analyse

Un air de blues sonne chez les bleus

©BELGA

Ce lundi, six personnalités libérales ont appelé, sous couvert d’anonymat, Charles Michel à remiser le tablier de président sans tarder. 45 personnalités du parti ont réagi dans la foulée, affirmant l’"unité" et la "sérénité" régnant au MR. Désavouant la contestation.

En partance pour le Conseil européen à compter du 1er décembre prochain, le chef Charles Michel avait fait mine de mettre pour l’heure le couvercle sur la marmite MR (et sa popotte interne), frappée le 26 mai par une casserole électorale non-négligeable. Une décision qui n’a pas tardé à montrer ses limites. En effet, la pression s’est faite plus forte ces derniers jours, avec, pour point d’orgue, une défection marquée dans les rangs libéraux. Ce lundi, six personnalités ont appelé, sous couvert d’anonymat, le numéro un du parti à remiser le tablier de président sans tarder, par pages du Soir interposées. À tel point que certains évoquent désormais des remous donnant un goût amer à la sauce qui lie la formation politique.

Qui est à la manœuvre? Nos confrères font état de "ministres, anciens ministres et parlementaires". Avec "s", ce qui, dans le premier cas, réduit grandement le champ des possibles. La piste des seconds couteaux serait donc à mettre quelque peu au placard, bien que certains l’étayent, accusant des "gens aigris par rapport aux élections et leur résultat". L’odeur de la culpabilité serait donc à chercher ailleurs. Du côté des pièces de résistance, par exemple.

Appel à l’unité

"Quand j’ai quelque chose à dire, je le dis en face."
jean-Luc Crucke ministre wallon du Budget, des Finances et de l’Énergie

Oui, sauf que, dans la journée, le parti a décidé de sortir du bois face à cette prise de position "surprenante", mais surtout "déplorable, aussi bien par la forme que par le fond", grogne un député. Quarante-cinq personnalités du MR, parmi lesquelles des poids lourds (Chastel, Ries, Bacquelaine, Ducarme, Marghem, Reynders, Wilmès, Bouchez, Bertrand, Schepmans, Bellot, Borsus, Crucke, De Bue, Jeholet, Laruelle, Miller, Michel père, Deprez,…), ont souligné l’"unité" et la "sérénité" régnant actuellement au sein du Mouvement réformateur.

Le camp libéral ne serait donc pas tiraillé en interne – alors qu’"au moins un des six frondeurs a signé l’appel des 45", tacle le sénateur Georges-Louis Bouchez? Et ce alors même que certains doigts accusateurs ont un temps pointé en direction de Jean-Luc Crucke, qui pourrait prétendre à de nombreuses fonctions à divers étages de par la notoriété personnelle qu’il a construite, ou de Christine Defraigne, qui n’a jamais caché son opposition à la droitisation du parti. L'un est reyndersien, l'autre michelienne. De quoi raviver l’idée d’une lutte entre les deux camps rivaux, suite au putsch de Charles Michel en 2009, qui éjectait alors le Liégeois et s’emparait de la tête du parti. "Quand j’ai quelque chose à dire, je le dis en face", se défend le ministre wallon du Budget, des Finances et de l’Énergie. "Donner de l’importance à cette sortie, c’est donner de l’importance à quelque chose qui n’en a pas". Christine Defraigne, présidente honoraire du Sénat, abonde. Et martèle: "C’est tellement facile de rechercher des coupables et de créer des boucs émissaires. Je préfère défendre des valeurs, pas des querelles d’appareil."

D’autres pointent alors du doigt des alternatives parmi les cibles potentielles, à savoir ceux qui se sont dit déçus d’un parti devenu "trop libéral", à chercher plutôt du côté du MCC de Gérard Deprez, ancien président du PSC. Après tout, "il a beaucoup milité pour que nous absorbions le cdH", peste un ponte du parti. "Pourquoi aurait-il fait cela, alors qu’il sortait dans la presse sur une pleine page début juin avec l’idée d’unifier MR, cdH et DéFI dans un grand parti centriste?", le défend un libéral.

Mais qu’importe qui est le coupable. "Cette sortie, c’est une erreur", analyse un fin connaisseur des arcanes du parti, en prenant un peu de hauteur. "En moins d’une journée, les auteurs ont été désavoués, montrant leur amateurisme dans l’approche. De plus, ils devront mener campagne, quand les masques tomberont, en étant affublés de l’étiquette de menteurs, ce qui est déjà un mauvais départ. Et porter le poids d’avoir déstabilisé le parti à un mauvais moment, où l’on vient d’entrer en négociations avec PS et Ecolo au niveau wallon et que la marche accélère."

 

Voilà pour l’épisode, mais quid de ces tensions internes qui remontent souvent à la surface? Pour Willy Borsus, "on est dans un parti apaisé, affirme-t-il la main sur le cœur. L’image classique qui est véhiculée depuis quelques années ne repose pas sur la réalité. Alors, il est évident qu’il y a eu un épisode il y a dix ans (avec le putsch de Charles Michel, NDLR) et que diverses affinités existent au sein du parti depuis, mais les dimensions mises en avant dans la presse ne sont pas celles que je rencontre ici en interne".

Michel reste numéro un

D’autant qu’il faut bien comprendre que le Conseil du MR a voté unanimement mi-février pour que Charles Michel assume le mandat de président du parti jusqu’à l’issue du processus électoral et des négociations gouvernementales, souligne Sophie Wilmès, ministre fédérale du Budget. Une fonction qu’il conservera jusqu’à sa prise de fonction européenne, nous souffle-t-on en coulisses. Puis, ce sera le départ, l’homme ne pouvant conserver une fonction exécutive au sein d’un parti cumulée à sa nouvelle casquette internationale. Bref, "on était loin de la prise d’otage".

Quant à ce qui est d’une date pour la tenue de ces élections libérales, s’annonçant déjà électriques, rien ne filtre pour l’heure. Si ce n’est que ce sera l’heure de faire valoir ses idées. Et de tomber les masques.

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