chronique

Exorciser par la rage la malédiction des Diables

Journaliste

Avec une désespérante constance, les Diables Rouges échouent à tenir leurs promesses. La faute à qui, à quoi? Danois, Tchèques et Grecs y sont bien arrivés, eux.

On finira par y croire, à cette malédiction qui semble marquer les Diables Rouges aux basques à chaque fois qu'ils approchent le nirvana footballistique. À l'Euro comme au Mondial, les dernières marches leur sont comme interdites. Une finale, une demi-finale et deux quarts de finales à l'Euro, deux demi-finales au Mondial, tous perdus: voilà le curieux bilan de l'équipe belge à l'issue d'un demi-siècle de performances. Parmi les "petits" pays européens, les Pays-Bas, le Portugal, la Grèce, la Tchécoslovaquie (1976) et le Danemark ont réussi, eux, à transformer leur essai en réussite: ils ont chacun emporté un Euro.

L'exploit n'est donc pas impossible. Mais alors, où est le problème? Car comme en 2016 et 2018, la Belgique pouvait aligner une super-team. Certes, les blessures de Kevin De Bruyne et Eden Hazard auront pesé lourd dans la balance, ce qu'on pourrait reprocher aux Portugais, mais ce serait oublier que nos deux stars étaient déjà arrivées diminuées en phase finale. En 1972, c'était Wilfried Van Moer qui nous avait cruellement manqué contre l'Allemagne en demi-finale (jambe cassée contre l'Italie en quart). En 1980, on avait surtout manqué d'audace face aux mêmes Allemands. En 2016, face au Pays de Galles, on avait tout pour franchir l'écueil, sauf un peu de bagage tactique. Et puis face à la France au Mondial 2018 et à l'Italie maintenant, on a manqué d'inspiration et sans doute aussi de rouerie. Allusion à l'art consommé des Français et des Italiens à casser le jeu et jouer la montre. Encore que, pour être en mesure de gagner du temps, il faille d'abord mener au marquoir...

Les Belges ne pratiquent pas la simulation: peut-on décemment le leur reprocher? Les Tchèques et les Danois n'en ont pas eu besoin pour triompher.

Le cinéma d'Immobile avant le premier but italien démontre, lui, combien la simulation peut peser sur le résultat d'une rencontre. Les Belges ne pratiquent pas ce volet de l'arsenal tactique: peut-on décemment le leur reprocher? Les Tchèques et les Danois n'en ont pas eu besoin pour triompher.

Non, ce qui, outre une dose de ruse (quand même), nous fait défaut, c'est la conviction qu'il n'y ait que la victoire comme issue. Monter sur le terrain en équipe avec la rage au ventre. Les Diables ont déjà l'équipe, pas encore la rage. Un virus qu'ils devraient choper dare-dare (celui-là...), sans quoi ils continueront à susciter des promesses sans lendemain. Avant Doha, il faut transformer le camp d'entraînement de Tubize en centre non pas de vaccination, mais d'inoculation...

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