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Quelles sont les coalitions probables?

©Photo News

Maintenant que les urnes ont parlé, il va falloir transformer le tout en majorités, au Fédéral et dans les Régions. C'est à la Chambre que la donne s'avère la plus complexe, avec les exclusives des uns et des autres. On fait le point.

Voilà. Les résultats du triple scrutin de ce 26 mai sont connus. Et qu'on les apprécie ou non, il va bien falloir composer avec eux. Afin de faire émerger des majorités à la Chambre et dans les parlements régionaux - sans oublier la Fédération Wallonie-Bruxelles. Quels types de coalitions risquent d'émerger? Et, au passage, notre outil de prospective développé avant le vote reste-t-il pertinent?

"Le score du Vlaams Belang en Flandre a clairement changé la donne à l'échelon fédéral, reconnaît le politologue Vincent Laborderie (UCLouvain). Par contre, l'analyse de la situation à Bruxelles et en Wallonie reste d'actualité." Allez, faisons le tour de la question.

Au Fédéral, rien n'est simple

Telle était la volonté des nationalistes et des libéraux, en tout cas: poursuivre le travail entamé par le gouvernement sortant. Las, la coalition suédoise n'est plus. Elle sort laminée de ce scrutin. Si elle bénéficiait, en 2014, d'une majorité relativement confortable (85 sièges sur 150), il n'en reste rien cinq ans plus tard. À la Chambre, chacune de ses composantes perd des plumes, plus ou moins sérieusement. 

La N-VA? En recul (-8 sièges). Le MR? En recul (-6 sièges). Le CD&V? En recul (-6 sièges). Et l'Open Vld? En recul itou (-2 sièges)! La suédoise, version 2019, ne pèse plus que 63 sièges sur 150 à la Chambre. Et ce ne sont pas les 5 petits sièges du cdH qui viendront la sauver. 

Ce faisant, c'est une des voies de la facilité qui est barrée. Parce que la suédoise constituait la voie royale pour le maintien de la N-VA - premier parti du pays, tout de même - au sein de la majorité. Puisque Bart De Wever a répété à l'envi ne vouloir ni du PS, ni d'Ecolo. 

Soit, pas de suédoise. Que reste-t-il alors, en laissant de côté tant le Vlaams Belang que le PTB?

La seule piste envisageable, d'un point de vue purement arithmétique, pour maintenir la N-VA au Fédéral est la coalition dite "bourguignonne", réunissant nationalistes flamands, socialistes et libéraux. Pourquoi pas, après tout: n'est-ce pas l'assemblage qui s'est constitué à Anvers, fief de Bart De Wever? Une piste qui a le mérite de dégager une majorité à la Chambre (80 sièges sur 150), et ce tant dans le camp flamand (46 sur 87) que francophone (34 sur 63). Le hic, c'est que jusqu'à présent, Bart De Wever a assuré qu'il ne voulait pas du PS, à moins que ce ne soit pour parler confédéralisme. Autrement dit, ce scénario est, pour l'heure, autant spéculatif qu'improbable. 

Et peut-on faire sans la N-VA? Bien sûr, même si la partie s'annonce serrée.

Des tripartites envisagées avant les élections, seule une émerge: l'arc-en-ciel mariant socialistes, libéraux et écologistes. Sauf que ses limites arithmétiques sautent aux yeux - et ce sans même se préoccuper des difficultés programmatiques. Sa majorité (76 sièges sur 150) est extrêmement courte, et elle est largement minoritaire (29 sièges sur 87) du côté flamand. Alors que Bart De Wever affirmait clairement dimanche soir que les nationalistes n'accepteraient jamais un gouvernement minoritaire en Flandre. Difficilement envisageable, donc.

Toutes les autres tripartites boivent la tasse: classique (72 sièges), jamaïcaine (64) ou olivier (67). 

Après cela, il est toujours possible d'envisager des coalitions inédites et asymétriques. Comme celles collant ensemble les majorités flamandes et wallonnes, ce qui nécessite tout de même que chacun lève les exclusives brandies avant le scrutin. Voire une quadripartite mariant socialistes, libéraux, écologistes et centristes (93 sièges sur 150) - ce qui paraît difficile à manoeuvrer. Allez savoir. À vrai dire, Bart de Wever résume assez bien la situation, lui qui "plaint la personne qui va devoir démêler l'imbroglio au Fédéral." 

