analyse

Un meurtre qui fait trembler le CD&V et le MR

©BELGA

Après l’affaire Van Espen, certains partis de l’opposition réclament un refinancement massif de la Justice. Le gouvernement est sur la défensive, surtout côté néerlandophone.

L’événement intervenant en pleine campagne électorale, il faut froidement identifier les conséquences politiques du meurtre qui secoue le pays depuis lundi. L’assassinat de Julie Van Espen, étudiante anversoise de 23 ans, et l’arrestation d’un suspect multirécidiviste, condamné à quatre ans de prison ferme en 2017, ébranle tout le monde politique. L’affaire est dévastatrice surtout pour le CD&V qui dispose du portefeuille de la Justice depuis 2014. Au cours de cette période, les réformes du ministre Koen Geens furent rarement accueillies avec enthousiasme par le monde judiciaire, dont les lenteurs demeurent. Le manque de moyens fut régulièrement rappelé au gouvernement. Au CD&V, on déplore évidemment cette nouvelle séquence négative alors que l’émoi et les lenteurs de Madame Justice s’étalent dans les médias flamands. Les critiques pleuvent et l’on s’attend à des attaques des partis de l’opposition mais pas uniquement. La N-VA pourrait rester en retrait, espèrent certains sociaux-chrétiens flamands, alors que le bilan de la majorité anversoise, dirigée par Bart De Wever, en matière de sécurité est soumis à des critiques parfois fortes. Cette peur d’un effet boomerang expliquerait la relative discrétion des nationalistes dans cette affaire. À voir.

Élections 2019

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Côté francophone, c’est forcément le parti du Premier ministre, le MR, qui est sous pression. Mardi, les écologistes sont rapidement sortis du bois pour dénoncer la politique du gouvernement en matière de justice. Les verts évoquent "un drame sans nom qui met une fois de plus en évidence que notre Justice est sous-financée". "Les choix politiques de ces dix dernières années aboutissent aujourd’hui à ce qu’elle ne représente plus en Belgique que 0,5% du PIB, alors que la moyenne européenne est de 2,2%", assènent les coprésidents Zakia Khattabi et Jean-Marc Nollet. Et les mêmes de dénoncer les coupes du gouvernement Michel: "Les économies imposées à la Justice ne lui permettent plus de fonctionner efficacement. La lenteur, le cadre incomplet, la surpopulation carcérale sont autant d’éléments qui concourent à ce que les délais d’appel s’allongent, à ce que des individus dangereux restent libres entre deux jugements. Nous nous inquiétons de l’aveuglement du Premier ministre qui, très récemment, doutait encore de la nécessité d’un refinancement de ce département." Ecolo en appelle au refinancement de la Justice.

"Assis entre deux chaises, les magistrats sont dans des positions plus qu’inconfortables pour rendre une justice sereine et humaine."
Maxime Prévot
CDH

Même constat au cdH qui réclame que "500 millions d’euros, permettant de remplir les cadres à 100%, soient dégagés pour refinancer la Justice à la hauteur des besoins de notre société, pour qu’elle puisse fonctionner rapidement, avec toute l’humanité nécessaire". Le cdH relève également que le juge ne peut ordonner l’arrestation immédiate d’un condamné que si un risque important qu’il se soustraie à la justice est identifié. "Cette situation est particulièrement problématique dans les affaires de mœurs, de violences, en particulier envers les femmes et les enfants, de viols, ajoute le président Maxime Prévot. Assis entre deux chaises, les magistrats sont dans des positions plus qu’inconfortables pour rendre une justice sereine et humaine." Une situation qui doit changer, ajoutent les humanistes.

Les libéraux dénoncent une récupération politique

Petit tour chez DéFI qui fait également du refinancement de la Justice un argument de campagne. "On mise sur un doublement du budget de la Justice et un effort pour les bâtiments, explique Alexandra Dupire, tête de liste fédérale dans le Hainaut. Ce qui est arrivé était annoncé. Le personnel judiciaire est à bout. Il faut remplir les cadres."

Des réactions "qui relèvent de la récupération politique", estime Sophie Wilmès, ministre MR en charge du Budget. Elle affirme sur Twitter que les crédits alloués à la Justice ont "légèrement augmenté" entre 2014 et 2018. Les dépenses en justice par habitant placent la Belgique au huitième rang du classement européen, ajoute-t-elle. Philippe Goffin, député MR spécialisé en justice, déplore également "l’indécence" des partis tentés de récupérer le drame d’Anvers "pour faire de la politique politicienne". En l’espèce, le tribunal a appliqué la loi, dit-il en rappelant qu’au Parlement, notamment sous l’impulsion du MR, des débats ont été initiés pour étendre les possibilités de privation de liberté pour les condamnés qui comparaissent non-détenus. Il admet cependant que des cadres devront être remplis au sein de l’appareil judiciaire.


Comme pour le CD&V, le risque est là pour les libéraux dont le programme ne comporte pas un refinancement massif de la Justice comme le promettent d’autres partis.

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