interview

"PS et Ecolo resteront liés" (Elio Di Rupo et Jean-Marc Nollet)

©anthony Dehez

Après les derniers arbitrages politiques, PS et Ecolo ont transmis ce vendredi soir à l’ensemble des députés du Parlement wallon et à ceux de la Fédération Wallonie-Bruxelles, leur projet de programme gouvernemental enrichi par plus de 130 contributions des associations ou organisations de la société civile consultées. Entretien avec les deux négociateurs en chef, Jean-Marc Nollet et Elio Di Rupo.

PS et Ecolo ont donc envoyé ce vendredi en début de soirée à tous les députés de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles un double projet qui peut, selon eux, servir de base aux déclarations de politique générale des deux institutions. Conformément à la méthodologie dite "coquelicot", un premier texte a été enrichi par les apports, 130 au total, de représentants de la société civile.

Elio Di Rupo, président du PS, et Jean-Marc Nollet, coprésident d’Ecolo, attendent le retour des députés pour mardi 14 heures au plus tard. Les deux hommes ont répondu aux questions de L’Echo dans la foulée, mais n’ont pas voulu commenter la situation fédérale et les appels de la N-VA à discuter avec le PS.

Avez-vous écarté certaines contributions?

Elio Di Rupo: Nous avons discuté très longuement et puisé dans ces contributions, on a gardé ce qui relevait de l’intérêt général. Nous pensons que la démocratie doit évoluer avec une articulation entre la démocratie représentative et une démocratie plus directe, plus contributive. L’objectif est de fournir une réponse à l’urgence climatique et à l’urgence sociale. Qui sont fondamentale. Nous voulons établir un plan de transition sociale et écologique car on ne va pas résoudre tous les problèmes du jour au lendemain. On y trouve aussi un volet gouvernance. Pour ce qui concerne Publifin/Nethys, par exemple, nous donnons six mois pour que les recommandations du Parlement puissent être complètement réalisées. À défaut, nous envisageons l’envoi d’un commissaire spécial qui se substituerait aux différentes instances.

"Avec ce plan de transition sociale et écologique qui prendra la succession du plan Marshall, on ne travaille pas à la marge, mais au cœur de toutes les politiques."

Jean-Marc Nollet: Il y a d’abord l’aspect original de la manière dont les choses se sont construites. Le document initial est enrichi par l’apport des corps intermédiaires, des mouvements sociaux, de la société civile. Ce qui ne veut pas dire qu’on a tout retenu mais on s’est sentis en phase, en résonance. Avec ce plan de transition sociale et écologique qui prendra la succession du plan Marshall, on ne travaille pas à la marge, mais au cœur de toutes les politiques. Avec des mesures qui touchent l’économie, l’industrie, la biodiversité, comme la plantation de 4.000 km de haies ou d’un million d’arbres. Sur la gouvernance, on sera clair sur les dérives du passé. Fini de rire. L’association des représentants de la société civile se fera dans la durée.

Quelle est la question exacte que vous posez aux députés?

J-M N: Considérez-vous que vous pourriez appuyer une éventuelle déclaration de politique générale qui se construit sur cette base-là. Avec 35 députés sur 75, on est très proche d’une majorité. On espère que les députés prendront la peine de le lire. D’abord, par respect pour ceux qui nous ont irrigués et ensuite bien sûr, pour prendre position. Beaucoup peuvent se retrouver dans cette proposition. Peut-être avec l’un ou l’autre aménagement, mais sur les axes et les grandes propositions phare, on peut se retrouver. Y compris avec ceux qui souhaitent rester dans l’opposition. Il y a des modalités à trouver. Nous laissons le temps de la lecture et de l’analyse, y compris collective. Le débauchage n’a jamais été notre manière de faire.

"Le débauchage n’a jamais été notre manière de faire."

Votre projet comprend-il des éléments budgétaires?

E. D. R: Nous avons un chapitre qui rassemble la dimension budgétaire. Mais nous devrons à un moment donné avoir un examen du budget vérité dans le cadre du débat sur la déclaration de politique générale.

