chronique

Oreilles bouchées, yeux ouverts

Une campagne nommée invective.

Peut-être la mémoire nous joue-t-elle des tours. Adoucissant les travers du passé, les baignant dans un halo pastel; faisant cruellement ressortir les scories du présent sous une lumière crue.

Parce que n’en a-t-il pas toujours été ainsi? Le PS n’a-t-il pas usé et abusé de la carte "Sans nous, c’est l’apocalypse et le bain de sang social"? Et le camp d’en face – celui du rempart libéral, dernier recours face à l’ogre socialiste, si pas bolchevique – ne se complait-il pas depuis des lustres dans cette dynamique des meilleurs ennemis, qui ne fait que renforcer ceux qui s’affrontent?

Au final, nul besoin de se déplacer pour résumer ce qui s’est dit à l’occasion du 1er mai. Fermez les yeux et laissez le scénario se dérouler tout seul, en roue libre. On vérifie? Bingo! On coupe dans les soins de santé pour donner aux actionnaires, a-t-on martelé à gauche. Gauche qui défend le chômage et pas le travail, a-t-on ricané à droite.

Des postures, à la frontière du ridicule.

Heureusement, ce qui change un peu la donne, c’est la forme préélectorale d’Ecolo dans les sondages. Cette fameuse vague verte – à prononcer avec un brin d’effroi, comme s’il s’agissait du retour du Blob. Alors, de part et d’autre, on a réservé quelques coups contre Ecolo.

Au risque de la naïveté: faites-nous rêver, au lieu de tenter de nous dégoûter.

N’empêche. Cette campagne électorale semble, plus que toute autre, se résigner à ne résonner que de charges contre l’adversaire. Les rouges prévenant que l’épisode deux de la suédoise risque d’être plus horrifique encore que le premier. Et les bleus affirmant que le retour des premiers plongerait le pays dans un chaos sans retour.

Et puis, et puis, il y a cette obsession maladive du MR pour Ecolo. Dès qu’un libéral l’ouvre, c’est pour casser du vert. Sauf que c’est bien souvent maladroit et caricatural. Plus grave: qu’est-ce que ce matraquage nous dit du projet socialiste ou libéral? Quelle vision de la société défend le PS? C’est quoi, être libéral en 2019, à part porter un vélo sur son épaule ou pouffer parce qu’on a taxé Pascal Smet de ministre de l’Immobilisme? Allez savoir.

Au risque de la naïveté: faites-nous rêver, au lieu de tenter de nous dégoûter.

Après ça, le problème, c’est qu’Ecolo ne s’aide pas toujours. Déjà, il y a cette histoire de voitures de société, que les verts veulent sabrer. Sans que les conséquences concrètes, salariales notamment, semblent totalement assumées.

Surtout, il y a cet impôt sur la fortune – oh, Ecolo parle d’une cotisation de crise, temporaire. Mais on sait tous ce que temporaire signifie, en Belgique, ce pays où les écoles en préfabriqué, solution temporaire, finissent par braver les siècles. Quelle mouche a donc piqué Ecolo? Pourquoi s’embarquer ainsi dans cette galère d’une gauche bravache, qui se propose de taxer à la fois le capital et les revenus de celui-ci?

Une erreur stratégique manifeste, si l’on peut se permettre. Parce que l’impôt sur la fortune, en voilà bien un, de marqueur idéologique de la gauche (radicale). Qui n’avait nul besoin d’Ecolo pour exister, déjà porté haut et fort par le PTB et le PS qui lui court derrière. En voilà un, aussi, de fameux repoussoir pour cet électorat chipé au MR en octobre dernier, notamment dans le sud-est de Bruxelles.

Quoi qu’il en soit, oubliez les discours de campagne; lisez plutôt les programmes. Un bien meilleur usage de votre temps électoral.

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