur la table du futur exécutif n’a pour l’heure pas même encore été discuté. "Nous avons surtout cherché à savoir si tout le monde autour de la table était d’accord avec les grands sujets repris dans notre note et s’il n’en manquait pas", évoque Didier Reynders, le document devant servir, à terme, de note de formation ou de préformation de gouvernement.

Alors, oui, PS et N-VA ont effectivement parlé ensemble à cette occasion, une première dans un cadre officiel (certes, à huis clos) depuis les derniers échanges de 2011, mais ils n’ont pas pour autant débattu du fond, confient les informateurs.

©Photo News

Chemin encore long

Une réalité qui laisse présager que l’idée même d’un exécutif de plein exercice est loin d’être proche au Fédéral. Alors même que certains dossiers requerront des actions rapides. En effet, quid du budget – le déficit structurel de l’État belge atteindra, à politique inchangée, quelque 7 milliards d’euros en 2019, soit 4 milliards de plus que ce qui était prévu dans les objectifs du programme de stabilité 2019-2022, évoquait le comité de monitoring en début de semaine passée? "Notre travail n’empêche pas de voir à la rentrée s’il convient de prendre des mesures", déclarent les informateurs. Pour le reste, "nous aurons l’occasion, dans les semaines à venir, de demander au Bureau du plan d’aller un peu plus loin dans son exercice sur le budget pour les années à venir".

Ou encore de la nomination prochaine d’un commissaire européen, qui se fait, elle, aussi urgente, entend-on? "Le dossier est entre les mains du Premier et du gouvernement en affaires courantes", répondent-ils.

"Le prochain gouvernement sera formé d’au moins cinq partis."

Bref, s’il y a une chose à retenir, c’est que les avancées concrètes sont pour l’heure minimes, tant la situation est complexe pour le duo à la manœuvre, qui se doit de composer, notamment, avec les deux plus grandes familles politiques du pays, que tout ou presque oppose et ayant fait vœu de ne pas s’entendre – Paul Magnette rappelait encore lundi, au sortir d’un bureau de parti, que gouverner avec la N-VA n’est toujours pas une option pour le PS.

Cinq partis minimum à bord

Du reste, pour ce qui est sûr à ce stade, c’est que "nous cherchons une majorité simple à la Chambre, pas des deux tiers", a rappelé Didier Reynders. Quant aux partis en lice, "le prochain gouvernement sera formé d’au moins cinq partis", a souligné pour sa part Johan Vande Lanotte. Ecolo n’est pas exclu d’office pour le futur des discussions, "mais nous allons d’abord travailler avec les partis ayant assisté à la réunion de dimanche".

Chance de réussite? "On évalue autour de 5 sur 10 nos chances de succès", a souligné le libéral francophone, qui parlait, par le passé, d’"entre zéro et dix", non sans ironie. "Toute clarification dans les Régions pourrait aider pour la formation fédérale", a-t-il ajouté. "On voit que ça avance en Wallonie, on verra si ça avance aussi en Flandre dans les prochaines semaines, mais ça pourrait aider."

Le scénario le plus crédible reste aujourd’hui un attelage embarquant PS et N-VA, ne leur en déplaise, "l’une des formules, selon le socialiste flamand, et peut-être la plus importante car il est logique de rassembler les deux grandes familles au nord et au sud du pays". Et ce, peu importe si fossé il y a. "Parce que s’il existe un fossé, cela veut aussi dire qu’il est possible de construire un pont", a-t-il philosophé.

Lire également

Publicité
Publicité