chronique

Une affaire de sensations

Journaliste

Pourquoi apprécie-t-on tellement le sport à la télé? Est-ce que cela n'aurait pas à voir avec les émotions, et surtout, les sensations?

Le foot et moi, ça fait deux. J’ai bien quelques notions tirées de l’enthousiasme délirant de mon frère pour un club du bord de Meuse. Mais tout s’arrête à la barrière - pour moi infranchissable - de la règle du hors-jeu.

"Je n’ai rien compris". C’est ce que j’ai dit à ma fille, lundi, alors que l’arbitre annulait le goal de la Belgique contre la Finlande. Je n’ai rien compris à ce verdict, et je me sentais d’autant plus déconfite que j’avais bondi hors de mon canapé, le poing en l’air, dans un grand "yesssssssssss".

Douché le "yes". Je me suis renfoncée dans mes coussins et mon esprit est parti en vrille. Maugréant des "je sais pourquoi j’aime pas le foot et ses règles débiles".

Perdant quelques minutes le fil du match (vite retrouvé avec l'auto-goal du gardien finnois), je me suis lancée dans une analyse sociopsychanalytique sur les raisons qui font qu’on aime ou pas un sport (à la télé). Je regarde le foot parce que ce sont les Diables rouges, parce qu'ils font vibrer, et que c'est bon de vibrer.

Mais - comme c'est le cas de tas d'autres Belges - il n'y a pas d'attrait sportif là-dedans. Que des émotions. Alors, la passion (télévisée) pour un sport ne serait-elle pas surtout affaire de sensations ?

Je ne joue pas au foot

Je ne joue pas au foot. Enfant, quand un ballon traversait la cour de récré, moi et ma jupe nous planquions derrière un buisson. Je ne joue pas au foot, mais j’ai pratiqué d’autres sports, et j’aime regarder les performances de leurs stars à la télé. Je ressens leurs sensations à travers l’écran. Je sens le poids de la balle qui s’écrase dans la raquette de Nadal, le bras qui se détend comme un ressort. Je sens le crissement de la neige sous les skis de Vincent Kriechmayr, les genoux qui tressautent sur les aspérités de la neige, la peur et l’ivresse. Je sens les muscles du cheval sous les cuisses de la championne de dressage Isabell Werth, la réactivité de l’animal à chaque micromouvement de fesse ou de cheville de la cavalière qui le fait danser.

En foot, je ne sens rien. Tout comme en basket ou en hockey, sports dont l’engouement me dépasse tout autant. Je ne sens ni l’odeur de la pelouse, ni la sensation de la vareuse sur la peau, ni le contact du ballon sur ma chaussure. La seule chose que je capte, c’est la niaque de gagner. Et vous, que sentez-vous?

Lire également