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L'investissement durable à la croisée des chemins

L'investissement durable représente aujourd'hui quelque 35.000 milliards de dollars à l'échelle mondiale. ©REUTERS

Le succès de l'investissement durable est aujourd'hui entaché par des accusations de "greenwashing" qui se multiplient. Une réglementation européenne se met en place.

La priorité de plus en plus grande accordée à la lutte contre le réchauffement climatique n'a pas échappé au secteur financier ces dernières années. En témoigne l'essor impressionnant de l'investissement durable qui représente aujourd'hui quelque 35.000 milliards de dollars à l'échelle mondiale, soit dix fois plus qu'il y a cinq ans. En Belgique, les fonds reposant sur les critères dits ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) se sont multipliés, surtout depuis le début de la pandémie.

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Fonds Durables
Selon une étude de Financité, trois fonds durables sur quatre commercialisés dans notre pays investissent toujours dans des entreprises actives notamment dans les énergies fossiles.

"On a atteint maintenant un chiffre de 1.072 produits financiers qui s'autoproclament verts ou socialement responsables sur le marché belge, ce qui représente plus de 100 milliards d'euros investis dans ces produits à la fin 2020", explique Charlaine Provost, spécialiste de cette thématique au sein du réseau Financité. "On est face à un marché qui a en fait doublé en termes d'encours sous gestion entre 2019 et 2020. Donc, c'est clair qu'il y a vraiment une explosion de ce marché."

Débat Finance Avenue - Investir durable en évitant le piège du greenwashing

"Greenwashing"

Un engouement qui a toutefois rapidement été suivi de critiques. Accusés de pratiquer ce qu'on appelle du "greenwashing", nombre de ces fonds ne seraient pas aussi verts qu'ils le prétendent, y compris en Belgique. Selon une étude de Financité, trois fonds durables sur quatre commercialisés dans notre pays investissent toujours dans des entreprises actives notamment dans les énergies fossiles. "En termes de valeur, on a évalué que ça représentait 1,4 milliard d'euros qui a été investi spécifiquement dans ces entreprises qui sont sur notre liste 'climaticide'", indique Charlaine Provost.

Le problème a encore été mis en évidence l'été dernier avec le scandale autour du gestionnaire d'actifs allemand DWS. Cette filiale de la Deutsche Bank a été épinglée par plusieurs régulateurs du marché pour avoir prétendument menti sur l'ampleur de ses investissements durables. Il faut dire que la réglementation contraint désormais le secteur à un minimum de transparence en la matière, à l'image de la récente directive européenne dite SFDR ("Sustainable Finance Disclosure Regulation", NDLR). Pour autant, il n'existe toujours pas de véritable standard chiffré, ce qui laisse une importante marge de manœuvre.

Limites de l'exclusion

"Il y a principalement la question des critères, qui peuvent être différents d'un gestionnaire à un autre parce que certains vont dire qu'il ne financent plus les énergies fossiles mais le font encore si l'entreprise a des revenus qui sont inférieurs à 20%, 15% ou 5% en la matière", fait ainsi remarquer Charlaine Provost de Financité.

"Il y a une limite quand vous faites de l'exclusion, c'est que vous n'êtes pas actionnaire, donc vous ne votez pas aux assemblées générales. Et cela rend également l'accès à ce qu'on appelle l'engagement beaucoup plus complexe."
Ophélie Mortier
Sustainable investment strategist, Degroof Petercam

Un constat qu'entend toutefois relativiser Ophélie Mortier, qui gère la composition des fonds durables de la banque Degroof Petercam. "On ne veut pas tomber dans le travers qui est de dire on va exclure tout le secteur de l'énergie parce que c'est l'énergie fossile", estime-t-elle. "En tant qu'intermédiaire financier, nous avons également un rôle d'accompagner la transition énergétique. Et quand on voit les transformations qui s'opèrent au niveau de TotalEnergies ou au niveau de Shell, ce sont des acteurs qui sont en train de complètement changer leurs business."

Des acteurs dont le poids n'est pas à négliger en termes d'impact sur l'économie et la lutte contre le réchauffement climatique. D'où l'importance, selon Ophélie Mortier, de ne pas exclure systématiquement ces acteurs mais plutôt de tenter de faire bouger les choses de l'intérieur. "Il y a une limite quand vous faites de l'exclusion, c'est que vous n'êtes pas actionnaire, donc vous ne votez pas aux assemblées générales. Et cela rend également l'accès à ce qu'on appelle l'engagement beaucoup plus complexe."

Toujours en cours de finalisation, la fameuse taxonomie européenne doit à cet égard spécifier clairement les activités éligibles en tant qu'investissement à objectif environnemental. Les discussions actuelles butent notamment sur la place à réserver aux énergies de transition, comme le nucléaire ou même le gaz. Un écolabel définissant les seuils requis en fonction de leur réel impact sur le climat doit également venir compléter cet arsenal.

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