analyse

Les leçons de la pandémie pour les marchés financiers (vidéo)

Le Nasdaq Composite affiche un bond de plus de 30% depuis le début de l’année et de plus de 70% par rapport à son creux de mars. Mais n’allez pas croire que seuls les FAANG comptent. En Europe, de petites sociétés actives dans l’e-commerce et les nouvelles technologies ont clairement tiré leur épingle du jeu. ©AFP

La pandémie du nouveau coronavirus a profondément marqué l’économie mondiale et les marchés financiers cette année. Quelles conclusions les investisseurs peuvent-ils en retirer? Où faut-il placer ses billes à court et moyen terme?

Le Covid-19. Voilà presque un an qu’on en parle dans les salles de marché. À l’époque, les investisseurs s’inquiètent de ce nouveau coronavirus venu de Chine et sur lequel on dispose d’informations très limitées. On évoque alors un "potentiel cygne noir". Certains se remémorent la pandémie de 2003 qui avait coûté la vie à 800 personnes à travers le monde et touché de nombreuses entreprises. Son impact économique est évalué à environ 40 milliards de dollars.

L'impact économique du nouveau coronarivus? "Un choc inédit et d’une violence inouïe, comparable à ce qu’une économie peut subir en temps de guerre."
Bernard Keppenne
chief economist chez CBC Banque

Aujourd’hui, alors que de nombreux pays se confinent pour la seconde fois, les pertes humaines et les dégâts économiques sont incomparables. Plus d’un million de personnes sont décédées. L’économie mondiale – complètement à l’arrêt pendant plusieurs semaines – a connu l’un des pires trimestres de son histoire. Entre avril et juin, le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro s’est par exemple contracté de 14,7% par rapport au deuxième trimestre 2019. Du jamais vu.

"Un choc inédit et d’une violence inouïe, comparable à ce qu’une économie peut subir en temps de guerre", résume Bernard Keppenne, chief economist chez CBC Banque. "Mais contrairement à la crise de 2008-2009, les mesures de soutien prises rapidement et de façon concomitante par les banques centrales et les gouvernements ont amorti le choc. Ce qui devrait permettre une reprise économique plus rapide. On devrait retrouver le niveau d’avant-crise d’ici fin 2022."

Quelles thématiques d’investissement choisir en pleine pandémie?

La Chine, grande "gagnante" de la crise?

L’économiste reconnaît cependant qu’il doit revoir ses prévisions pour 2020 et 2021 en raison de la seconde vague. "La grande ironie de l’histoire, c’est que l’on va probablement terminer l’année avec un seul pays dont la croissance du PIB sera positive: la Chine." Selon lui, cela s’explique par deux facteurs. Premièrement, grâce à son système politique, la Chine a pu prendre des mesures radicales pour endiguer la pandémie. Par ailleurs, le commerce international continue de fonctionner. "Or l’économie chinoise, quoi qu’on en dise, est encore fortement dépendante de ses exportations."

+20%
Surperformance des actions chinoises en 2020
L'indice CSI 300 gagne environ 20% depuis le début de l'année. Contre +10% pour le S&P 500 et -10% pour le Stoxx Europe 600.

Cette surperformance de l’économie chinoise se reflète naturellement en bourse. L’indice CSI 300 – qui regroupe les 300 plus importantes valeurs cotées à Shanghai et Shenzhen – affiche un bond d’environ 20% depuis le début de l’année et d’environ 40% par rapport à son creux de mars. À titre de comparaison, le S&P 500 gagne près de 10% depuis janvier tandis que le Stoxx Europe 600 accuse une chute d’un peu plus de 10%.

Pas étonnant donc que la bonne tenue du marché chinois attire les regards. "Pour nous, la Chine est un pôle d’investissement très important", indique Olivier Pauwels, director wealth client portfolio solutions chez BlackRock Belux. "Il y a quelques années, quand Wall Street grimpait, tous les autres marchés actions suivaient. Aujourd’hui, on voit que c’est de moins en moins le cas. Le monde devient bipolaire. Il y a d’un côté la Chine et, de l’autre, les États-Unis. Dans ce monde bipolaire, nous considérons que, pour l’investisseur, il est devenu très important d’être exposé à l’Europe et aux États-Unis, mais également à la Chine."

Investissements durables et technologie

Le stratégiste tire deux grands enseignements de l’évolution des marchés financiers face à la pandémie. D’abord, la recherche de résilience dans les portefeuilles d’investissement qui est devenue, d’après lui, très importante. Pour l’augmenter, les investisseurs doivent désormais se tourner vers la diversification géographique, les investissements moins liquides (comme l’immobilier) ou plus durables.

"Selon nous, ces tendances que l'on a vues s'accélérer pendant la crise vont perdurer pendant les mois et les années à venir. C'est pourquoi nous sommes toujours positifs sur le secteur de la technologie."
Olivier Pauwels
director wealth client portfolio solutions chez BlackRock Belux

C’est d’ailleurs le second enseignement: l’intérêt croissant pour les solutions ESG. "C’est une tendance qui existait déjà avant la crise, mais qui s’est fortement amplifiée avec des flux record vers des produits ESG. Cela devrait d’ailleurs continuer à moyen terme. Et si les investisseurs se concentraient uniquement sur l’environnemental (E) par le passé, la question de la gouvernance (G) est devenue, aujourd’hui, tout aussi importante."

Il n’empêche: le secteur des énergies renouvelables est très prisé par les investisseurs ces derniers mois, mais la palme revient sans conteste à celui de la technologie. Le Nasdaq Composite affiche un bond de plus de 30% depuis le début de l’année et de plus de 70% par rapport à son creux de mars. Mais n’allez pas croire que seuls les FAANG comptent. En Europe, de petites sociétés actives dans l’e-commerce et les nouvelles technologies ont clairement tiré leur épingle du jeu. Pointons les actions allemandes Westwing Group et Home24, ainsi que les titres suédois Lyko Group et Boozt, qui ont tous les quatre vu leur capitalisation boursière doubler, tripler, voire quadrupler de valeur en quelques mois.

Quant à savoir si cette surperformance va se poursuivre à court terme, Olivier Pauwels est catégorique: "Certes, on a vu une sorte de rotation lundi des actions "stay at home" vers les entreprises "get out of your house". Mais nous restons positifs sur le secteur de la technologie, car l'engouement pour ce segment date d'avant la crise et restera un thème clé durant les mois et les années à venir."

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