J-M N: Nous avons procédé à certains arbitrages budgétaires. Par exemple, on veut porter l’effort pour le vélo à 20 euros par an et par habitant, mais on propose en même temps l’interdiction de construire certaines infrastructures routières. C’est un transfert. Nous avons demandé un audit des finances de la Région. On veut la situation réelle, une fois qu’on l’aura, on pourra mobiliser des ressources, y compris l’épargne privée.

Admettons que les libéraux adhèrent à votre projet, accepteriez-vous de former une majorité avec eux?

E. D. R: Soyons patients. Il n’y a pas tant de nuits à dormir avant d’y voir clair. On verra mardi.

J-M N: Il ne faut pas brûler les étapes et respecter les temps. Aujourd’hui le temps appartient aux députés.

Et l’idée n’est toujours pas de faire un gouvernement minoritaire?

J-M N: Le système belge veut qu’il y faut un vote au Parlement qui consacre la formation d’un gouvernement. Certes, il y a eu des réflexions d’ordre juridique. On a dit non à tout cela et ça n’a pas changé.

E. D. R: L’idéal est d’avoir une majorité pour travailler dans une relative sérénité. Pour approuver un programme de gouvernement il faut 38 votes.

"Si on dit ‘déchirons ce document’ alors pour nous il y aura un problème."

Ce document est une sorte de pacte qui lie le sort du PS et d’Ecolo?

E. D. R: Quel que soit le partenaire, c’est la base de travail, nous restons liés, PS-Ecolo. Mais ce n’est pas à prendre ou à laisser.

J-M N: Ce document me semble très bon, parce qu’il y a une vision, une cohérence. Les portes restent ouvertes. Mais si on dit "déchirons ce document" alors pour nous il y aura un problème.

Votre idée, c’est d’avoir des députés avec vous plus que des partis?

E. D. R: Imaginons que le PTB dit finalement, ce programme est la rupture. Car c’est un programme de rupture, bien, on peut répondre collectivement. Idem pour le cdH qui peut estimer qu’il pourrait nous rejoindre. Why not? On peut nous répondre individuellement ou collectivement.

Vous dites que PS-Ecolo sont liés mais si le MR vient à vous, les verts ne seront pas indispensables. Cela pose-t-il un problème?

J-M N: Lisez le texte et vous verrez qui est indispensable et qui ne l’est pas.

E. D. R: L’arithmétique électorale est l’arithmétique électorale. À deux nous n’avons pas de majorité. Les libéraux n’en ont pas avec d’autres partenaires. Notre démarche est sincère.

J-M N: Ce texte est en phase avec le résultat des élections. Objectivement, si on se détache des partis, les directions vers lesquelles les électeurs wallons veulent aller sont claires: plus de solidarité et plus de prise en compte de l’écologie et de l’environnement. Ils veulent aussi une réponse au décrochage démocratique.

E. D. R: C’est une démarche progressiste. Les parlementaires peuvent se retrouver dans cette dynamique pour aboutir à une déclaration de politique générale progressiste.

Si votre méthode est tellement vertueuse, pourquoi ne pas l’avoir adoptée pour la Région bruxelloise?

E. D. R: Chaque Région a son autonomie et Bruxelles est également néerlandophone, on l’oublie souvent. Il y a six partis. C’est un autre bateau à gouverner.

J-M N: Dans le document, on reprend des expériences menées à Bruxelles. À Bruxelles, la réflexion sur l’association des partenaires sociaux, de la société civile sera partagée. À Bruxelles, une dynamique politique était déjà lancée.

Y a-t-il des articulations entre Wallonie et Bruxelles dans votre projet?

E. D. R: Nous comptons travailler avec la Région bruxelloise sur un certain nombre de sujets. Utiliser les best practices, en emploi, avec les expériences d’Actiris que nous voudrions importer. Dans les domaine de la digitalisation et de l’intelligence artificielle, nous proposerons que les deux gouvernements puissent travailler de concert.

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