interview

"Nous ne nous laissons pas influencer par la rumeur du jour"

©Debby Termonia

Degroof Petercam Asset Management (DPAM) vient de remporter le Super Award pour la deuxième année consécutive. Le gestionnaire de patrimoine belge ne jure que par la gestion active, la recherche et les investissements durables.

Le Super Award récompense la société de gestion de fonds qui obtient la moyenne la plus élevée pour l’ensemble de ses fonds sur la base de la méthodologie des Couronnes de L’Echo/De Tijd. Cette méthodologie évalue les fonds – fonds d’actions, obligataires et mixtes – en fonction de la régularité de leurs performances au cours des cinq dernières années. DPAM a remporté ce prix très convoité. Pour tenter de percer le secret de leur réussite, nous avons rencontré Peter De Coensel, responsable des investissements à rendement fixe, Guy Lerminiaux, Chief Investment Officer de la gestion fondamentale des actions, et Alexander Roose, responsable des actions internationales.

"Nos décisions d’investissement sont basées sur nos convictions, pas sur le con sensus."
Guy Lerminiaux, responsable de la gestion fondamentale des actions

Comment expliquez-vous le succès de Degroof Petercam?
Guy Lerminiaux: Nos gestionnaires et analystes travaillent sur la base de leurs propres opinions. Nous ne nous laissons pas influencer par la rumeur du jour. Nous avons souvent constaté que les banques d’investissement internationales renforçaient les hypothèses "généralement acceptées". En conséquence, de nombreux gestionnaires tiennent compte du consensus et l’intègrent dans leur gestion. Nous ne travaillons pas non plus avec des comités d’investissement, qui aboutissent trop souvent à des décisions consensuelles et à des résultats loin d’être optimaux. Nos décisions d’investissement sont basées sur nos convictions.
Peter De Coensel: C’est pareil pour la rémunération de nos collaborateurs, analystes et gestionnaires. Nous travaillons avec nos propres analystes, tant en matière d’actions que d’obligations. Nos gestionnaires sont indépendants et ont des convictions à court, moyen et long terme. Un autre facteur de réussite est lié à notre focus sur la durabilité. Nous tenons compte de la durabilité de la gestion des entreprises dans notre sélection d’actions et d’obligations.

Travaillez-vous "top-down", en partant d’une pondération régionale ou sectorielle, ou plutôt "bottom-up", en sélectionnant des actions individuelles?
Alexander Roose: Je pense que notre principal atout est notre flexibilité. Nous sommes convaincus qu’il existe des moments où les données macro-économiques peuvent avoir un impact plus important que les convictions à propos des entreprises individuelles. Mais globalement, notre processus de sélection privilégie clairement les analyses "bottom-up."

Estimez-vous que les valorisations actuelles des marchés d’actions européens sont acceptables?
Guy Lerminiaux: Après le recul de l’an dernier, les actions européennes sont aujourd’hui moins chères que les valorisations moyennes à long terme, ce qui signifie que les Bourses s’attendent à une baisse du bénéfice par action en 2019. Seul un Brexit "dur" ou une véritable récession en Europe – que nous ne prévoyons pas – pourrait provoquer une telle baisse. Mais si l’on a affaire à un simple ralentissement de la croissance ou si le Brexit se fait de manière ordonnée, nous ne nous attendons à aucune baisse de rentabilité des sociétés cotées.

"Nous investissons dans les marchés émergents de manière indirecte, via des entreprises occidenta les qui y sont très présen tes."
Alexander Roose, responsable actions inter nationales

Quelle est votre stratégie d’investissement pour les actions des marchés émergents?
Alexander Roose: Nous investissons de manière indirecte, c’est-à-dire via les entreprises occidentales qui ont renforcé leur présence et/ou augmenté leurs exportations dans ces pays. Nous nous sentons plus à l’aise avec ces entreprises en raison de leur proximité et de leur meilleure gouvernance.

