La double vie de François Schwennicke au Vietnam

François Schwennicke dirige toujours l'atelier de sous-traitance en maroquinerie qu'il a créé en 2009 au Vietnam, mais consacre de plus en plus de temps au développement de la brasserie Belgo. ©doc

Débarqué à Hô Chi Minh-Ville en 2009, l’ancien patron de Delvaux y a développé un atelier de maroquinerie et investi dans la brasserie Belgo de son ami Gauthier Lagasse.

Depuis le rachat du célèbre maroquinier Delvaux par des investisseurs chinois en 2011, son ancien CEO, François Schwennicke avait un peu disparu des radars. Et pour cause, en 2009 il est parti au Vietnam pour y ouvrir un atelier. Une conséquence directe de la crise financière de 2008-2009 qui avait rendu les sacs Delvaux inabordables pour une grande partie de la classe moyenne. "Je suis parti moi-même car je voulais garder le contrôle sur la qualité et convaincre mes artisans de venir former les locaux", se souvient-il. "Un ami vietnamien qui travaillait dans l’horlogerie de haute précision chez Rolex, un peu comme chez Delvaux, m’avait conseillé de venir au Vietnam, un pays avec un gros potentiel et une capacité d’apprendre vite. Je me suis donc retrouvé à Hô-Chi-Minh-Ville."

"Il y a des points communs entre les Vietnamiens et les Belges: le sens de l’humour et de l’autodérision, la convivialité, le goût de la fête et même la bruxellisation!"
François Schwennicke
Ex-CEO de Delvaux et associé de la brasserie Belgo

Onze ans plus tard, il y est toujours et ne semble pas prêt à revenir vivre en Belgique même s’il effectue de réguliers aller et retour pour assister aux CA de Delvaux, dont les Schwennicke restent actionnaires minoritaires. Entretemps, ses activités ont évolué. Delvaux s’est recentré sur le très haut de gamme et ne produit plus qu'en Europe. Sous le nom de Saigon Heritage Factory, l’atelier fabrique aujourd’hui des accessoires en cuir pour des marques de luxe comme Belber ("le Delvaux américain"), des marques japonaises, des clients et designers locaux et même pour Nathan. L’atelier emploie une soixantaine d’artisans et réalise un million de dollars de chiffre d’affaires.

Ambassadeur de la culture belge

Mais aujourd’hui, ce qui occupe davantage François Schwennicke, c’est la brasserie Belgo. Il y a quatre ans il s’est associé à Gauthier Lagasse, un autre expat belge, importateur de grandes marques de bières au Vietnam, mais désireux d’y développer un concept de bière 100% belge pour ce marché de cent millions d’âmes, un des plus gros consommateur de bière au monde par tête d’habitant. "La bière belge d’importation étant impayable pour les locaux, on a donc décidé de la faire ici", explique -t-il. "On a acheté une brasserie en Belgique que l’on a démontée et remontée ici. On a un maître brasseur belge et même le houblon vient de Belgique." Quatre ans plus tard, Belgo compte une dizaine de bières écoulées dans 300 points de vente, dont deux Belgo-Belgian Craft Beer Brewery à Hô Chi Minh-Ville: des pubs véhiculant la culture belge, qu’elle soit gastronomique, brassicole ou… footballistique: "Ils connaissent surtout Hazard, et Kompany, ils savent aussi qui est Tintin mais ignorent qu’il est belge", s’amuse-t-il. "Le business est en plein essor, on a commencé à exporter en Thaïlande, on songe à Singapour et à Taïwan." Le chiffre d’affaires s’élève à 3 millions de dollars.

300
points de vente
Au Vietnam, la Belgo est disponible dans 300 points de vente.

Après plus de dix ans, François Schwennicke s’est complètement acclimaté au pays : "Il y fait très chaud mais j’aime ça; en revanche, la langue est quasi impossible à maîtriser si l'on n’y est pas né." Selon lui, il y a même bien des points communs entre les Vietnamiens et les Belges: le sens de l’humour et de l’autodérision, la convivialité, le goût de la fête et même la bruxellisation!" Côté business, il met en avant l’esprit entrepreneurial malgré une administration qu’il juge kafkaïenne, un environnement légal très flou et l’absence d’aide à l’investissement: "En Belgique on est abîmés par cette idée d’être aidé par les pouvoirs publics, ici il y a une réussite pour dix échecs, mais on se relève vite et on recommence grâce notamment à une très forte solidarité familiale car les prêts bancaires sont plutôt réservé aux grosses boîtes. Le problème, c’est le manque de fidélité des gens. On les forme, puis ils créent très vite leur propre business de leur côté."

Les entrepreneurs belges du bout du monde

Du Canada à l’Indonésie, en passant par l’Argentine, le Congo et le Vietnam, L’Echo est parti à la rencontre de Belges qui ont créé leur boîte à l’autre bout du monde. Retrouvez ici tous les articles de la série.

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