analyse

Quand le MR et le PS sortaient ensemble vainqueurs de la campagne...

Le PS et le MR n'ont pas perdu de plumes durant la campagne électorale. Ce qui n'est pas le cas d'Ecolo... ©Photo News

Les votes ont été historiquement volatils lors des dernières élections. Et la campagne a beaucoup joué dans cette instabilité…

Des élections du 26 mai, on retient surtout aujourd’hui la discordance à laquelle elles ont mené. Mais comment en est-on arrivé là?

En fait le résultat aurait pu être différent, si les campagnes des différents partis avaient été menées autrement. Une étude du consortium EOS/RePresent* analyse les transferts de voix entre 2014 et 2019 et aussi en cours de campagne électorale.

Que nous apprend cette analyse réalisée par des chercheurs de l’UCLouvain, de l’ULB, de la KU Leuven, de la VUB et de l’UA? Qu’il y a eu:

• une grande volatilité des voix, dans les deux Régions, entre les deux élections;
• une sanction claire des partis au gouvernement;
• un “effet de campagne” sur un cinquième des électeurs.

La Flandre et la Wallonie peuvent voter très différemment, mais elle sont presque identiques en ce qui concerne la volatilité.
Etude "Transfert de voix entre 2014 et 2019 et pendant la campagne électorale"
EOS-RePresent

Grande instabilité

1/3
des électeurs
Près d’un votant sur trois a changé de parti entre 2014 et 2019.

"Par rapport aux élections de 2014, les élections de 2019 se caractérisent par des transferts de voix plus marqués entre les partis", explique l’étude, qui considère que ces dernières élections ont été historiquement les plus instables en Belgique, celles qui ont été marquées par des mouvements de voix les plus importants d’un parti à l’autre.

En Wallonie comme en Flandre, les partis traditionnels ont tous été sanctionnés, avec une volonté de changement marquée. Au profit de l’extrême gauche, puisque le PTB/PVDA a gagné de nombreux sièges au nord comme au sud, et d’Ecolo. Mais d’où venaient ces électeurs?

Près d’un votant sur trois a changé de parti entre 2014 et 2019. En Wallonie, le gagnant en termes de transfert est le PTB. Il a perdu 25% de ses électeurs, mais en a attiré 40% “nouveaux”, venus d’autres partis.“Les partis du gouvernement, MR et cdH perdent des électeurs, le PTB en gagne”, commente Émilie Van Haute, professeure à l’ULB. Et l’extrême gauche a gagné ses nouveaux électeurs à gauche du spectre politique (PS et Ecolo). Quant aux verts, ils ont bénéficié d’un mouvement d’électeurs venus du MR et du PS. Les libéraux ont perdu des électeurs et ceux-ci sont partis notamment chez son ancien allié DéFi. Logique.

Dure campagne

Qu’en est-il des changements d’avis de dernière minute, durant la campagne électorale? En Wallonie comme en Flandre, un peu plus de 20% des électeurs ont modifié leur comportement de vote pendant le sprint final. Cela prouve l’importance d’une (bonne) campagne…

Groen a eu la campagne la moins réussie.

Pour la Flandre, l’étude prouve que Groen a perdu de nombreux électeurs au cours des trois semaines précédant les élections, surtout au profit du s.pa, qui a lui-même vu partir pas mal de voix vers le PVDA… La N-VA n’est pas dans le même cas, les "déserteurs" étant déjà partis avant le début de la campagne.“En Wallonie, la dynamique est différente, note Émilie Van Haute. Ecolo et PTB ont perdu des électeurs pendant la campagne alors que le PS en a regagné. Les verts ont alors perdu des voix au profit du PS et du MR, tandis que le PTB a été boudé par certains au profit des rangs socialistes.

Les gagnants de la campagne? Le MR, qui a grappillé des voix du côté d’Ecolo. Et aussi le PS, qui a attiré plus du quart des électeurs indécis.

*1.971 électeurs flamands et 1.429 wallons ont été interrogés deux fois: avant les élections et juste après. Bruxelles n’est pas pris en compte.


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