Certains marchés d’actions matures, comme le marché américain, sont difficiles à battre en gestion active. Comment les abordez-vous?
Alexander Roose: C’est vrai qu’ils sont difficiles à battre. C’est pourquoi nous préférons aborder le marché d’actions américaines avec des midcaps et des stratégies thématiques.

Certains prédisent depuis longtemps un krach obligataire. À combien estimez-vous les risques actuels sur les marchés obligataires?
Peter De Coensel: Il y a toujours eu des prophètes de malheur. Aujourd’hui, les marchés financiers ont du mal à interpréter le populisme politique. La règle d’or doit donc plus que jamais être "focus et transparence". Nous nous attendons à ce que la banque centrale américaine se montre patiente. La courbe des taux américaine profitera de cette stabilité. La faible volatilité devrait soutenir les obligations d’entreprises.

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À cause du discours totalement déplacé des dernières années, fondé sur la crainte d’une prochaine hausse des taux, de nombreux investisseurs se sont vu imposer des résultats en dessous de la norme et des portefeuilles déséquilibrés. Le mythe du danger que représentaient les obligations a poussé les investisseurs à les sous-pondérer dans leurs portefeuilles. Et cette croyance est encore défendue par les médias financiers.

Les rendements obligataires attendus se situent aujourd’hui à des niveaux intéressants. En tenant compte du vieillissement mondial de la population, d’une faible hausse de la productivité, des surplus d’épargne, du manque d’investissement et de l’intervention permanente des banques centrales sur les marchés financiers, plusieurs secteurs obligataires offrent des rendements corrects en fonction des échéances.

Comment essayez-vous d’obtenir du rendement avec vos fonds obligataires?
Peter De Coensel: Tout d’abord, en investissant la totalité des capitaux. Nous ne nous concentrons pas uniquement sur des taux d’intérêt absolus et des primes de risque de crédit ("credit spreads"), mais nous tenons également compte dans nos stratégies de la forme des courbes des taux et des courbes des obligations d’entreprises. Nous essayons de tirer le maximum de nos scénarios de base. Pour les scénarios de risque, nous intégrons des stratégies de protection dans la structure de nos portefeuilles. Il n’y a rien de pire que d’aborder un marché sans être préparé.

Dans quelle mesure vos fonds sont-ils durables et pensez-vous que la durabilité d’un fonds puisse être mesurée de manière objective?
Alexander Roose: Tout d’abord, investir durablement et de manière responsable équivaut à bien gérer les risques sur les plans environnemental, sociétal et de gouvernance (ESG), qui sont propres à chaque entreprise et à chaque secteur. Les risques propres à l’environnement et la société sont d’ailleurs de plus en plus pris en compte dans la gestion des fonds traditionnels non durables.

Ensuite, les investissements durables et responsables comprennent également les entreprises ayant un impact positif sur l’environnement, la société ou la gouvernance, par exemple celles qui fournissent des produits ou services plus écologiques ou qui encouragent l’inclusion financière sur les marchés émergents.

Pour chacun de nos fonds d’actions durables, nous établissons trimestriellement un "impact report", qui reprend les émissions totales de CO2, l’exposition aux risques ESG (Environmental, Social & Governance, NDLR) et l’impact positif de chacune des positions sur la réalisation des objectifs de développement durable des Nations Unies.

Les structures de rémunération actuelles des fonds dépendent encore essentiellement des actifs et moins des performances. Que pensez-vous des rémunérations davantage basées sur les résultats?
Guy Lerminiaux:
Aujourd’hui, nous n’appliquons généralement pas ces formules de pricing. Nous n’y sommes certainement pas opposés, vu notre philosophie d’investissement, mais nous remarquons peu d’intérêt réel de la part de nos clients. C’est joli sur papier, mais difficile à concrétiser parce que les choses sont de plus en plus complexes et de moins en moins prévisibles.

Vos gestionnaires de fonds sont-ils évalués sur la base de leurs résultats par rapport à leur indice de référence?
Guy Lerminiaux: Oui, nous analysons régulièrement leurs résultats à un, trois et cinq ans, les plus longues périodes ayant un poids plus important dans l’évaluation.

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