chronique

Entre la souffrance et la joie

Confessions d'un supporter belge un peu trop passionné, terrifié par l'idée d'une élimination précoce et n'osant pas rêver trop haut de gloire.

Je suis né en 1986, en plein Mundial mexicain, plus ou moins au moment où Roger Laboureur hurlait le nom d’Enzo Scifo alors qu'il ouvrait la marque face à l’Irak. Cette année-là, nos valeureux Diables emmenés par Pfaff, Gerets et Ceulemans ne chutèrent qu’aux portes de la finale, arrêtés par un Diego Maradona au statut quasi divin.

Avec un thème astral pareil, mon destin de fervent supporter des Diables semblait tout tracé. Mes premiers souvenirs de passionné lors de la World Cup 94 coïncident avec mes premières larmes versées à cause d’un ballon, à la suite du penalty oublié sur Weber face à la Mannschaft en huitième de finale. Huit ans plus tard, adolescent, ma Coupe du monde asiatique se conclut une nouvelle fois les yeux humides, après le but annulé de Wilmots contre la Seleçao, toujours en huitième.

"Certains considèrent le football comme une question de vie ou de mort. Je suis très déçu par ce type de comportement. Je peux vous assurer que c’est beaucoup, beaucoup plus important que ça."
Bill Shankly
Entraîneur légendaire du grand Liverpool des 60's

Les dix années suivantes, ne furent pas plus faciles, que du contraire… Cinq campagnes de qualification scellées par autant d’échecs et d’absences à l’Euro et au Mondial. Des roustes essuyées face à l’Allemagne ou l’Espagne, des nuls décevants concédés contre le Kazakhstan ou la Lituanie, des victoires parfois péniblement arrachées à Saint-Marin ou au Luxembourg… Une ou deux fois par an, je faisais partie des quelques milliers de masochistes qui ralliaient le Stade Roi Baudouin pour s’infliger ces purges et en repartir le cœur vaseux et les pieds lourds.

Depuis 2014, tout a changé. Plus guère de Vreven, Geraerts et autres Pieroni sous la vareuse nationale, mais des stars du calibre de De Bruyne et Lukaku. Finies les éliminations honteuses, mais des victoires avec panache, du football léché et des espoirs de trophée. Et des larmes de joie, enfin, après notre revanche contre le Brésil.

Ce vendredi, avant notre confrontation face à l’Italie, c’est la boule au ventre que je rédige ces lignes, entre la terreur d’un nouveau rêve brisé et le fantasme d’un triomphe tant attendu. Bill Shankly, légendaire entraîneur du grand Liverpool des 60’s, disait à ce sujet: "Certains considèrent le football comme une question de vie ou de mort. Je suis très déçu par ce type de comportement. Je peux vous assurer que c’est beaucoup, beaucoup plus important que ça."

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