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Happy Brexit, Boris !

En cas de victoire des Three Lions dimanche face à l'Italie, Boris Johnson veut créer un nouveau jour férié. ©Photo News

La première finale de l'équipe d'Angleterre depuis 55 ans, dimanche soir à Wembley contre l'Italie, arrive à point nommé pour Boris Johnson, qui ne dit pas non à la création d'un nouveau jour férié en cas de victoire des Three Lions...

Le parallèle est inévitable. Le 27 juin 2016, lors du précédent Euro de football organisé en France, l'Angleterre a connu la pire défaite de son histoire face à l'Islande (1-2). Personne ne saura jamais l'effet qu'a eu sur les joueurs le verdict du référendum de la sortie britannique, 48 heures plus tôt.  

Cinq ans plus tard, le bon parcours des Three Lions à l'Euro ne doit rien à la nouvelle réalité géopolitique du Royaume-Uni aux marges de l'Union européenne. Mais au cœur d'un Wembley dont la jauge a été fixée à plus de 60.000 spectateurs, une éventuelle victoire anglaise constituerait une aubaine politique pour Boris Johnson, qui confirmera par ailleurs dès le lendemain la levée de toutes les restrictions sanitaires, y compris le masque en intérieur.

Il a même indiqué qu'il pourrait être "tentant" de créer un nouveau jour férié pour célébrer cette éventuelle victoire chaque année. Une pétition avait déjà rassemblé plus de 315.000 signatures vendredi midi, assez pour permettre son examen par le Parlement.

Une éventuelle victoire anglaise constituerait une aubaine politique pour Boris Johnson.

Pas vraiment fan de foot

L'intérêt de BoJo pour le football est pourtant très limité. Son principal fait de gloire est une ancienne photo de 1982 le montrant encore adolescent avec ses coéquipiers de la prestigieuse école d'Eton. Déjà très robuste et charismatique, il occupe le centre de la photo, bombant le torse avec sa grosse patoche droite posée autoritairement sur le ballon. Les rares vidéos le montrant sur un terrain de football font découvrir un joueur très maladroit, voire dangereux pour l'intégrité physique de ses adversaires. Mais personne ne doute qu'il est, par nature, un excellent récupérateur, et qu'il saura le montrer dès dimanche soir.

Boris Johnson (au centre de la photo) a tâté du ballon rond lorsqu'il étudiait à la prestigieuse école d'Eton. ©NEWS SYNDICATION

Paradoxalement, le vrai héros de ce parcours se situe aux antipodes de la personnalité du Premier ministre. Les Anglais ont ainsi appris à découvrir le sélectionneur Gareth Southgate, ancien joueur international qui n'a jamais évolué dans un grand club, que ce soit sur le terrain ou en tant qu'entraîneur. Modeste, flegmatique, pragmatique, rassurant, il bat en brèche cette idée répandue selon laquelle les grands techniciens anglais sont très rares, même si cet Euro a surtout confirmé que, dans le football moderne, la gestion d'une sélection est humaine avant d'être tactique.

Un impact économique difficile à chiffrer

Au-delà du cri de ralliement patriotique, une victoire anglaise pourrait-elle accompagner et renforcer le vrai nouveau départ de l'économie? Les forces sous-jacentes de la reprise post-pandémiques seront en fait beaucoup plus puissantes que l'éventuel premier triomphe anglais depuis la Coupe du monde 1966, d'autant plus que celui-ci ne concernera, par définition, que l'Angleterre. Une victoire rapportera quelques dizaines de millions de livres en plus à l'économie, pas beaucoup plus.

Une victoire dimanche rapportera quelques dizaines de millions de livres en plus à l'économie, pas beaucoup plus.

Reste à mesurer l'impact sur la cohésion nationale, particulièrement dans le contexte tendu qui prévaut depuis cinq ans (Brexit, attentats, covid, guerre des cultures). Les précédents sportifs ont eu un impact clair: c'était le cas des Jeux Olympiques de 2012, organisés à Londres, et qui avaient symbolisé la fin de plusieurs années moroses après la crise financière de 2008. La qualité de l'organisation, le caractère festif et simple de l'événement, et les succès de la Team GB - ceux de toute la Grande-Bretagne donc - avaient boosté le moral des Britanniques. Mais ces éléments sont difficilement mesurables.

7,1
millions de pintes
Dimanche, 7,1 millions de pintes devraient être consommées pendant les deux heures de la finale.

Moins en tout cas que le nombre de pintes de bière qui s'écouleront dimanche soir dans les pubs, après la pire année de leur histoire récente (2.360 fermetures). Les chiffres de la British Beer and Pub Association donnent le vertige: 7,1 millions de pintes devraient être bues pendant les deux heures de la finale. Soit plus de 50.000 par minute, ou 830 par seconde. Sur l'ensemble de la journée, quelque 13 millions de pintes seront écoulées. Le volume aurait même pu atteindre 17 millions si toutes les restrictions avaient déjà été levées.

La prudence devra rester de mise, d'autant plus que l'Euro a déjà spectaculairement contribué à faire flamber le nombre de contaminations au variant Delta. La trajectoire est similaire à celle du variant de l'hiver dernier, mais avec un nombre très limité d'hospitalisations grâce aux vaccins. Les chiffres de l'étude de l'Imperial College London parlent d'eux-mêmes: d'après le suivi de 47.000 volontaires entre le 24 juin et le 5 juillet, les hommes avaient 30% de probabilité en plus que les femmes d'être contaminés. Un décalage dû, selon les auteurs de l'étude, à l'activité sociale plus importante des hommes depuis le début de la compétition.

Le résumé

  • Une éventuelle victoire anglaise dimanche en finale de l'Euro 2020 constituerait une aubaine politique pour Boris Johnson.
  • Une victoire pourrait avoir un impact important sur la cohésion sociale et rapporterait quelques dizaines de millions de livres en plus à l'économie, pas beaucoup plus.
  • Cependant, l'Euro a déjà spectaculairement contribué à faire flamber le nombre de contaminations au variant Delta.

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