Climat | "Les extrêmes permettent d'innover"

©Dieter Telemans

À 29 ans, Catherine de Viron a choisi le chemin de l’entrepreneuriat. Par conviction. Elle œuvre désormais à améliorer la consommation énergétique de tout un chacun avec sa solution de cuves à mazout connectées.

Diplômée de la Louvain School of Management et de la Vlerick Business School, Catherine de Viron est loin du cliché de la startuppeuse ayant quitté les bancs de l’université trop tôt pour poursuivre ses velléités entrepreneuriales. Pourtant, la jeune femme de 29 ans est bien une entrepreneuse. Ce qui tient peut-être au fait qu’elle est plus engagée que carriériste. "L’énergie et tout ce qui touche à l’écologie me passionnent. Je fais très attention à mon impact énergétique dans ma façon de vivre."

Couplées à une certaine inclination pour l’entrepreneuriat, ces convictions l’ont poussée à fonder, en partenariat avec le studio Make It, FullUp, une start-up qui place des jauges connectées sur les citernes à mazout afin d’en contrôler la consommation. "L’idée était de créer un objet connecté pour pouvoir permettre aux personnes qui se chauffent au mazout de mieux contrôler leur consommation et leurs dépenses. Nous travaillons aussi avec certains fournisseurs pour optimiser leur organisation logistique. Le but est de combler le vide d’information qui existe entre l’utilisateur et le livreur, pour permettre aux fournisseurs de connaître exactement ce qu’il reste dans la cuve et, ainsi, de pouvoir livrer au moment opportun", explique-t-elle.

Goutte d’eau dans l’océan que représente la transition énergétique, l’initiative portée par Catherine de Viron s’inscrit dans une vague d’innovations nécessaires à la transformation du secteur de l’énergie. "De manière générale, les start-ups sont souvent un point de départ de l’innovation. Une start-up a la capacité d’innover très rapidement sur un secteur donné tandis que les multinationales fonctionnent sur des périodes d’innovation beaucoup plus longues. C’est plus difficile de faire bouger ces gros bateaux. Les start-ups mettent souvent la première pierre à l’édifice et peuvent après être propulsées par des multinationales. Ce qui est nécessaire dans un deuxième temps pour rendre l’innovation accessible à la majorité du public".

Les extrêmes permettent d’innover.

Pour la décennie qui vient, Catherine de Viron se veut enthousiaste. "Les choses bougent aujourd’hui et beaucoup de start-ups s’inscrivent dans cette démarche de gestion énergétique. Beaucoup de choses bougent aussi dans notre secteur. On parle de l’interdiction du mazout, ce qui est un extrême qui va pousser à l’émergence d’innovation dans le secteur. Je pense par exemple aux biocarburants et à d’autres solutions. Les extrêmes permettent d’innover", déclare-t-elle.

La jeune CEO craint que l’engagement pour la transition énergétique ne soit pas suffisamment ancré à l’agenda des plus gros. Le politique est, ici, particulièrement ciblé. "La population doit encore pousser plus, exiger plus pour que le politique entende les revendications au niveau climatique. La population ne se rend pas encore assez compte du pouvoir qu’elle a face au politique et aux entreprises".

Plus loin encore, Catherine de Viron imagine un changement de modèle économique, porté par les jeunes générations aux aspirations différentes de celles de leurs aînés. "Je pense que le capitalisme touche à sa fin", annonce-t-elle sans détour. "Les jeunes générations ont un rapport différent à la consommation, à la façon de se nourrir, à la mobilité. Cette génération ne veut pas non plus effectuer une carrière de 40 ans dans la même entreprise. Il y a une plus grande recherche de sens dans le métier. Tous ces facteurs permettront l’émergence d’un nouveau modèle économique. Les échanges entre les individus ne sont plus calculés de la même manière. La création de valeur n’est plus seulement monétaire ou pécuniaire. Elle prend en compte d’autres paramètres, comme le bien-être ou la quête de sens."

Génération 2020
Cinq rencontres

Celles de Simon, Louise, Rosalie, Félicien et Marie. Des profils clés, au cœur de notre société. Des parcours différents. Mais cinq témoignages qui se rejoignent sur un constat. Le monde ne tourne pas (plus?) rond. L’optimisme est déjà un combat.

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  2. Félicien Bogaerts: "C'est difficile d'être optimiste vu la situation"
  3. Louise Hannecart: "Il n'y a pas que la croissance éternelle"
  4. Rosalie Compère: "Ma peur? Qu'on oublie le passé"
  5. Marie Lecocq: "J'ai l'impression qu'on est assis sur une cocotte-minute"
Cinq projets

Climat, mobilité, emploi, santé, représentation citoyenne. Face à chaque enjeu que nos jeunes définissent au quotidien, ils avancent les solutions. En estimant que la technologie aidera à repousser tous les possibles. Cela, ils en sont convaincus; ils y croient dur comme fer. Ils surlignent surtout le réel enjeu: le retour au "sens", plutôt que la quête du profit. Génération impact, vous avez dit?

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