interview

"Pour découvrir des nouveautés ou faire du networking, le salon est irremplaçable" (Eric Everard, CEO d'Easyfairs)

©Photo News

Easyfairs a été désignée ce lundi l'Entreprise de l'Année 2018. Il s'agit là d'une deuxième récompense pour son patron, Eric Everard, après avoir été élu Manager de l'année il y a quelques années. Il nous livre ses premières impressions après cette belle victoire.

Comme Spadel l’an dernier, Easyfairs fait à son tour le doublé. L’organisateur de salons et gestionnaire de halls d’exposition décroche le titre de L’Entreprise de l’année décerné par EY, L’Echo et BNP Paribas. Quelques années plus tôt, son CEO, Eric Everard, avait été élu Manager de l’année, exactement comme Marc du Bois, le patron du minéralier wallon.

C’est le résultat de la stratégie audacieuse du groupe basée sur deux piliers. D’une part, être leader dans des pays de petite ou moyenne taille, comme la Belgique, les Pays-Bas ou la Suède. D’autre part, être un leader mondial dans des salons professionnels très spécialisés où il y a peu de concurrence, ce qui permet de les dupliquer un peu partout. Des hyper-niches certes, mais qui influencent favorablement les chiffres puisque depuis dix ans, Easyfairs connaît une croissance annuelle moyenne de 13% et affiche de confortables profits. Eric Everard, fondateur, quasi unique actionnaire et toujours CEO d’Easyfairs, ne boude pas son plaisir.

Easyfairs

• Fondateur et CEOEric Everard

• Actionnariat: Eric Everard (90%), management (10%)

• Localisation: Woluwe-St-Lambert

• Activités: 218 foires et salons organisés par an dans 34 secteurs et dans 20 pays en Europe, aux Etats-Unis et en Asie. 10 halls d’exposition dans 3 pays (4 en Belgique, 3 aux Pays-Bas, 3 en Suède). Easyfairs est dans le top 15 mondial.

• Personnel: 752

• Chiffre d’affaires 2016-17: 161,5 millions €

• Ebitda: 31 millions €

• Résultat net: 7,6 millions €

Comment accueillez-vous ce nouveau prix?
C’est une grande émotion, un immense bonheur à titre personnel mais aussi pour les équipes, ces 750 personnes qui se lèvent tous les matins pour organiser 220 salons. J’ai un management de dingues: certains sont là depuis 30 ans, on est comme des frères.

Je voudrais aussi remercier ceux qui ont été là quand on en avait besoin. Je pense notamment à Serge Vilain, l’ancien patron de finance.brussels, qui a aidé une petite boîte bruxelloise à devenir une grande entreprise internationale. Quant à ce trophée, il va tourner dans la vingtaine de pays où nous sommes présents!

Le choix du jury a été difficile. Qu’est-ce qui a fait pencher la balance en votre faveur?
Les principaux critères à observer pour obtenir le prix, les cinq entreprises (outre Easyfairs, Mithra, Desobry, Gobert et Odoo étaient en lice, NDLR), les avaient toutes. Nous les avons sans doute poussés plus loin. On a révolutionné notre industrie, on s’internationalise à outrance, on est audités en IFRS alors que nous ne sommes pas cotés, sans compter de vrais beaux chiffres économiques.

La réaction d'Eric Everard à la récompense d'Easyfairs

Cela change-t-il quelque chose dans votre développement?
Oui, je pense au recrutement. On assiste à une vraie guerre des talents en Belgique. Ce prix devrait les pousser davantage à venir postuler chez nous!

Vous remerciez logiquement vos équipes. La gestion des ressources humaines est un de vos dadas. Pourquoi?
Car c’est un métier d’hommes et de femmes. Si le patron d’un salon n’est pas à la hauteur, le salon sera mauvais et les exposants ne viendront plus. Nous avons plus de 750 employés, dont 150 dirigent des femmes et des hommes. Ce sont autant de managers RH.

"C’est un secteur qui bouge beaucoup, il y a une frénésie de deals."

On les a formés au management et au leadership et on a développé des outils comme le "manager scan": les employés peuvent évaluer leurs managers sur la base de différents critères comme le support, le feedback, la reconnaissance ou l’atteinte des objectifs. Nous avons en outre crée une académie physique et online avec des dizaines de modules chaque année, qui sont filmés. Le but est d’amener les collaborateurs à développer tout leur potentiel.

Dans ce contexte, quel est l’impact du digital dans votre activité?
Enorme. Au début, on a même eu un peu peur de la digitalisation. Nos grands concurrents ont en effet beaucoup investi dans des salons virtuels. Mais nous n’y avons jamais cru, car on vient à un salon pour voir des innovations et faire du networking. Si c’est pour trouver des fournisseurs ou prendre des commandes, on peut le faire sur internet.

La digitalisation nous a donc poussés à nous focaliser davantage sur le visiteur et sur son expérience. Dans les secteurs très technologiques que nous couvrons, les gens ont un haut besoin de networking. Ce sont des communautés qu’il faut servir en leur offrant une expérience qui leur donne une vision de leur avenir, qui favorise les contacts entre les membres de la communauté via des conférences, des start-ups villages, des innovations galeries, etc.

"On assiste à une vraie guerre des talents en Belgique. Ce prix devrait les pousser davantage à venir postuler chez nous!"

Nous avons ainsi lancé dans tous nos salons professionnels des badges intelligents basés sur la technologie NFC. Chaque exposant dispose d’un capteur sur son stand permettant au visiteur, muni de son badge, de recueillir par un simple toucher du capteur les informations sur l’exposant et ses produits.

 Comment procédez-vous pour innover dans le lancement de nouveaux salons?
Nous avons notamment développé un outil, le Bus Dev Track, pour lancer de nouveaux projets. Dans tous les pays, on a des process pour scanner les marchés. On est à l’écoute de nouveaux concepts et on étudie si on peut les lancer puis les développer dans les autres pays. En Suède, par exemple, notre équipe a lancé le salon Sett dédié aux nouvelles technologies pour le monde de l’enseignement. C’est un gros succès. On l’a cloné dans le nord de l’Europe. On va le lancer en avril 2019 à Namur, et en novembre à Gand.

La gestion de halls d’exposition ne représente plus que 20% de votre chiffre d’affaires contre 80% pour l’organisation de salons. Pourquoi?
Notre secteur travaille par exclusivité. Pour pouvoir faire les salons que nous voulons où nous voulons, on a donc acheté des halls. Nous y sommes chez nous. On y fait ce qu’on veut. Le hall est donc devenu un moyen de développer des salons, pas un objectif.

Quels sont vos plans de développement?
Easyfairs a encore de belles perspectives de croissance. Nous visons une implantation sur des marchés comme la Pologne et le Portugal qui collent avec notre stratégie. Le secteur est en outre assez éclaté. Le n°1 mondial possède environ 8% de parts de marché. C’est un secteur qui bouge beaucoup, il y a une frénésie de deals. Dans ce contexte, nous pourrions ouvrir notre capital au cas où une possibilité d’acquisition stratégique dépassant notre capacité d’endettement devait se présenter.

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