analyse

Une vague populiste menace l'Europe

Matteo Salvini, Harald Vilimsky, Geert Wilders, Marcus Pretzell, Marine Le Pen et Frauke Petry. ©EPA

Les partis populistes européens, pour la plupart d’extrême droite, ont le vent en poupe depuis la crise économique. Ils menacent, à la faveur des prochaines élections, d’atteindre une masse critique et un minimum de coordination qui leur permettrait de ralentir, au pire de paralyser, l’Union européenne.

En dix ans, les partis populistes ont enregistré une croissance continue partout en Europe, poussée par une crise de confiance dans les forces politiques traditionnelles. Ces deux dernières années, le phénomène a pris de l’ampleur, plusieurs de ces partis entrant dans des exécutifs.

Les élections européennes, qui ont lieu du 23 au 26 mai, devraient confirmer cette tendance. Il est à craindre que pour la première fois depuis les années 30, cette vague menace de paralyser l’Europe.

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Parmi les partis populistes, ceux d’extrême droite sont les plus vivaces. Ils sont désormais fédérés sous la bannière de Matteo Salvini dans un groupe, l’Alliance européenne des peuples et des nations (AEPN), qui pourrait récolter 72 élus, selon les dernières prévisions de Politico. Composé d’élus français, italiens, et allemands, l’AEPN serait la quatrième force politique d’Europe. L’ombre de Steve Bannon, l’ancien conseiller de Donald Trump, plane sur cette nouvelle force.

"La dynamique et l’envie de réussir sont plutôt du côté des partis populistes d’extrême droite. Le reste ressemble à un champ de ruines électoral", dit Jean-Yves Camus, politologue français spécialisé dans l’extrême droite. L’abstention est telle dans de nombreux pays européens que seuls les partis motivant leurs troupes, dont ceux d’extrême droite, remporteront la donne.

Le défi sera d’autant plus ardu pour l’Union européenne que les quatre États européens où l’extrême droite gouverne, l’Autriche, l’Italie, la Bulgarie et l’Estonie, enverront des représentants dans la prochaine Commission européenne. Du jamais vu.

"La dynamique et l’envie de réussir sont plutôt du côté des partis populistes d’extrême droite. Le reste ressemble à un champ de ruines électoral."
jean-yves camus
politologue spécialisé dans l’extrême droite

Au pouvoir en Europe

Les partis populistes sont arrivés au pouvoir en Autriche (FPÖ), en Italie (M5S, Ligue du Nord), en Bulgarie (OP), en Estonie (EKRE), en Hongrie (Fidsez), en Pologne (PiS) et en Roumanie, où le parti social démocrate (PSD) est, comme son chef Liviu Dragnea, davantage populiste et nationaliste que socialiste.

Plusieurs partis populistes ont connu une très forte croissance lors des dernières législatives. Au Danemark, le Dansk Folkeparti (DF, Parti du peuple) a réalisé 21% en 2015. Il est crédité de plus de 16% pour les élections européennes. En Suède, les Démocrates suédois (SD) étaient à 17,58% en 2018. En Finlande, le Parti des Finlandais (PS) atteint 17,48%.

Matteo Salvini et Viktor Orban. ©AFP

Dans certains pays, les prévisions montrent que les populistes dépassent les partis au pouvoir. En France, d’après un sondage Ifop du 15 mai, le RN de Marine Le Pen (26%) devance la liste LREM du président Macron (25%). Au Royaume-Uni, selon des prévisions d’Opinium Research du 12 mai, le Ukip (34%) dépasse le Labour (21%) et les Tories (11%).

Aux Pays-Bas, le Forum pour la démocratie de Thierry Baudet a dépassé le parti libéral de Mark Rutte, avec un score de 14,5% lors des législatives, pompant l’électorat du PPV de Geert Wilders.

La plupart des partis populistes sont extrémistes de droite, comme le RN en France, l’AfD en Allemagne ou le Vlaams Belang en Belgique, parfois de gauche radicale, comme les Insoumis en France, Die Linke en Allemagne. Ou inclassables, comme le M5S en Italie.

Les racines de la déferlante populiste

Cette vague populiste a démarré avec la crise économique de 2008 suivie d’une phase d’austérité. Elle s’est amplifiée lors de la crise migratoire de 2015, à laquelle l’Europe a répondu par un langage sécuritaire anxiogène. Cet état de fait a provoqué, dans les pays riches, un protectionnisme menant au Brexit au Royaume-Uni et à une poussée des partis d’extrême droite suprémaciste dans les pays scandinaves et en Allemagne.

Dans les pays à moindre croissance, cette crise a provoqué un retour des nationalistes purs et durs, Aube Dorée en Grèce, Vox en Espagne et les fascistes de la Ligue en Italie.

En France, comme en Italie, le socialisme s’est effondré au profit d’une extrême gauche virulente et d’une extrême droite surmédiatisée. La dérive des gilets jaunes français, récupérés par les deux extrêmes, incarne cette déferlante populiste.

Leur point commun? Dénoncer les élites au pouvoir, le "système", qui n’a pu éviter la crise économique et l’austérité qui a suivi. Il en résulte un rejet de l’Union européenne en tant qu’institution supranationale. L’extrême droite et la droite populiste prônent un retour à la nation, certains s’érigeant en défenseurs de la chrétienté, comme dans le cas du Fidesz, au pouvoir en Hongrie, un parti membre du PPE.

Marine Le Pen et Geert Wilders. ©REUTERS

Singulièrement, plutôt que de résister aux mouvements extrémistes, les partis traditionnels ont imité le vocabulaire sécuritaire et même les accents nationalistes de ces partis.

Avec la crise migratoire, ces partis ont fait de la lutte anti-migrants leur fonds de commerce, même trois ans après la fin de la crise. À l’extrême gauche, la dénonciation du système et des grandes entreprises prédomine, bien que l’on retrouve parfois des relents nationalistes et une méfiance envers les migrants.

Cette vague populiste n’est pas apparue spontanément. Elle tire ses racines dans les premiers doutes d’après-guerre et la crise pétrolière des années 70. L’incapacité des partis traditionnels de l’affronter, et la tendance de certains partis de la copier pour tenter de l’endiguer, comme le PPE (démocrates chrétiens), n’a pas permis de couper le mal à la racine.

L’émergence des réseaux sociaux, Facebook et Twitter, a servi de levier à ces partis axant leurs discours sur la stigmatisation, les fausses nouvelles et la désinformation. Ils sont parfois relayés par des puissances étrangères, comme la Russie.

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