interview

Olivier Maingain: "Avec le MR, on se parle. Même avec Charles Michel"

©Frédéric Pauwels / HUMA

C’est sans doute la dernière course électorale nationale d’Olivier Maingain.

Le président de DéFI, de sa dernière place à l’Europe, n’a que peu de chance d’être élu mais il mouille le maillot, surtout pour percer en Wallonie et pérenniser un parti qu’il préside depuis 1995. L’Echo poursuit son tour des présidents de parti. Stop à Woluwe-Saint-Lambert. Son fief.

Comment qualifieriez-vous cette campagne?
D’atypique. On ne peut pas dire que des faits saillants ont marqué l’opinion, même s’il y a eu des événements de campagne comme le tract d’Ecolo ou les fake news du MR. Mais je ne perçois pas de grandes lignes de clivage. Ce que je perçois, par contre, c’est une grande méfiance à l’égard des trois partis traditionnels.

"Notre positionnement vis-à-vis de la N-VA a influencé les autres partis."

Dont vous n’êtes pas, malgré votre longue histoire?
Nous ne sommes pas assimilés à des partis qui ont connu des scandales. Le cdH, avec l’affaire Fourny, a fait une tache supplémentaire sur sa réputation. Nous sommes considérés comme un parti crédible en termes de probité dans la gestion publique.

Pas de lignes de fracture? Il y a tout de même un front anti-N-VA de plus en plus net côté francophone. On imagine que cela vous réjouit.
On connaît ma position nette à l’égard de la N-VA, il faut croire qu’elle a eu une influence sur d’autres partis francophones qui se sont sentis obligés de clarifier leur position. Par exemple au PS, il y a eu des ambiguïtés entre les propos d’Elio Di Rupo et ceux de Paul Magnette. Maxime Prévot a eu plus que du flottement pendant toute une période. Mais je dis aux électeurs du MR: "ne vous trompez pas, tout vote pour le MR redonne une chance à la N-VA de rester au pouvoir. Si vous voulez une alternative crédible, un choix équilibré en matière sociale ou fiscale, DéFI a fait la preuve de sa crédibilité."

©Frédéric Pauwels / HUMA

En Flandre, on assiste à une remontée du Vlaams Belang. Angoisse?
C’est une double leçon pour ceux qui ont cru que la N-VA était un parti honorable. Souvenez-vous, on nous a expliqué que la sixième réforme de l’État – dont tout le monde reconnaît qu’elle est désastreuse – serait indispensable pour casser la N-VA. On ne l’a pas cassée. Le MR a dit, mettons la N-VA au pouvoir pour montrer qu’elle ne fait pas le jeu des extrémistes. La politique migratoire menée par Theo Francken, tolérée par le MR, avec ses excès, a créé les conditions de la renaissance du Belang. Il est temps de revenir à une politique migratoire équilibrée.

Celle d’une Maggie De Block par exemple?
Maggie De Block a incontestablement une autre vision mais elle est faible sur un aspect où il va falloir évoluer: la prise en charge des migrants lorsqu’ils arrivent. On ne peut pas les laisser dehors car c’est indigne sur le plan du respect de la personne humaine, c’est également irresponsable au niveau de la gestion des risques liés au manque d’accompagnement et de soins. Contrairement à ce que dit Denis Ducarme – qui croit qu’il va continuer à exister en faisant du sous-Destexhe –, ça n’a pas d’effet sur la migration. Nous prônons une filière de migration économique contrôlée, avec des quotas en fonction de besoins spécifiques.

"ll faut une migration économique contrôlée."

Quid de vos relations avec le MR?
Nos relations avec le MR ne sont plus aussi crispées que par le passé. On se parle. Même avec Charles Michel. Ça s’est fait à différents moments. Nous ne sommes pas fermés à toute hypothèse. Mais le MR est le seul parti qui n’a pas clarifié sa position vis-à-vis de la N-VA et continue à entretenir l’éventualité d’une nouvelle suédoise, même si mathématiquement cela risque de ne pas être possible. Mais je ne ferme jamais la porte à une formation démocrate. Je ne considère pas le MR comme banni. Le MR n’a pas compris deux choses: le tournant de la diversité et le fait que les Bruxellois ont un rapport à la ville qui est différent en termes de mobilité, de qualité des services publics, de l’environnement. DéFI a intégré ces changements dans la politique communale. Évidemment, le MR a également pris une responsabilité historique grave en mettant la N-VA au pouvoir. Avec comme conséquence la chute du gouvernement.

D’un point de vue DéFI, le MR n’a-t-il pas trahi la cause francophone?
C’est une alliance qui s’est faite sans que les intérêts francophones soient pris en compte. À partir du gouvernement, la N-VA a mené un travail de sape de ce qui fait la stabilité du pays.Le MR s’est isolé, c’est clair. Mais s’il veut revenir en disant clairement qu’il ne veut pas d’alliance ni au Fédéral ni à Bruxelles avec la N-VA, la porte n’est pas fermée.

"Il faudra isoler la N-VA au sein du gouvernement bruxellois."

