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Un Euro de bonne facture, mais non dénué de polémiques

©Photo News

Reporté d'un an en raison de la pandémie, le championnat d'Europe de football restera avant tout celui qui a vu le retour des spectateurs et de la joie dans les tribunes. Les recettes commerciales et les audiences sont au beau fixe, malgré la volatilité de l'attention des plus jeunes générations.

L'Euro 2021 - ou Euro 2020 pour les sponsors - est une relative réussite. Le premier indicateur est évidemment celui du spectacle et du nombre de buts marqués: avec 2,79 réalisations par match, cet Euro devance largement les précédentes éditions de l'ère moderne, jouées à partir des années 1980.

La qualité de jeu, au sens premier du terme, a également été satisfaisante. La précédente édition, en 2016, la première à 24 équipes, avait été relativement pauvre. Le mois écoulé s'est rapproché des standards plus relevés des éditions des années 2000 à 2012, joués à seize équipes.

Cet Euro a également été plutôt positif en matière d'arbitrage. Des progrès ont été faits dans l'utilisation de l'assistance vidéo, moins intrusive qu'au cours des quatre années écoulées. Le cas du pénalty très litigieux accordé à l'Anglais Raheem Sterling, en demi-finale face au Danemark (2-1 après prolongation) confirme toutefois que la technologie du VAR ne met pas fin aux scandales et aux discussions, voire qu'elle les attise. Elle rappelle malgré elle que l'arbitrage est par définition une question d'interprétation. C'est ce qui le différencie du jugement.

Les jeunes générations s'intéressent de moins en moins au football.

L'impact négatif du VAR sur l'expérience du spectateur et du téléspectateur est également significatif. Chaque supporter averti sait désormais qu'il existe environ 10% de probabilités que le VAR annule dans quelques dizaines de secondes le but que son équipe vient de marquer et qu'elle est en train de célébrer. L'émotion du but est décalée, diluée voire retenue. Cette émotion instantanée était la plus intense de ce sport, peut-être même de tous les sports.

La problématique n'est pas anodine, alors que les jeunes générations s'intéressent de moins en moins au football, ou alors de façon plus fragmentée, en mode multi-écrans. L'autorisation des six remplacements par match avec prolongation - soit douze au total - multiplie également les temps faibles à partir de la seconde période, et ouvre autant de fenêtres aux spectateurs qui sombrent dans l'ennui. Malgré tout, les audiences ont globalement été satisfaisantes, avec notamment 3,6 millions de Belges devant leur écran lors de la confrontation face à l'Italie et 2,7 millions pour la finale Italie-Angleterre.

Recettes en hausse

L'UEFA a, de nouveau, fait le plein de recettes. Celles du marketing et des droits TV ont augmenté sensiblement par rapport à l'Euro 2016 (2,5 milliards d'euros anticipés contre 1,9 milliard). La performance commerciale est d'autant plus remarquable que les jauges de spectateurs étaient réduites dans beaucoup de stades. Suite à cette baisse du ticketing, on peut donc estimer en gros que la pandémie a réduit les gains de cet Euro de 4 à 8%. Auxquels il faut ajouter les coûts supplémentaires. Ce qui augure une nouvelle progression des gains lors de la prochaine édition, en 2024, en Allemagne.

2,5
milliards d'EUROS
Malgré des jauges limitées dans beaucoup de stades, les recettes ont augmenté sensiblement par rapport à l'Euro 2016 (1,9 milliard)

Un non-sens écologique et sanitaire

Celle-ci marquera le retour au format classique, dans un seul pays. Le président de l'UEFA Aleksander Ceferin a confirmé ses réserves sur le format d'un Euro disputé dans onze villes européennes différentes. En 2014, l'idée de son prédécesseur Michel Platini était de fêter de façon symbolique les 60 ans de l'UEFA. Cet Euro éclaté reste pourtant une aberration écologique, et le maintenir tel quel malgré la pandémie a été un non-sens d'un point de vue sanitaire.

Le passé récent avait par ailleurs prouvé que l'organisation de l'Euro n'était pas réservée aux plus grands pays européens: la Suède l'avait organisé en 1992, la Belgique avait partagé l'événement avec les Pays-Bas en 2000, avant le Portugal en 2004, la Suisse et l'Autriche en 2008 et l'Ukraine et la Pologne en 2012.

La distribution des matches a par ailleurs été particulièrement déséquilibrée: six matches sur sept à Wembley pour l'Angleterre, et un véritable périple pour la Belgique (Saint-Pétersbourg, Copenhague, Saint-Pétersbourg encore, Séville, Munich), la nation la plus mal lotie en la matière dans cet Euro.

Le choix de Wembley se voulait sécurisant, à tous points de vue, mais les graves débordements dimanche avant la finale, où des centaines de supporters ont pu entrer dans le stade sans billet, rappelle qu'aucun stade n'est à l'abri de la violence.

Le résumé

  • Reporté d'un an en raison de la pandémie, l'Euro 2020 de football restera avant tout celui qui a vu le retour des spectateurs et de la joie dans les tribunes.
  • Les audiences télévisées ont été satisfaisantes et les recettes de l'UEFA sont en croissance.
  • Cet Euro éclaté reste pourtant une aberration écologique, et le maintenir tel quel malgré la pandémie a été un non-sens d'un point de vue sanitaire.
  • La prochaine édition sera recentrée sur un seul territoire, l'Allemagne.

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