"Plus personne ne rêve d'un 9-17 cinq jours par semaine" (Rajae Maouane, Ecolo)

Rajae Maouane (Ecolo) ©Dieter Telemans

En politique belge, il y a les "usual suspects", qui squattent les affiches électorales depuis des années. Et puis, il y a ces "petits jeunes" qui montent. A l’approche des élections, L’Echo est parti à la rencontre de quelques "étoiles montantes" des partis.

Série 4/5

Rajae Merouane, 29 ans, vient de se faire élire au conseil communal de Molenbeek-Saint-Jean. Ecolo a décidé de parier sur sa forte personnalité puisqu’elle figurera à la quatrième place sur la liste des verts pour l’élection du Parlement bruxellois. Avec toutes les chances d’être élue donc. "J’ai grandi à Molenbeek et je me sens foncièrement Bruxelloise. J’ai grandi le long du canal, j’ai été à l’école à Laeken, j’ai fait la fête à Ixelles et j’ai bien profité du réchauffement climatique dans les parcs du sud de Bruxelles", se présente-t-elle.

"En 2009, quand je suis allée voter, j’ai croisé un militant d’un certain parti qui m’a dit, "si tu votes tel parti, tu auras un logement"
Rajae Maouane
Ecolo

D’où vient votre engagement politique?
J’ai toujours été engagée et intéressée par les questions sociales, sociétales et politiques. Mes parents n’étaient pas en politique mais cela ne nous empêchait pas d’échanger sur toutes sortes d’enjeux. Surtout en politique internationale, je dois dire. Mon engagement est venu assez tôt. J’ai été bénévole pour les Restos du cœur à partir de 15-16 ans. J’étais engagée dans les manifs étudiantes pour la régularisation des sans-papiers, j’ai toujours été active dans les associations de jeunes. Encore aujourd’hui, c’est quelque chose qui fait partie de mes engagements. À Molenbeek et ailleurs. À Schaerbeek, Laeken et Anderlecht. C’est là qu’on est en connexion directe avec le terrain et avec l’avenir puis que l’avenir c’est les jeunes. C’est une phrase bateau, mais c’est vrai. Dans ces associations, on parle de citoyenneté, d’émancipation par la culture, etc. Ce sont des choses qui m’ont toujours guidée.

Durant vos études également

©Dieter Telemans

J’ai fait des études en communication, à l’ISFSC, rue de la Poste. La fibre sociale y est importante car c’est aussi une école d’assistant social. Durant mes études, j’ai manifesté pour les sans-papiers. C’est à cette époque que j’ai rencontré Ecolo. J’ai grandi à Molenbeek, et ce que j’avais vu de la politique jusque-là, c’était plutôt des pratiques clientélistes, des choses qui m’horripilaient. En 2009, quand je suis allée voter, j’ai croisé un militant d’un certain parti qui m’a dit, "si tu votes tel parti, tu auras un logement". J’ai dit: "Merci, mais j’habite chez mes parents je n’ai pas besoin de logement." Donc, ça me faisait peur. Ce côté confiscation du pouvoir, ça me faisait peur.

Vous avez été formée sous l’ère Moureaux en somme.
Absolument. Et durant mes études, j’ai rencontré Ecolo. Surtout sur les réseaux sociaux. Quand on sait les utiliser, ce sont de chouettes outils. Au début sur Twitter, on n’était pas nombreux et il n’y avait pas tous ces débats hystériques avec des trolls, etc. J’ai pu vraiment échanger avec des Ecolo que ce soit Zakia Khattabi, Alain Maron, Barbara Trachte ou Christos Doulkeridis. Je les trouvais super accessibles et super à l’écoute. De fil en aiguille, j’ai découvert la locale de Molenbeek, avec Sarah Turine qui était coprésidente et chef de file à Molenbeek. Je trouvais cela super intéressant car depuis ma naissance, je n’avais vu que les mêmes têtes en politique. Chez Ecolo, c’était des nouvelles personnes. Je sentais qu’il y avait une volonté de faire confiance aux jeunes. Après mes études, j’étais en stage chez Ecolo et j’ai commencé à travailler à Molenbeek, pour l’échevinat. J’avais surtout un rôle de lien avec le terrain, de mise en place de projets comme le conseil des jeunes qui a fait des émules. On a lancé la dynamique du dialogue interculturel qui n’existait pas. C’est dans l’ADN d’Ecolo.

"Ce qui m’a beaucoup attiré chez Ecolo c’est la question de l’émancipation."
Rajae Maouane
Ecolo

Et les questions environnementales dans tout cela?
Ce qui m’a amené chez Ecolo, ce ne sont pas tant les questions environnementales, même si j’y suis sensible, ce sont surtout les questions sociales. On voit aujourd’hui que ces deux enjeux sont liés et complémentaires. Ce qui m’a beaucoup attiré chez Ecolo c’est la question de l’émancipation. Donner les clés de la réussite aux gens sans les maintenir dans une situation de dépendance, vis-à-vis du pouvoir ou autre.

Quatrième, c’est une très belle place. Grosse responsabilité?
Je pose la question, aurais-je pu être quatrième sur une autre liste que celle d’Ecolo? Je n’en ai pas l’impression. Chez Ecolo, le renouvellement n’est pas juste un discours. Mais j’ai une expérience, une légitimité, j’ai été active au niveau régional dans le parti. On me fait confiance, la liste Ecolo est jeune et ressemble à Bruxelles. Cela fait du bien.

Quels seront vos centres d’intérêt comme députée?
J’ai envie de travailler sur les questions liées à l’enseignement. On voit beaucoup de frustration chez les enseignants, les élèves, les parents. Il faut changer ce système qui donne des classes de 30 enfants qui ne sont pas épanouis, ne mangent pas bien à midi, suffoquent à cause de la pollution de l’air autour de leur école. Comment ces enfants peuvent-ils devenir des citoyens actifs? La question est là. Comment faire de ces enfants des adultes épanouis? Les conditions d’apprentissage ne sont pas réunies, on apprend surtout à avoir des notes, mais moins le plaisir d’apprendre. On devrait plus inculquer cette soif d’apprendre.

Vous vous investirez donc plus du côté de la Fédération Wallonie-Bruxelles?
Si je peux oui, ces enjeux m’intéressent. Rendre l’enseignement plus inclusif. Très tôt, on est confrontés à des problèmes de sexisme, de racisme. Même dans les écoles. Ce sont des choses sur lesquelles j’ai envie de travailler. Exemple: le sexisme dans les manuels scolaires. Dans les écoles en outre, on nous apprend à être sur les bancs de l’école pour trouver un job de 9 à 17 h 5 jours semaine, mais plus personne ne rêve de cela, plus personne ne rêve de rester 40 ans dans la même boîte. Ce qu’il faut, c’est accompagner les changements du monde du travail qui s’accélèrent. Certains jeunes ne trouvent pas de travail parce qu’ils ne se retrouvent pas dans les offres d’emploi. Ils créent leur propre emploi. En tant que politique, on peut accompagner ces changements. La société est structurée autour de standards comme le mariage, le travail, les enfants, devenir propriétaire. Dès qu’on s’en écarte, on est marginalisé, or il y a autant de projets de vie qu’il y a de personnes. On doit faciliter chaque projet de vie.

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