analyse

PS et N-VA bientôt à la même table?

Didier Reynders. ©BELGA

"Table ronde" ou "table de conversation": telle est la piste à la mode pour sortir l’échelon fédéral de sa torpeur. Car les dossiers urgents ne manquent pas. Crédible?

C’est, dans cette Belgique fédérale plongée dans une certaine torpeur, le nouveau terme à la mode. "Table ronde". Ou "table de conversation", comme l’évoquait le président du Parti socialiste à l’occasion de la Fête nationale. Interrogé, Elio Di Rupo faisait savoir que si les informateurs royaux, Didier Reynders et Johan Vande Lanotte, l’invitaient à une table réunissant les présidents de parti – donc Bart De Wever également – eh bien, en tant que président de parti responsable, il s’y rendrait.

Une table ronde, donc. Rassemblant presque toutes les formations. À l’exception de celles que la majorité ne veut pas voir (au revoir Vlaams Belang et PTB), et celles qui se sont auto-exclues (au revoir le cdH). Tel serait le plan mijoté par le duo d’émissaires royaux, dont le rapport est attendu par le Roi ce lundi.

Si c’est pour faire tout le sale boulot, pourquoi ne pas, tant qu’à faire, former un gouvernement?

Difficile de savoir, pour l’heure, quel est le degré d’imminence et de plausibilité de cette réunion au sommet. Du côté des informateurs, c’est le silence complet qui prévaut. "On travaille depuis le début dans la discrétion la plus totale", fait-on savoir du côté de Didier Reynders. Sous-entendu: et ce n’est pas maintenant que cela va changer. La situation n’est pas plus claire du côté des hôtes attendus, les invitations officielles semblant ne pas encore être arrivées aux sièges des partis concernés. Prudence et expectative, donc: si ce scénario semble effectivement avoir été évoqué, il n’est pas encore garanti qu’il débouche sur quelque chose de concret.

Surtout que, pour l’heure, les partis francophones ne sont pas exactement à l’heure fédérale et ont plutôt les yeux rivés sur les entités fédérées – à l’exception peut-être du cdH, qui aurait tendance, lui, à se regarder le nombril. Si le gouvernement bruxellois vient d’être bouclé, le PS a encore fort à faire pour faire émerger un projet et une coalition pour la porter du côté de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’heure est aux réunions "exploratoires" entre PS, MR et Ecolo.

Satané principe de réalité

Côté flamand, quelque part, on a aussi les yeux braqués sur le Parti socialiste. La principale formation, la N-VA, n’attend-elle pas de savoir si le PS est disposé à entamer une discussion? En face à face, ce n’est pas gagné. Si c’est pour discuter du confédéralisme, non merci, entend-on à gauche. Le PS a déjà du mal à accepter le MR en Wallonie, alors discuter avec la N-VA au Fédéral, on n’y est pas encore, ironise-t-on à droite.

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Bref, la seule manière de réunir PS et N-VA autour d’une table serait, peut-être bien, de l’organiser, cette fameuse table ronde.

De quoi y discuterait-on? Pas forcément de la formation d’un gouvernement fédéral; en tout cas pas dans un premier temps. L’idée circule depuis un certain temps déjà: une série de dossiers urgents pourraient être réglés, sans attendre l’émergence d’un exécutif en bonne et due forme. Soutenus par une majorité parlementaire – comme cela a été le cas de cette "majorité Dewael" ayant placé l’Open Vld Patrick Dewael au perchoir de la Chambre ou validé les douzièmes provisoires permettant à la Belgique de disposer d’un semblant de budget.

La seule manière de réunir PS et N-VA autour d’une table serait, peut-être bien, de l’organiser, cette fameuse table ronde. Une série de dossiers urgents pourraient être réglés, sans attendre l’émergence d’un exécutif en bonne et due forme.

Urgents? Oui: il y a un budget 2020 à boucler pour octobre. Un commissaire européen à désigner. Et un Premier ministre à remplacer, Charles Michel quittant en décembre le 16, rue de la Loi, pour le Conseil européen. Entre autres. Après quoi, dans un second temps, on s’attellerait à monter un "vrai" gouvernement.

Si l’idée peut sembler séduisante sur le papier, elle risque cependant d’être confrontée à la rudesse du principe de réalité. Prenez le budget: sa confection sera tout, sauf une partie de plaisir. Sachant qu’il faut dénicher 4 milliards pour combler le retard accumulé en 2019, sans parler des efforts à consentir en 2020. Si c’est pour faire tout le sale boulot, pourquoi ne pas, tant qu’à faire, former un gouvernement?

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