analyse

Trois gros dossiers impactés par le retrait du cdH

Le choix du cdH de siéger dans l'opposition est définitif, assure le président, Maxime Prévot. ©BELGA

Le cdH a choisi de siéger dans l'opposition. Evidemment, ça redistribue les cartes en termes de coalitions possibles. Mais surtout, l'absence des humanistes va peser sur certains dossiers. Quid du financement de l'assurance autonomie en Wallonie, par exemple?

La décision du cdH de faire une cure d'opposition pose évidemment la question des coalitions qui restent possibles. En Wallonie, le PS peut s'allier avec le MR. Ou avec le PTB. Avec ou sans Ecolo.

Mais, concrètement, le pas de côté des humanistes va se faire sentir dans les dossiers qui arriveront, ou n'arriveront pas justement, sur la table des futurs gouvernements.

A la Région wallonne

Le gros dossier qui pourrait être bousculé par l'absence du cdH dans le futur gouvernement wallon, c'est l'assurance autonomie.

Pourquoi? "Tout le monde - PS, cdH et MR - était d'accord pour reconnaître la nécessité de la mise en place de ce système", rappelle Jean Faniel, le directeur du Crisp. "Ecolo n'était pas d'un avis différent." Mais c'est sur le financement qu'il y avait discorde.

Jean Faniel (Crisp). ©Dieter Telemans

"Le cdH ne voulait pas d'un impôt progressif, mais d'une voie forfaitaire." Le PS estimait, lui, que le financement devait dépendre du niveau de revenu de chaque Wallon.  "Cela a participé à la rupture entre les deux partis et le cdH a trouvé une oreille plus favorable pour un financement uniforme auprès du MR." Mais alors que le dossier était quasi bouclé, il a été mis au frigo suite à la perte de majorité du gouvernement MR-cdH.

Que va devenir le dossier, et surtout son volet "financement", sans le cdH? Comment PS et MR pourraient-ils accorder leurs visions en cas de négociations pour former une majorité?

A la Fédération Wallonie Bruxelles

Ce n'est pas l'absence du cdH qui pourrait peser en tant que telle sur les dossiers qui tournent autour de l'enseignement. Mais si elle implique la montée du MR au gouvernement, ça pourrait remuer pas mal de choses... "Si l'absence du cdH induit la présence du MR, certains aspects du pacte d'excellence, comme le tronc commun et le décret inscription, pourraient être remis en question", commente Jean Faniel. Et le Pacte d'excellence n'est pas totalement bouclé...

De l'importance des relais

Si certains réseaux vont être chamboulés, derrière ceux-ci, il y a toujours des dossiers. "Les choses vont se passer 'autrement' sans le cdH, notamment pour le secteur non marchand", souligne Jean Faniel. "Et pour l'ancrage local, il n'y aura plus de relais dans les cabinets pour des subsides..."

Ainsi, par exemple, la ministre Alda Greoli, issue de la Mutualité chrétienne, assurait un rôle de transmission important qu'elle ne pourra plus endosser.

Un aspect non négligeable dans les tractations, c'est la disparition de certains relais. "Ainsi, la décision du cdH est une mauvaise nouvelle pour le Segec, le Secrétariat général de l'Enseignement catholique, parce que le cdH constituait pour lui un relais favorable, voire indéfectible", juge Jean Faniel. "Mais aujourd'hui, l'enseignement catholique est quand même aussi soutenu par le MR, parfois de façon voilée, parfois de façon ouverte."

A la Région bruxelloise

Le cdH semble finalement ne pas apporter d'éléments décisifs pour justifier sa raison d'être. On peut se demander si cette cure de ressourcement ne pourrait pas se transformer en chant du cygne...
Jean Faniel
Directeur du Crisp

En Région de Bruxelles-Capitale, l'absence du cdH semblerait globalement indolore. Rappelons néanmoins le dossier de la 5G, qui est bloqué. Un protocole d’accord avait été signé entre la Région et les opérateurs en juillet 2018. L’ordonnance permettant l’émergence de l’internet mobile ultra rapide est prête, mais le gouvernement l’a bloquée, histoire de ne pas brusquer les citoyens sensibles aux questions de santé juste avant les élections.

La ministre cdH Céline Fremault, en charge de l'Environnement, avait souhaité se montrer prudente en matière de santé. "Force est de constater qu’il est impensable pour moi de permettre l’arrivée de cette technologie si je ne peux assurer le respect des normes protégeant les citoyens", nous disait-elle, fin mars dernier. Mais Ecolo, s'il monte au gouvernement, risque de ne pas être plus souple sur la question...

Au Fédéral

De façon générale, l'absence du cdH au Fédéral, comme lors de la précédente législature, pourrait faire mal... à la CSC, qui n'aura plus son relais politique favori. "Mais la CSC a développé des réseaux avec d'autres personnes au PS ou chez Ecolo et ce syndicat est donc moins démuni que ne peut l'être la FGTB sans le PS au pouvoir ou l'aile flamande du syndicat chrétien qui doit faire la soupe à la grimace avec l'échec de plus en plus sévère du CD&V en Flandre...", glisse le politologue du Crisp. 

Quid des dossiers concernant l'éthique, et qui relèvent souvent du Fédéral? Révision éventuelle de la loi sur l'euthanasie, légalisation du cannabis, dépénalisation de l'avortement... "Il y a d'autres circuits qui vont permettre de se passer du cdH, remarque Jean Faniel. Mais c'est un constat inquiétant pour le parti lui-même, qui n'apparaît pas comme indispensable. Il semble finalement ne pas apporter d'éléments décisifs pour justifier sa raison d'être. On peut se demander si cette cure de ressourcement ne pourrait pas se transformer en chant du cygne..."


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