À Bruxelles, la N-VA est très haute dans les derniers sondages. Y a-t-il un risque de blocage des institutions régionales?
Je dis d’abord aux électeurs francophones qui seraient tentés d’aller voter pour la N-VA que ce parti travaillera contre leurs intérêts. Si par malheur la N-VA est incontournable dans le groupe linguistique flamand, il faudra beaucoup de détermination pour lui ternir tête. Et pour cela, on peut nous faire confiance. C’est un des aspects les plus invraisemblables du système institutionnel bruxellois. Au Fédéral, un gouvernement se forme par affinité politique mais à Bruxelles, nous n’avons pas le choix du partenaire flamand. Si la N-VA est incontournable au sein du gouvernement bruxellois, il faudra l’isoler à l’intérieur de l’exécutif. Comment? La loi nous permet de voter au sein du gouvernement et de ne pas lui laisser de délégation de pouvoir.

La règle veut qu’il y ait attribution quasi automatique de compétences ministérielles.
Ça ne veut pas dire que le ministre a une délégation de signature. Ça, c’est le gouvernement qui en décide. À la majorité de ses membres, il peut décider de ne pas donner de délégation de signature à un ministre. Il faudra obliger la N-VA à venir avec chacun de ses dossiers au gouvernement pour que celui-ci décide à la majorité des voix. Ce n’est pas agréable mais cela permettra de contrôler la N-VA.

©Frédéric Pauwels / HUMA

Et l’arme des doubles majorités au parlement régional…
Au Parlement bruxellois, la majorité simple peut suffire dans un très grand nombre de cas. Le problème se pose dans les secteurs bicommunautaires où il faut une double signature pour certains actes. Là on risque donc d’être en affaires courantes. On ne pourra pas innover beaucoup en matière de santé ou d’aide aux personnes par exemple.

Que vous inspirent le tract d’Ecolo et la lettre en turc d’Emir Kir?
Je juge tout cela très sévèrement. Ecolo a condamné la manière mais pas le fond. Ecolo n’est pas pour dire clairement l’interdiction de signes convictionnels dans l’administration, dans l’enseignement. Ecolo n’est pas aussi net que nous sur toute une série de questions. Pour nous, l’enseignement n’est pas le lieu d’une confrontation des convictions mais un lieu d’émancipation, d’échange et de respect. Nous plaidons beaucoup pour le cours de philosophie et de citoyenneté, et l’enseignement de l’histoire des religions. On n’enferme pas les enfants dans leurs convictions, mais on leur donne l’occasion de comprendre l’ensemble des convictions présentes dans la société.

"Certains candidats PS font du racolage religieux."

Vous souhaitez donc une interdiction décrétale du voile dans les écoles?
Oui. Pourquoi voulons-nous inscrire dans la Constitution la laïcité de l’État? Pour disposer un fondement juridique pour qu’une loi permette d’enfin assumer une responsabilité politique. C’est une lâcheté du pouvoir politique que de s’en remettre aux pouvoirs organisateurs de l’enseignement ou aux responsables des administrations. Les politiques se déchargent. Qu’on traite ces questions de manière raisonnable une bonne fois pour toutes. Qu’on fixe une règle qui apaise et rassemble.

©Frédéric Pauwels / HUMA

Le PS fait une campagne communautariste. Cela vous choque?
Je ne dis pas qu’il faut refuser d’assister à des cérémonies religieuses. La laïcité n’est pas la négation du fait religieux. La question est de savoir quel comportement et quels propos on adopte en de telles circonstances. Si c’est pour aller dire que la religion doit dicter la manière de voter, c’est inacceptable.

Une vidéo montre le député PS Emir Kir et le ministre-président Rudi Vervoort annoncer la reconnaissance de deux mosquées lors d’une rupture de jeûne par exemple.
Inacceptable. C’est du racolage religieux. Je ne ferais jamais cela. La laïcité n’est plus affirmée au PS comme elle l’était avant. Chez certains candidats du PS, il y a une dérive.

"Lorsque nous avions une ministre Ecolo de l’Environnement, rien n’a été fait pour la qualité de l’air."

Vous sortez d’une coalition de cinq ans avec le PS et le cdH. Prêt pour repartir?
Avec le PS, le cdH et le VLD, on a fait du bon travail. C’est un gouvernement stable. On n’a pas toujours été d’accord sur tout mais on a été efficaces en matière d’économie et d’emploi. On a modernisé des procédures administratives en matière de permis, le bilan est bon sur la politique environnementale. Du temps où on avait une ministre Ecolo, Madame Huytebroeck, on n’a absolument rien fait pour la pollution de l’air. Les zones de basse émission, c’est Didier Gosuin qui avait lancé l’idée. Durant les 10 ans de Madame Huytebroeck: schnoll. Pour la lutte contre le survol également. Sous Huytebroeck, on ne percevait pas les amendes, c’était la politique Ecolo. Ce gouvernement a fait appliquer l’arrêté Gosuin. Mais je ne pars pas lié aux élections.

Si vous n’êtes pas élu, qu’allez-vous faire de vos indemnités parlementaires qui seront conséquentes, car relevant de l’ancien système?
J’ai écrit à la Chambre pour limiter mon indemnité de sortie à la règle des 150% de l’indemnité parlementaire. Cela fera une diminution assez sensible car dans l’état actuel des choses, j’arriverai à quasi 200% car à partir du 1er juin, ma rémunération de bourgmestre va repartir à la hausse.

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