analyse

Pourquoi Bart De Wever renonce-t-il à prendre les rênes de la Flandre?

Bombardé formateur, Jan Jambon s'en va mener les négociations flamandes. Et annonce qu'il restera muet le temps que celles-ci aboutissent. Le futur ministre-président flamand, c'est lui, alors que Bart De Wever avait laissé entendre qu'il se réservait le poste. ©BELGA

La Flandre pour Bart De Wever. Et le Fédéral pour Jan Jambon. Telle était la répartition officielle des tâches au sein de la N-VA. Comment expliquer dès lors que Jan Jambon cornaque les négociations devant mener à la reconduction de la suédoise flamande?

Le plan de bataille était pourtant clair. Du moins, dans sa version officielle, rendue publique alors que 2019 n'avait encore vécu qu'une poignée de jours - avant le triple scrutin du 26 mai, donc. La Flandre, pour Bart De Wever, qui se verrait bien ministre-président. Et pour Jan Jambon le costume de candidat Premier ministre, lui qui avait incarné la N-VA à l'étage fédéral durant (presque) cinq ans. Chacun son rôle.

En apparence, en tout cas. Parce que ce lundi, l'annonce faite par les nationalistes flamands change la donneCe n'est pas le président du parti qui présidera les négociations avec le CD&V et l'Open Vld, mais l'ancien vice-Premier fédéral. Nommé formateur, c'est en toute logique Jan Jambon qui empochera la ministre-présidence flamande si le processus de formation gouvernementale, appelé à démarrer dès ce mardi, livre le résultat escompté. Soit une suédoise (bis) flamande. Bart De Wever, lui, a pu partir en vacances, une fois sa mission accomplie.

"Une sorte de signal"

Pas de quoi réellement surprendre en Flandre, toutefois, où la grande nouvelle du jour était plutôt le lancement des négociations officielles, après des semaines de sur-place et de faux-semblants. C'est que la rumeur calant Jan Jambon à la tête de l'exécutif flamand avait déjà circulé. "Et même avant les élections, précise Nicolas Bouteca, politologue à l'université de Gand. Ici et là, on entendait qu'il ne serait pas impossible que ce soit Jan Jambon et pas Bart De Wever." Un bruit de couloir jusqu'ici, qui a pris corps ce lundi. 

Faut-il y déceler une signification cachée? Y voir, par exemple, un renoncement fédéral de la N-VA, qui recaserait alors son aspirant Premier à la ministre-présidence? "On peut y voir une sorte de signal, reprend Nicolas Bouteca. Parce que Jan Jambon était l'homme du Fédéral." Le fait qu'il devienne ministre-président peut être vu comme un signe. Auquel il ne faudrait toutefois guère accorder trop d'importance. Parce qu'il ne s'oppose qu'à une promesse de campagne. "Avant les élections, le discours de la N-VA consistait aussi à mettre en avant le fait que Bart De Wever restait l'homme fort du parti. L'attention était clairement focalisée sur la Flandre, d'où la N-VA pourrait éventuellement imposer sa présence à l'échelon fédéral.

Du côté de la N-VA, on relativise. En termes de signal, il s'agit surtout de celui de l'électeur. Qui n'a pas permis la reconduction de la coalition fédérale sortante. Invalidant de ce fait les ambitions de la N-VA, ainsi que la configuration qui allait de pair. "Et puis, Bart De Wever est le plus expérimenté pour les négociations fédérales", glisse-t-on au parti. 

Anvers, quand tu nous tiens

Et si une promesse de campagne en fait les frais, cela permet tout de même d'éviter d'en briser une autre. Celle faite par Bart De Wever aux Anversois, dont il restera le bourgmestre. Contrairement à ce qu'il avait laissé entendre en janvier dernier, lorsqu'il se destinait à prendre les rênes de la Flandre. À contrecoeur presque, son destin de président de parti prenant le pas sur son engagement communal. "La Flandre passe avant le rêve de Bart De Wever", avait-il lâché alors. Il faut croire que le rêve a repris du poil de la bête. Un miracle de la stratégie politique. 

C'est que Bart De Wever est le "liant" de cette coalition anversoise, nouée avec le sp.a et l'Open Vld. "Lui trouver un remplaçant à Anvers serait une affaire complexe, estime Nicolas Bouteca. Tous les autres membres de la N-VA étant inacceptables pour le sp.a."

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