Pierre Wunsch: "Nous abaissons les taux pour les remonter plus tard"

Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB) ©BELGA

Taux bas, marché immobilier surévalué, secteur bancaire en pleine restructuration... Le contexte économique actuel est particulier en Belgique. Mais le gouverneur de la Banque nationale, Pierre Wunsch, est venu à Finance Avenue pour réaffirmer la solidité de l'économie belge.

La salle de conférence est comble. Pierre Wunsch, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB), est attentivement écouté lors de sa venue à Finance Avenue, tant la situation économique actuelle est particulière. À commencer par la politique monétaire menée par la Banque centrale européenne (BCE), qui a pour conséquence indirecte de baisser les taux d'intérêt sur les carnets d'épargne à leur plus bas niveau légal (+0,11%). "C'est relativement historique ce que nous faisons actuellement", reconnaît le gouverneur belge.

Il souligne cependant que nous vivons dans un monde où il y a un excès d'épargne et peu d'investissements. "Or notre objectif est de faire remonter l'inflation (qui s'est établie à 0,7% en octobre contre 0,8%en septembre, ndlr)". Et de justifier le bazooka monétaire annoncé en septembre par la BCE (baisse du taux de dépôt à -0,5% et lancement d'un nouveau programme d'assouplissement quantitatif) en expliquant que des mesures graduelles auraient augmenté le risque de voir les taux rester bas plus longtemps que prévu. "Il fallait donc prendre des mesures ambitieuses. Mais nous abaissons les taux aujourd'hui pour pouvoir les remonter plus tard."

Au risque de stimuler la prise de risque? "C'est le but poursuivi", déclare Pierre Wunsch, tout en assurant la volonté de la BCE (et de la BNB) d'éviter tout investissement spéculatif.

La conférence de Pierre Wunsch résumée en trois questions

Le marché immobilier est surévalué en Belgique, vraiment?

Vient alors la question de l'évolution du marché immobilier en Belgique. Selon le modèle actuel de la Banque national, le prix des maisons est actuellement surévalué de 5,9%. "Mais notre modèle ne tient pas en compte la raréfaction des terrains. Or la hausse des prix des maisons est due à 70%, voire 80% en Flandre, à la hausse des prix des terrains", estime le gouverneur de la BNB. Il se pourrait donc que le marché immobilier belge ne soit peut-être pas réellement surévalué.

+5,9%
Le marché immobilier surévalué en Belgique?
Selon la BNB, le prix des maisons en Belgique est surévalué de 5,9%. Mais ce serait sans tenir compte de l'impact de la hausse des prix des terrains.

Il explique par ailleurs que les différentes mesures macroprudentielles décidées ces derniers mois ont surtout un but préventif, pour ne pas que se forme une bulle spéculative. "Pour l'instant, on a pu l'éviter".

Un secteur bancaire sous pression

Pierre Wunsch a également fait le point sur les banques belges, alors que le secteur est en pleine restructuration. "Il est vrai que le taux d'intérêt à 0,11% sur les carnets d'épargne pèse sur la rentabilité des banques puisqu'elles doivent payer une pénalité de 0,5% si elles déposent leurs excédents à la BCE. Mais ce n'est pas le facteur principal", affirme-t-il, en pointant notamment la digitalisation du secteur. 

"Pas un seul banquier m'a dit qu'il voulait abaisser le taux d'intérêt du petit épargnant à -0,5%"
Pierre Wunsch
gouverneur de la BNB

Et si les banques décidaient de répercuter le taux négatif de la BCE, comme certaines le font actuellement pour leurs gros clients, sur les comptes d'épargne réglementés? "Pas un seul banquier m'a dit qu'il voulait abaisser le taux d'intérêt du petit épargnant à -0,5%", réagit tout de go le gouverneur de la BNB. Et d'expliquer que ce serait contre-productif. "Supposons que les banques réduisent le taux d'intérêt sur les comptes d'épargne à -0,5%. Un problème de financement peut alors se poser car les clients réduiraient leurs dépôts."

Quant à la question de savoir si le taux d'intérêt légal pourrait tout de même tomber à zéro, il botte en touche. "C'est une affaire politique". Avant d'assurer que la rentabilité des banques belges, évaluée entre 8% et 9% actuellement, reste "adéquate".

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