Dix ans après la crise financière: où en est-on aujourd'hui?

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Malgré dix années de marchés d’actions haussiers, les spécialistes soulignent qu’il n’existe pas vraiment d’alternative à une exposition aux Bourses. Pour 2019, il convient cependant de rester diversifié et attentif aux poussées d’inflation qui pourraient entraîner une hausse plus rapide qu’attendu des taux directeurs, en particulier aux Etats-Unis.

William De Vijlder

Economiste en chef chez BNP Paribas

William De Vijlder ©Thomas De Boever

Qu’est-ce qui a changé depuis 2008?

Le rôle des marchés s’est intensifié. En Europe notamment, où les entreprises font plus que par le passé appel aux marchés des capitaux pour se financer. Le corollaire est une forte croissance des actifs sous gestion dans les fonds de placement. Dans le même temps, la politique monétaire des banques centrales s’est davantage encore appuyée sur les marchés financiers. Enfin, la liquidité s’est réduite. Jusqu’ici, elle n’a pas encore été testée en période de crise, alors que la montée en puissance des ETF a augmenté significativement le volume d’actifs susceptibles de devoir être traités à court terme.

Après 10 ans de marchés d’actions haussiers, quelle stratégie adopter?

Je ne pense pas qu’il faille faire du "market timing". Par ailleurs, il est difficile de trouver une alternative aux marchés boursiers à l’heure actuelle. Tout le monde est conscient aussi que les rendements futurs seront inférieurs à ce qu’ils ont été dans le passé. À court terme, nous pensons que l’économie américaine devrait encore soutenir les marchés, mais les perspectives pour 2019 sont clairement plus difficiles à appréhender, ce qui explique que la volatilité a plutôt eu tendance à augmenter ces derniers mois. Enfin, historiquement, une hausse de la volatilité a souvent été suivie par un ralentissement de l’activité économique.

"La prochaine crise peut provenir d’un événement géopolitique, mais je crains surtout une crise provoquée par une remontée des pressions inflationnistes."
William De Vijlder
Economiste en chef chez BNP Paribas

D’où viendra la prochaine crise?

Elle peut être exogène et provenir d’un événement géopolitique. Mais je crains surtout une crise endogène, provoquée par une remontée des pressions inflationnistes qui pousseraient la Fed à réagir au-delà des attentes du marché. Cela entraînerait une baisse de l’activité économique, ainsi que de la confiance des consommateurs et des chefs d’entreprise. Cette dégradation progressive ne causera pas forcément de choc en tant que tel, mais elle pourrait entraîner en 2019 un recul des perspectives économiques plus rapide que prévu. Fondamentalement, le moment où la Fed mettra fin à son programme de relèvement des taux pourrait influencer davantage les attentes des investisseurs en termes de croissance économique que l’aplatissement de la courbe des taux américaine.

Bruno Colmant

Head of Macro Research chez Degroof Petercam

Bruno Colmant ©Kristof Vadino

Qu’est-ce qui a changé depuis 2008?

Le système financier est aujourd’hui plus sécurisé qu’il ne l’était à l’époque. Mais dans le même temps, nous avons assisté à une amplification du capitalisme effréné, avec l’aide de politiques monétaires qui ont poussé les taux à la baisse, afin de stimuler l’économie. Ceci a créé une vulnérabilité aux taux d’intérêts, avec un endettement qui a atteint des sommets inédits en temps de paix. Cette situation n’est tenable que si les taux sont maintenus bas, avec une sortie qui sera très lente. Les Etats-Unis sont en train de réussir cette transition.

Finance Avenue 2018

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Après 10 ans de marchés d’actions haussiers, quelle stratégie adopter?

Les indices boursiers ont eu du mal à progresser depuis le début 2018, avec une volatilité qui est repartie à la hausse. C’est peut-être le signe que le cycle boursier est en train d’arriver en bout de course. Il est difficile d’encore envisager une forte progression de la valorisation du marché américain à la fin d’un cycle qui a été exceptionnellement long. Et si les marchés américains venaient à corriger, l’Europe suivra. La croissance des économies européennes reste subordonnée à la croissance mondiale, laquelle reste dépendante de la bonne santé de l’économie américaine. Au niveau de la stratégie d’investissement, il faut respecter une bonne diversification dans la situation actuelle et continuer à détenir des actions dans le contexte de taux bas que nous connaissons pour l’instant.

"Il est difficile d’encore envisager une forte progression de la valorisation du marché américain à la fin d’un cycle qui a été exceptionnellement long."
Bruno Colmant
Head of Macro Research chez Degroof Petercam

D’où viendra la prochaine crise?

A l’heure actuelle, je ne vois pas de nouveau krach se produire. Tant que nous n’assistons pas à une hausse rapide des taux d’intérêts, je pense qu’aucune banque centrale ne cherchera à mettre en œuvre une politique qui pourrait mettre à mal des économies qui restent fragiles. D’autres facteurs, comme la guerre commerciale que se livrent les Etats-Unis et la Chine, pourraient toutefois provoquer un ralentissement plus prononcé de l’économie mondiale.

Arnaud Delaunay

Stratégiste chez Leleux Associated Brokers

Arnaud Delaunay ©Aude Vanlathem

Qu’est-ce qui a changé depuis 2008?

Les principales conséquences de la crise financière ont été ressenties en dehors des Etats-Unis et plus particulièrement en Europe, où les cours boursiers restent encore en retrait par rapport à leurs sommets de l’été 2007. La crise a également fait remonter les problèmes structurels de la zone euro, notamment les inconvénients d’avoir une monnaie commune dans une zone économique diversifiée. Dans le même temps, les réglementations ont été fortement renforcées, avec des fonds propres bancaires qui ont été multipliés par deux depuis la crise des "subprimes".

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Après 10 ans de marchés d’actions haussiers, quelle stratégie adopter?

La performance des marchés européens s’est fortement écartée des marchés américains. La valorisation reste pourtant attractive et les sociétés sont globalement en bonne santé. Mais des problèmes ponctuels, comme le Brexit ou le budget italien, continuent de tempérer l’intérêt éventuel des investisseurs internationaux. Dans ce contexte, détenir des actions reste toujours d’actualité au vu des taux bas, notamment sur les marchés développés. Nous continuons d’apprécier les valeurs technologiques, dont la situation financière reste solide, ce qui constitue un élément de soutien pour les cours. La volatilité est en hausse, mais ce n’est pas le signe d’un retournement majeur. Car dans ce cas de figure, les investisseurs se rueraient massivement sur la dette souveraine, ce qui est loin d’être le cas.

"La principale zone d’exagération à l’heure actuelle concerne la dette souveraine, où nous assistons à une distorsion importante entre le prix des actifs et la qualité des fondamentaux."
Arnaud Delaunay
Stratégiste chez Leleux Associated Brokers

D’où viendra la prochaine crise?

Une crise se produit quand le capital devient aveugle et que le marché a tendance à oublier le passé. Et ceux qui oublient le passé sont appelés à le répéter. La principale zone d’exagération à l’heure actuelle concerne la dette souveraine, où nous assistons à une distorsion importante entre le prix des actifs et la qualité des fondamentaux. Les rendements obligataires ne reflètent clairement pas le risque pris par les investisseurs.

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