Une donne à ce point complexe qu'elle fait dire à Vincent Laborderie qu'il ne faudrait pas négliger la piste d'un nouveau scrutin fédéral dans quelques mois. 

Une chose semble inéluctable: les gouvernements régionaux risquent d'être formés bien avant le Fédéral. 

En Wallonie, tout plaide pour un olivier

L'air de rien, en terres wallonnes, notre outil interactif tient toujours la route. Contrairement à ce qu'annonçaient les derniers sondages, PS et Ecolo ne disposent pas, à eux seuls (35 sièges sur 75), d'une majorité. Il leur faut donc un partenaire qui risque d'être le cdH (10). Les routes wallonnes mènent "naturellement" à un olivier, fort de 45 sièges sur 75. Le souhait de la gauche n'est-il pas de former des coalitions "les plus progressistes possible", comme le veut la formule consacrée?

Ce n'est évidemment pas la seule voie possible, juste la plus évidente. Même s'il n'a pas la main, le MR (20) pourrait être tenté de s'allier à Ecolo (12) et au cdH afin de former une jamaïcaine (42) maintenant les socialistes dans l'opposition. À deux, PS et MR disposent également d'une majorité (43). On ne sait jamais.

Et à Bruxelles, pour une alliance PS-Ecolo-DéFi

À Bruxelles aussi, notre outil fait bonne figure. Voici le point de départ dans la capitale. PS (17 sièges sur les 72 du côté francophone), Ecolo (15) et DéFI (10), ont très envie de convoler dans une majorité inédite totalisant 42 sièges. Le seul scénario pouvant faire dérailler cette belle entente est que PS et Ecolo aient besoin du cdH en Wallonie - ce qui est le cas. Mais aussi que le cdH ne se comporte pas trop mal à Bruxelles - ce qui est moins le cas, les humanistes perdant 3 sièges, il ne leur en reste plus que 6. L'olivier bruxellois est donc praticable, mais sa majorité n'est pas très confortable, avec 38 sièges sur les 36 nécessaires. D'autant plus qu'il existe un risque que le PS bruxellois perde un élu, en conflit ouvert avec le parti.

Et les autres coalitions? Un attelage Ecolo-MR-DéFI décroche une petite majorité (38). Cela colle donc d'un point de vue arithmétique. D'un point de vue politique, par contre, c'est autre chose. Peu vraisemblable, mais allez savoir. 

Voilà pour le côté francophone. Reste la majorité néerlandophone à composer, parmi les 17 sièges attribués d'office aux députés flamands. Si les partis flamands entendent éviter la N-VA (3 sièges) et le Vlaams Belang (1), une seule tripartite s'impose, suite au net recul du CD&V qui perd un siège: Groen (4), Open Vld (3) et sp.a (3), soit 10 sièges sur les 9 nécessaires.

En Flandre, on devrait prendre les mêmes, et recommencer

Et en Flandre? La N-VA a clairement la main, avec ses 35 sièges sur 124. À elle de mener les consultations, Bart De Wever ayant annoncé qu'il recevrait tous les partis, même le Vlaams Belang de Tom Van Grieken. Le cordon sanitaire serait-il sur le point de sauter? Pas spécialement. La N-VA ne fait que consulter. Et puis, de toute façon, N-VA et Vlaams Belang ne disposent pas à deux (58 sièges) d'une majorité, et de nombreuses voix se sont déjà élevées en Flandre pour dire "jamais avec le Belang". L'extrême droite semble condamnée à rester sur les bancs de l'opposition, en Flandre.

Ce qui laisse quoi, comme coalitions? La formule la plus évidente est la reconduction de la majorité sortante, mêlant N-VA, CD&V et Open Vld. L'arithmétique y est, avec confort en plus: 70 sièges. Pour le reste, ne nous attardons pas sur d'autres formules: pourquoi la N-VA inviterait-elle à sa table des partis de gauche, alors qu'elle peut reconduire un gouvernement de centre-droit qui l'agrée? 

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