"Quand je me fais une tresse le matin, je pense à Greta Thunberg" (Mélissa Hanus, PS)

©Anthony Dehez

Pour un premier essai en politique, Mélissa Hanus, 26 ans, ne s’en est pas trop mal sortie. Douzième sur la liste PS aux dernières élections communales à Etalle (Gaume), elle a obtenu le deuxième score derrière le bourgmestre Henri Thiry et a été propulsée échevine. Un poste qu’elle combine avec celui d’enseignante en bureautique et en sciences sociales en 3e et 4e technique professionnel. En mai prochain, elle emmènera la liste PS pour le Luxembourg à la Chambre.

Série 3/5

Comment avez-vous attrapé le virus de la politique?

Ça ne date pas d’hier. À 15 ans, j’étais déjà décidée à faire quelque chose. Je voulais montrer que les jeunes ne sont pas des délinquants. On jouait dans la rue la plupart du temps et je voulais absolument que les jeunes aient leur local. C’est au cours de mes études à l’ULB, lorsque j’étais active dans le syndicat étudiant Unecof, que j’ai compris que la politique pouvait effectivement faire bouger les choses.

"À 15 ans, je voulais montrer que les jeunes ne sont pas des délinquants."

Pourquoi le Parti socialiste?

Parce que j’ai toujours été sensible à la question des inégalités. Je suis la huitième dans une famille de neuf enfants. Mon père a travaillé toute sa vie comme chauffeur de camion. Ma mère s’est d’abord occupée de nous et a ensuite travaillé comme technicienne de surface. Après mon diplôme d’assistante de direction obtenu à Arlon, je suis allée faire un master en sciences du travail à l’ULB. J’ai fait cela en cours du soir car je devais travailler pour payer mes études. Voilà pourquoi la justice sociale est importante à mes yeux. En outre, le PS est le seul parti qui sait assumer et gérer, qui a la fiabilité et la stabilité de s’engager dans un gouvernement. En ce sens, voter pour le PS n’est pas un vote perdu. C’est aussi le seul parti qui a su intégrer les problèmes environnementaux tout en gardant les pieds sur terre par rapport aux impératifs sociaux.

La politique n’est pas très populaire chez les jeunes. Comment leur rendre le goût de la politique?

C’est une vision un peu désuète. Les jeunes se sentent au contraire de plus en plus concernés par la politique. Beaucoup de jeunes siègent dans les conseils communaux. Le 7 février dernier, 2.000 jeunes ont défilé pour le climat dans les rues d’Arlon. C’est du jamais vu pour une petite ville comme la nôtre. Je constate surtout une révolte par rapport à l’immobilisme qui caractérise la politique actuelle. La défense de l’environnement est un thème mobilisateur, il montre que les jeunes osent s’investir dans la chose publique.

"Je constate surtout une révolte par rapport à l’immobilisme qui caractérise la politique actuelle."

Vous vous voyez ministre un jour?

Je n’en ai aucune idée. Déjà, je n’ai jamais imaginé devenir échevine. Quand j’ai appris que j’avais fait le deuxième score, j’ai dû m’asseoir… Maintenant, je suis tête de liste fédérale. J’ai les épaules assez larges pour tenir la barre, mais je préfère ne pas me projeter trop dans le futur pour l’instant.

N’avez-vous pas un peu l’impression, en Gaume, d’être oubliés par les centres de décision de Bruxelles et de Namur?

Nous avons en effet le sentiment d’être complètement délaissés. C’est la motivation principale de mon engagement en politique. Le Luxembourg a toujours été le parent pauvre des politiques publiques. Prenez la mobilité: sans voiture, vous ne pouvez rien faire ici. Les transports en commun sont peu développés. J’y vois une forme de discrimination. Un autre exemple: nous n’avons aucune université, mis à part un département de l’ULg à Arlon.

"Dans le Luxembourg, nous avons le sentiment d’être délaissés."

Vous êtes à l’origine du festival de l’eau à Etalle. C’est quoi?

C’est un de mes meilleurs souvenirs de 2018. La spécificité d’Etalle, c’est son eau. C’est ici en effet que se trouvent les sources et l’usine Valvert. Nous avons lancé un événement à la fois environnemental, culturel et sportif autour de la thématique de l’eau, qui est un bien précieux. Il y a eu des concerts, des conférences, etc.

Vous avez aussi lancé la Stab’Academy en faveur de la réussite scolaire.

Avec quelques jeunes profs bénévoles, nous avons mis en place une forme de mentorat pour des élèves qui ont des difficultés scolaires ou qui risquent de décrocher. La formule est ouverte à toutes les bourses et visiblement, cela marche, puisque le taux de réussite de ces élèves avoisine les 90%.

Avez-vous des hobbies particuliers?

J’aime la course à pied. Je participe aux "Allures libres de Gaume", un cross qui rassemble chaque dimanche matin des centaines de joggeurs.

Des auteurs préférés, une musique préférée?

Je suis une inconditionnelle d’Harry Potter. Sinon, la musique ici dans le Luxembourg, c’est plutôt le punk-rock. On se retrouve régulièrement à l’"Entrepôt", qui est une salle de concert à Arlon. Un de mes élèves y montera sur scène prochainement.

Avez-vous un modèle en politique, quelqu’un qui vous inspire?

Je n’ai pas de modèle en particulier. Pour l’instant, je suis très admirative de ce que réalise Greta Thunberg, pour son franc-parler et sa ténacité. Quand je me fais une tresse dans les cheveux le matin, je pense à Greta Thunberg…

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