Mobilité | Fluidifier le trafic par la voie du parking

©Document BePark

La start-up BePark optimise la réservation des places de parking en ville. Novice à sa création, elle fait quasi faillite avant de renaître en 2014. Elle devrait s’envoler lors de la prochaine décennie.

Le phénomène est connu: l’utilisateur qui tourne en rond pour trouver une place de parking constitue un problème majeur car il vient inutilement gonfler un trafic routier déjà dense en centre-ville. C’est là qu’intervient BePark.

Fondée en 2011 par Julien Vandeleene, la start-up est née d’un constat: sociétés de bureaux et supermarchés disposent de places en nombre qui restent vides par moments (notamment la nuit), et ce, alors même que certains cherchent par ailleurs désespérément un endroit où se garer. Réaction: pourquoi ne pas mettre en relation les deux parties, à l’aide d’une application mobile et d’un appareil permettant de connecter les barrières en vue de les contrôler automatiquement et à distance? Sur le modèle d’un eBay ou d’un Airbnb. Le concept de BePark était né.

"On est arrivé trop tôt sur le marché, ce qui nous a amenés au bord de la faillite. On a dû repenser la solution."

Un bon créneau, mais dans lequel la boîte s’est lancée trop tôt. Malheureusement. Amenant au bord de la faillite. "Car à l’époque, le taux de pénétration des smartphones n’était que de plus ou moins 10%, et ce, dans une tranche d’âge qui n’avait pas encore toujours une voiture", raconte Dorian de Broqueville, COO. De plus, faute d’effet de réseau, l’application d’alors ne proposait que trop peu de parkings qui, au vu de la différence de prix somme toute légère, ne justifiait pas forcément qu’ils soient préférés à l’offre d’un Interparking par exemple. Bref, "le business model n’était pas mûr".

Dorian de Broqueville ©doc

Retour au brainstorming: qui a intérêt à utiliser une solution comme celle imaginée par BePark?, réfléchit l’équipe, sur la base des données qu’elle avait tout de même pu collecter. En ressort une tendance: les utilisateurs utilisent généralement un parking et toujours le même. Et ce, parce qu’il est situé à proximité de chez eux, de leur bureau ou d’une gare. "On a décidé à ce moment-là de se repositionner comme solution sur le trajet domicile-travail", explique Dorian de Broqueville. On est fin 2014. Le concept commence alors à prendre. La start-up décide de passer à un modèle d’abonnement mensuel, et non plus de paiement individuel lors de chaque réservation de place. Le succès suit. "On a alors commencé à tirer notre épingle du jeu."

Aussi pour les entreprises

Ils ont aussi pu imaginer une diversification. Car de plus en plus, la jeune pousse développe sa connaissance de la mobilité des employés. Jusqu’à en arriver à être capable de fournir de la consultance, sur la base d’une solution logicielle, aux sociétés qui le souhaitent. Un créneau nouveau de "smart data", pour lequel BePark permet de résoudre le problème de la "black box" que la mobilité peut représenter dans certaines firmes. Et ce, jusqu’en Écosse ou en Italie, où des demandes ont été faites aux petits Belges.

Ces derniers viennent d’ailleurs de lever 3 millions d’euros pour en assurer la croissance. En effet, développer ce type de produit coûte cher, et des commerciaux sont nécessaires pour le vendre. Employant 30 personnes aujourd’hui, l’entreprise pourrait compter entre 50 et 60 salariés d’ici fin 2020, au sein de ses trois bureaux (Bruxelles, Paris et Sofia). De quoi rendre un business encore marginal bien plus important demain.

Car aujourd’hui, le nerf de la guerre est à trouver du côté des abonnements, qui ont généré 6 millions d’euros de revenus, contre 4 l’année d’avant. Même si, "demain, la location de places à l’heure pourrait faire son retour", confie Dorian de Broqueville.

BePark propose sa solution surtout en Belgique, mais aussi en France et, depuis peu, au Luxembourg. Elle devra désormais s’atteler à se renforcer sur ces deux derniers marchés.

"Pensons écosystème"

À côté de ses développements premiers, BePark étudie actuellement une autre piste plus radicale: disparaître. Non pas en tant qu’entreprise, mais bien des écrans des utilisateurs, pour ne plus être qu’une interface, un intermédiaire entre un acteur de la mobilité et un citoyen cherchant à se déplacer.

Un exemple? Vous êtes Drivy, qui propose des voitures en libre-service. Il se peut qu’aucune place ne soit disponible dans tel ou tel coin de Bruxelles. Pourtant, l’utilisateur, lui, aimerait bien se garer, à un moment donné et, si possible, pas trop loin d’où il souhaite se rendre. Grâce à un partenariat avec BePark, ce dernier pourrait se voir proposer une alternative dans un parking privé et sécurisé, et ce, sans jamais voir apparaître le nom de la boîte belge. C’est bon pour lui, mais aussi pour l’entreprise qui lui fournit son service.

Nombreuses applications

Les possibilités sont légion. Elles peuvent concerner aussi bien un vélo qui ne trouve pas de place dans un espace urbain, que des vélos-cargos, difficiles à parquer dans un appartement, ou encore une voiture électrique qui souhaiterait trouver un autre point de recharge. Et demain, BePark pourrait peut-être même aiguiller les voitures autonomes, en étant directement en lien avec leur système GPS embarqué.

"En fait, cela rejoint notre vision de la mobilité comme écosystème, mais aussi notre mission, évoque Dorian de Broqueville, qui est de vouloir créer la meilleure expérience de mobilité pour cette génération et la suivante."

Et aujourd’hui, "force est de constater qu’on est assis sur un siège intéressant", conclut le COO.

 

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Climat, mobilité, emploi, santé, représentation citoyenne. Face à chaque enjeu que nos jeunes définissent au quotidien, ils avancent les solutions. En estimant que la technologie aidera à repousser tous les possibles. Cela, ils en sont convaincus; ils y croient dur comme fer. Ils surlignent surtout le réel enjeu: le retour au "sens", plutôt que la quête du profit. Génération impact, vous avez dit?

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