Easyfairs, la stratégie de niche porte ses fruits

Eric Everard, le patron d’Easyfairs, propose une formule low cost et "tout compris". ©Tim Dirven

Les prix de "L’Entreprise de l’année et de L’Entreprise prometteuse de l’année", organisés par EY, L’Echo et BNP Paribas Fortis, seront décernés le lundi 15 octobre. Qui succédera à Spadel et à Trasis?

Du premier salon de l’étudiant organisé par une bande de copains, cornaqués par Eric Everard, à la multinationale des foires et salons qu’est devenue Easyfairs, 30 ans tout rond ont passé. Mais l’enthousiasme des débuts du fondateur du groupe est toujours là. Lancez-le sur l’évolution du secteur, sur sa stratégie ou les ressources humaines, il est intarissable.

"Ryanair" des salons

Créé en 1997 sous la bannière Artexis, la société a d’abord connu une importante phase d’expansion en lançant et en rachetant de nombreux salons B2C et B2B en Belgique ainsi qu’en acquérant ou en gérant des halls d’exposition.

En 2004, Eric Everard et ses équipes ont imaginé le concept Easyfairs, le "Ryanair" des salons, soit une formule " tout compris " et low cost qui a permis le lancement d’une centaine de salons BtoB aux quatre coins de l’Europe. En 2011, le groupe s’est développé en Scandinavie et en 2016 Pays-Bas. Après avoir vécu des vies parallèles, Artexis et Easyfairs ont fusionné en 2013 pour former Artexis-Easyfairs. Depuis cette année, par souci de simplicité, il a opté pour la seule marque Easyfairs. " Le nom Artexis n’était utilisé qu’en Belgique alors qu’Easyfairs est connu internationalement ", relève Eric Everard.

Aujourd’hui, Eyasyfairs se positionne davantage dans l’organisation de salons (80% de son chiffre d’affaires) que dans la gestion de halls d’exposition (20%). "Le hall c’est devenu un moyen de développer des salons, pas un objectif", explique Eric Everard. Pourquoi? "Parce que c’est un secteur qui travaille par exclusivité; pour pouvoir faire les salons que nous voulons où nous voulons, on a donc acheté des halls pour faire ce qu’on veut." Résultat : Easyfairs exploite aujourd’hui des halls en Belgique (il est propriétaire à Gand et à Anvers et gestionnaire à Namur et à Malines), aux Pays-Bas et en Suède.

EASYFAIRS | FAST & SERIOUS

218 foires par an

Easyfairs organise aujourd’hui 218 foires et salons par an, dans 17 pays, en Europe, aux Etats-Unis et en Asie. Essentiellement dans le BtoB. En Belgique, il est surtout connu pour organiser Art Brussels, Realty et Made in Asia à Bruxelles, Antica Namur, Horeca Expo à Gand, Transport & Logistics à Anvers, etc. "Notre stratégie est double, détaille le CEO; d’une part être leader dans des pays de petite ou moyenne tailles, comme la Belgique, les Pays-Bas, la Suède, jusqu’à 30 millions d’habitants. D’autre part, être un leader mondial dans des niches, des salons professionnels hyperspécialisés où il y a peu de concurrence, ce qui permet de les dupliquer un peu partout. "

Easyfairs
  • Fondateur et CEO: Eric Everard. Actionnariat: Eric Everard (90%), management (10%).
  • 218 foires et salons par an dans 17 pays en Europe, aux Etats-Unis et en Asie.
  • 11 halls d’exposition dans 4 pays (4 en Belgique, 3 aux Pays-Bas, 4 en Suède).
  • Personnel: 752.
  • 161,5 millions d’euros de chiffre d’affaires (2016-2017). Ebitda: 31 millions. Résultat net: 7,6 millions.

Easyfairs est ainsi le n° 1 mondial des salons de "citernes d’hydrocarbures", avec des événements organisés à Rotterdam, Singapour, Hambourg, Dubaï. Il organise aussi six salons en Europe sur la "manutention du vrac solide". Avec vingt salons par an, l’emballage est son premier créneau, devant la logistique, le transport, la maintenance et l’automatisation. Au total Easyfairs couvre une trentaine d’industries.

Sa cible, ce sont donc ces niches de marché, "des communautés qu’il faut servir en leur offrant une expérience qui leur donne une vision de leur avenir, qui favorise les contacts entre les membres de la communauté via des conférences, des start-up villages, des innovation galleries, etc. ", détaille Eric Everard. La digitalisation a, en effet, poussé l’entreprise se focaliser davantage sur le visiteur. "Au début, on a eu un peu peur de la digitalisation, souligne-t-il; nos grands concurrents ont beaucoup investi dans des salons virtuels mais nous n’y avons jamais cru, car on vient à un salon pour voir des innovations et faire du networking. Si c’est pour trouver des fournisseurs ou prendre des commandes, on peut le faire sur Internet. Voilà pourquoi on a changé notre fusil d’épaule en se focalisant sur l’expérience du visiteur sur des secteurs très technologiques qui ont un haut besoin de networking."

A l’affût d’acquisitions

Les chiffres d’Easyfairs montrent le bien-fondé de cette vision. L’entreprise, qui emploie 752 collaborateurs, a connu une forte croissance ces dernières années. Depuis dix ans, son chiffre d’affaires a crû de 13% par an en moyenne, soit 9% en organique et 4% par acquisitions. Le rachat en 2016 d’Evenementenhal aux Pays-Bas a fait bondir le chiffre d’affaires de plus de 38% à 161,5 millions d’euros à l’issue de l’exercice 2016-2017. Côté profit, l’ebitda a presque doublé, passant de 17,5 à 31 millions, alors que le résultat net a bondi, passant de 1,1 à 7,6 millions .

Des chiffres qui offrent encore de belles perspectives de croissance pour Easyfairs, qui lorgne les marchés polonais et portugais.

D’autant que le secteur est assez éclaté. Le n° 1 mondial possède environ 8% de part de marché. Dans ce contexte, Eric Everard, qui détient 90% des parts (le solde est aux mains du management), ne se dit pas opposé à ouvrir son capital au cas où une possibilité d’acquisition stratégique dépassant sa capacité d’endettement devait se présenter.

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