Sébastien Ledure: "La fonction d'agent a été massivement dérégulée"

©Cresta

La Fifa d'abord, la directive Bolkestein ensuite ont dérégulé au maximum l'activité d'agents de joueurs. La Belgique du football n'a rien fait pour pallier à cette situation...

Les importantes commissions sur les transferts des agents de joueurs, ou intermédiaires comme il faut désormais les appeler, ne sont pas illégales en soi.

Depuis l’arrêt Bossman, qui permet en Europe aux joueurs en fin de contrat de quitter leur club gratuitement, "on a vu une envolée des prix de transferts et le poids des agents a augmenté avec", spécifie l’avocat spécialisé dans l’économie du sport Sébastien Ledure, du cabinet Cresta.

Dans le même temps, "on a massivement dérégulé l’activité d’agent de joueurs", dit-il.

"On a créé une situation dans laquelle les clubs
sont devenus tributaires des agents."

En 1996, la Fifa avait pourtant mis sur pied un système de licences d’agents avec un dépôt bancaire de 125.000 euros et un examen d’accès à la profession. Le dépôt a rapidement été remplacé par une obligation d’assurance de responsabilité professionnelle. Au passage, les commissions ne pouvaient dépasser les 3% des montants de transferts.

"En 2011, la Fifa est arrivé à la conclusion que, dans les transferts internationaux, à peine 30% des transactions se faisaient avec des agents agréés et que des agents agrées étaient souvent utilisés comme hommes de paille", détaille l’avocat.La Fifa a donc fait machine arrière et mis la responsabilité de la régulation de la profession dans les mains des fédérations nationales.

Depuis avril 2015, il n’y a plus aucune obligation de qualification professionnelle des agents au niveau des organes sportifs. En Belgique, n’importe qui peut s’improviser agent de joueurs.

L'arbitre Bart Vertenten et l'entraîneur du FC Bruges Ivan Leko, tous deux inquiétés dans l'affaire qui secoue le football belge. ©Photo News

En Belgique, on avait bien la loi sur la médiation du travail, valable pour les agences de placements d’artistes et sportifs rémunérés. "Cette législation régionalisée imposait un agrément donné par le ministère de l’emploi. Il fallait l’obtenir avec des conditions très strictes et la commission était de 7% au maximum. On ne pouvait pas demander de l’argent en direct à un joueur et un intermédiaire ne pouvait pas négocier d’exclusivité", détaille Ledure.

Sauf que, sous l’impulsion de la directive Bolkestein de libéralisation de services, cette législation sur les agences de placements a été jugée comme un frein à la concurrence. Exit donc les limites imposées par le législateur belge et les 7% maximum aussi.

C’est donc une période bénie pour les agents. Pas d’accès à la profession, une dérégulation totale et des montants de transferts et de commissions qui s’envolent. "Les clubs qui pestent sur les agents en ont besoin car ils génèrent de l’argent. En charges opérationnelles, les clubs ne sont pas rentables année après année. Les transferts sont devenus, avec les droits TV, leurs deux principales sources de revenus. On a créé une situation dans laquelle les clubs sont devenus tributaires des agents de football", dit l'avocat.

Loi non utilisée

Les clubs belges qui pourraient d’ailleurs un peu balayer devant leur porte. La loi du 24 février 1978 sur les sportifs rémunérés prévoit en effet des barèmes d’indemnités pour rupture des contrats de joueurs qui peuvent aller jusqu’à 36 mois de salaire.

Une loi que personne n’utilise jamais dans le football belge dans lequel il règne une sorte de gentleman agreement, si on veut être gentil, ou de cartel, si on veut être méchant.

La famille du foot serre les rangs, car ces transferts sont vitaux pour son économie. Tout le monde dans le milieu se garde bien de remettre cela en question pour les gains des agents et surtout des clubs.

Certains ne gagneraient tout bonnement pas d’argent sans les transferts, quoi qu’ils en disent. Surtout que, dans de nombreux cas, les indemnités légales seraient inférieures aux indemnités de transferts. Aucune qualification n’est non plus obligatoire pour diriger un club, alors que l’activité de football, elle, se professionnalise.

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