Mithra, l'ex-spin-off qui rêve de tutoyer Bayer

François Fornieri, CEO de Mithra ©Debby Termonia

Entreprise de l'annnée 2018 | Son patron, François Fornieri, séduit ou agace. Mais les faits sont là: Mithra Pharmaceuticals est devenue ces dernières années l’un des symboles du renouveau économique wallon.

À la fin du premier semestre de 2018, à l’issue de plusieurs mois de progression constante de son titre, la société liégeoise spécialisée dans la santé féminine a même décroché la timbale: la première entreprise biopharmaceutique wallonne à franchir le milliard d’euros de valorisation boursière!

MITHRA | FAST & SERIOUS

Un trophée qui a attiré encore un peu plus l’attention sur cette ancienne spin-off de l’université de Liège fondée en 1999 par François Fornieri et le professeur Jean-Michel Foidart. Depuis lors, le cours a – nettement – reflué, sans explication apparente et malgré l’annonce de la signature, à la mi-septembre, du plus important contrat de l’histoire de la société. Le marché aime décidément brûler ce qu’il a adoré.

Une botte secrète

La botte secrète qui doit propulser Mithra au rang de leader mondial dans son secteur s’appelle Estetrol. Une molécule révolutionnaire qui peut être déclinée comme médicament en contraception et dans le domaine de la ménopause. Et même, très certainement, pour d’autres indications encore.

Mithra

Mithra a été fondée en 1999 par François Fornieri et le professeur Jean-Michel Foidart en tant que spin-off de l’ULiège. Elle a déjà été nominée comme entreprise de l’année en 2015.

Elle a réalisé un chiffre d’affaires de 46,3 millions en 2017. Elle a enregistré une croissance de 126% sur la période 2015-2017.

Il s’agit d’un œstrogène produit naturellement par le fœtus et que la biotech liégeoise synthétise avant de la reproduire industriellement. Développé par Uteron, l’ancienne filiale de Mithra vendue à Actavis en 2013, l’Estetrol a été récupéré ensuite par la société de François Fornieri, qui en possède dorénavant les droits dans toutes ses applications.

Le plus avancé des médicaments développés par Mithra à partir de l’Estetrol est la fameuse pilule Estelle, un contraceptif oral de nouvelle génération. Le second est le Donesta, un produit contre les effets néfastes de la ménopause. Le patron de Mithra est intarissable sur l’avenir de ce traitement hormonal susceptible de devenir un blockbuster, c’est-à-dire un médicament générant un chiffre d’affaires d’au moins un milliard de dollars. Non satisfait, le marché mondial de la ménopause se chiffre actuellement à 8,6 milliards de dollars et devrait atteindre plus de 20 milliards dans le futur.

"Le Donesta s’annonce comme un produit phénoménal", assène régulièrement François Fornieri, qui estime sans détours que sa société "peut devenir un nouveau Bayer".

C’est ce genre de déclarations qui lui a valu de s’attirer les foudres du gendarme belge des marchés financiers, la FSMA. François Fornieri, un braconnier de l’information financière? Le CEO s’en défend et – comparaison n’est pas raison – estime en faire beaucoup moins qu’un certain Marc Coucke. L’entrepreneur flamand a investi dans Mithra en 2017 et sa nouvelle entreprise, Ceres Pharma, a racheté récemment le portefeuille de médicaments génériques de la biotech liégeoise en Belgique et au Luxembourg.

Si certains émettent encore des doutes sur les scénarios avancés par François Fornieri, la société a enregistré en 2017 une progression de plus de 100% de son chiffre d’affaires, qui s’est hissé à 46,3 millions d’euros. On reste encore loin de Bayer ou même d’UCB, mais la progression ne fait sans doute que commencer.

Accords supplémentaires

Des partenariats et accords de licence supplémentaires sont en effet espérés dans les mois qui viennent, dont celui très attendu, pour la commercialisation d’Estelle aux Etats-Unis. Autre élément qui a aussi retenu l’attention ces derniers temps: la montée en puissance de la nouvelle plateforme de recherche, développement et production (CDMO) à Flémalle.

Une infrastructure high tech de 15.000 m² qui a nécessité un investissement de 75 millions d’euros. Le CDMO permet déjà la fabrication de polymères, d’implants, d’injectables stériles et du Myring, l’anneau contraceptif hormonal. Il est conçu pour produire 25% de la capacité mondiale d’estétrol. À peine entré en service, le CDMO est déjà considéré comme trop étriqué. Si ce n’est pas le signe d’une certaine santé, cela y ressemble beaucoup…

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