interview

"Quand on entre au Parlement, on sent tout de suite le poids des responsabilités" (Caroline Taquin, MR)

Le 26 mai dernier, Caroline Taquin obtenait 13.119 voix dans la circonscription du Hainaut. ©Anthony Dehez

Bourgmestre de Courcelles (amenée à le rester), Caroline Taquin (MR) fait son entrée à la Chambre, forte du quatrième meilleur score libéral en Hainaut et du douzième de tous les candidats de la circonscription, tout parti confondu. Locomotive en vue?

Une femme, au caractère bien trempé, populaire dans sa commune hennuyère, libérale de surcroît, cela a tout de même de quoi faire sérieusement penser à Jacqueline Galant, actuelle bourgmestre de Jurbise et ex-ministre de la Mobilité. Mais la comparaison s’arrête là. En effet, Caroline Taquin, elle, ne descend pas d’une famille baignée de politique – certains se souviennent encore de l’époque du bourgmestre Jacques Galant (PSC), décédé en 2005, quand d’autres penseront à Isabelle, sa sœur, bourgmestre de Lens.

©Anthony Dehez

À la différence de la Jurbisienne, si la Carolo est parvenue à prendre la tête de la commune de Courcelles, c’est par l’idée d’une lutte, née en 2005, et non d’une succession père-fille. "Avec un voisin, on se disait que la commune n’était pas bien gérée, que l’environnement dans lequel on évoluait n’était pas celui que l’on souhaitait." Elle décide alors de se lancer. Et gravit les échelons. Comme conseillère communale d’abord, puis bourgmestre, ensuite, au fil des élections, chassant au passage le PS aux commandes. De quoi lui permettre, aujourd’hui encore, de compter sur le soutien d’électeurs avides de changement, en ce compris celui de ses parents, pourtant "socialistes, par tradition".

"Mon combat? Des soins de santé plus abordables"

Administratrice depuis 12 ans de l’Intercommunale de Santé Publique du Pays de Charleroi (ISPPC), derrière le CHU de Charleroi, Caroline Taquin a sollicité deux commissions au Fédéral: la santé et les affaires sociales.

Et pour cause, quand on l’interroge sur sa priorité, la mesure qu’elle aimerait absolument porter, elle lance sans détour: "Rendre les soins de santé plus abordables pour les citoyens, en entendant absolument les acteurs du secteur". "Il y a vraiment des choses  à faire en la matière."

Elle explique que l’"on se rend compte, au contact des citoyens, qu’il y a vraiment des choses à faire en la matière (...) Trop souvent, les gens relèguent la santé au second plan dans les charges de la vie quotidienne. Alors qu’il en va du bien le plus précieux que l’on puisse avoir. Pour soi ou pour ses proches".

 

Témoin de sa popularité au niveau local, Caroline Taquin enregistrait en octobre dernier le plus gros score individuel dans une commune de moins de 50.000 habitants. Derrière des poids lourds comme Paul Magnette, Maxime Prévot ou encore Elio Di Rupo.

Un atout sur lequel son parti, le MR, a donc voulu capitaliser lors du triple scrutin de mai dernier, en la plaçant sur les listes pour la Chambre. À raison, visiblement. Car elle obtient au final quelque 13.000 voix, soit un ordre de grandeur similaire au score de Georges-Louis Bouchez, sénateur et porte-parole de campagne du MR. Ce qui lui permet de faire son entrée au Parlement fédéral. N’en déplaise à Éric Massin, le président du PS carolo, qui l’insultait publiquement à l’occasion d’un discours du 1er mai, dopant ainsi à son insu la popularité de sa cible.

Pied de nez à 2014

Sur son élection, elle raconte: "J’ai eu de la chance d’être bien positionnée sur la liste et d’avoir pu bénéficier cette fois de l’effet dévolutif de la case de tête (en 2014, la Chambre lui passait sous le nez pour cause du même mécanisme, NDLR). Cela tombait bien. Plus tôt, ça aurait été trop tôt pour moi parce que je venais d’être élue bourgmestre et que le travail a été très conséquent après 56 ans de gestion par un autre parti. Maintenant, la commune est sur les rails. J’ai donc plus de temps. En fait, les choses se sont finalement déroulées dans un ordre assez logique", sourit-elle.

"Je ne suis pas du genre à jouer des coudes. Ma devise est simple: carpe diem."
caroline taquin
bourgmestre de courcelles et députée fédérale (mr)

Et pour cette ascension, elle remercie Denis Ducarme, ministre fédéral de l’Agriculture, qui "a toujours été attentif à l’implication des mandataires, quel que soit leur niveau d’implication, il a toujours été présent". Mais aussi Olivier Chastel, ex-président du MR monté à l’Europe, "qui a été le premier à me donner la possibilité de m’impliquer, m’emmenant dans tous les combats". Par après, elle a aussi travaillé un an et demi au cabinet de Jean-Luc Crucke, ministre wallon du Budget, dont elle souligne le franc-parler et la confiance qu’il lui a accordée.

©Anthony Dehez

Autant de rencontres déterminantes qui la guident encore aujourd’hui. Tout comme la flèche de Trazegnies, "ma commune adoptive quand j’y ai habité pour aider mes beaux-parents suite à l'accident de leur fils", récupérée à l’occasion de travaux sur l’hôtel de ville. Un symbole. Car le niveau local, c’est son moteur.

"On est plongé dans le cœur de la vie des citoyens; on voit leurs problèmes, leurs attentes. Quand je suis à Courcelles, je suis à la maison. Ma vie est rythmée par la commune. Je vis pour ça." Un changement de taille, donc, que de passer au Fédéral? "Oui, mais qui permet de relayer l’écho de ce que vivent les gens plus haut." Depuis la capitale. "La première fois que je suis entrée dans l’hémicycle, je dois avouer que c’était impressionnant, confie-t-elle. On sent tout de suite le poids des responsabilités qui reposent sur nos épaules. On rentre aussi dans l’histoire du pays."

Institutrice de formation

Mon hobby? Du temps en famille

"En dehors de la vie politique? Il ne reste pas de temps pour grand-chose", sourit Caroline Taquin lorsqu’on l’interroge sur ses passe-temps.

Sa priorité?  "Ce sont forcément mes enfants, parce qu’ils avaient respectivement un an et deux ans quand j’ai commencé la politique - ils ont participé à mes premières actions dans leur poussette double. Ils ont toujours vu leur maman travailler beaucoup donc le temps qui me reste est forcément pour eux". Puis, il y a les amis. Et la vie locale.

Du reste, si elle a longtemps pratiqué la danse classique, étant plus jeune, désormais, elle jardine aussi beaucoup.

 

On l’interroge alors sur son engagement. Institutrice de formation, on aurait pu penser qu’elle soit plutôt attirée par le cdH, voire le PS, au moment de son engagement politique. Pourquoi ce choix du MR? "Suite à l’analyse du programme de tous les partis. Je me suis pleinement retrouvée dans la philosophie libérale", raconte-t-elle.

Un parti qui semble avoir des ambitions pour la Carolo… "Oh, vous savez, je ne suis pas du genre à jouer des coudes, avance l’intéressée. Ma devise est simple: carpe diem. Du reste, je suis déjà heureuse que mon parti m’ait toujours donné une liberté d’action. Et ce, depuis que je suis bourgmestre."

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