Santé | "Injectez votre argent qui dort dans l'économie réelle"

"Nous avons déjà soigné plus de 1.200 patients", précise Louis-Philippe Broze, l’un des deux cofondateurs de Spentys. ©rv

En 2020, la start-up Spentys veut révolutionner le plâtre traditionnel grâce à une technique 3D quasi unique au monde.De quoi attirer de nouveaux investisseurs.

Si vous avez eu la malchance de vous casser un bras ou de vous tordre un pied, vous serez d’accord pour dire que porter un plâtre pendant six semaines n’est vraiment pas une partie de plaisir. C’est souvent inconfortable. Ça ne sent pas la rose. Ça nous indispose. Et surtout, ça gratte. Et si on vous disait que tout cela est peut-être fini?

Un duo de jeunes entrepreneurs belges a eu l’idée de réinventer l’attelle et le plâtre chirurgical. Leur start-up, Spentys, très prometteuse pour la prochaine décennie, propose orthèses et plâtres d’un nouveau genre. Conçus en résine et alvéolés par leur forme, ceux-ci deviennent (enfin) confortables. Ils sont surtout légers et étanches. Assez pour faire une percée notable dans le milieu médical. Leur défaut? Ne pas être encore assez connus pour se faire une place dans les salles de plâtres des hôpitaux. Ce qui ne devrait plus durer. "Nous avons déjà soigné plus de 1.200 patients", précise Louis-Philippe Broze, l’un des deux cofondateurs.

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Allô docteur, comment ça fonctionne?

Pour réussir cette percée dans le domaine médical, la start-up bruxelloise produit des attelles sur-mesure grâce à des algorithmes faits maison et des imprimantes 3D.

Exemple? "On peut imaginer un patient qui souffre d’arthrose, explique Florian De Boeck, cofondateur. Il va alors consulter un chirurgien orthopédiste qui lui prescrit une attelle sur-mesure. Grâce à une tablette, on va lui scanner son membre et personnaliser son attelle."On peut y mêler la souplesse, la dureté et placer des alvéoles qui respecteront la morphologie du patient ou ses éventuelles cicatrices.

60 minutes
Temps de fabrication d'un plâtre sur mesure
Vous aussi, vous avez déjà vécu 6 semaines avec un plâtre au bras ou au pied? Dès 2020, Spentys compte le révolutionner et fabriquer, en une heure, un plâtre en résine ultra léger grâce à l’impression 3D.

Le duo d’entrepreneurs ne veut pas s’arrêter là pour autant. Avec sa future levée de fonds (lire encadré plus bas), Spentys planche sur la création de plâtre en moins d’une heure au sein même des hôpitaux. "Le processus de production serait plus rapide, concède Louis-Philippe. Poser un plâtre chez un patient se fait souvent dans l’urgence médicale. Notre objectif est de créer en moins d’une heure un plâtre sur-mesure toujours à l’aide de l’impression 3D. Évidemment, l’imprimante sera installée dans le service clinique. L’avantage est qu’il n’y a pas de gestion de stocks, pas de gestion de déchets. Au lieu de scier et attendre que le plâtre sèche, les plâtriers pourront s’occuper d’autres patients. Et donc en reviendront à leur métier de base." Six cliniques pilotes expérimentent déjà cette technique.

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Une start-up en pleine croissance

1,5 million
Augmentation de capital
En 2020, Spentys compte effectuer sa plus grosse levée de fonds depuis sa création. Cette augmentation de capital devrait avoisiner le 1,5 million d’euros.

Aujourd’hui, la jeune pousse Spentys est présente sur le marché belge, luxembourgeois, néerlandais et suisse. "On compte faire prochainement une percée sur le marché en France et au Moyen-Orient, assure Florian. L’objectif est d’élargir Spentys et prouver qu’on peut industrialiser la solution et s’étendre dans toute l’Europe. Pour cela, il faut aller vite et lever des fonds plus rapidement possible. Les start-ups belges devraient suivre cette tendance."

Et son comparse d’ajouter: "Certes, il y a toujours un risque. Mais je crois qu’en Belgique, on ferait mieux de réinvestir l’argent qui dort sur les comptes épargne dans l’économie réelle pour créer une valeur à la fois financière mais aussi sociétale. D’ici 2030, cela aura du sens."

Spentys, une entreprise née dans un kot d'étudiants

Ces deux-là avaient une bonne raison de ne pas étudier à l’université. Louis-Philippe et Florian ont 22 ans. A cet âge, ils sont étudiants, forcément. Ils sont aussi amis et n’ont qu’une chose en tête: créer leur propre entreprise. "On voulait faire comme mes grands frères qui avaient créé leur propre société", raconte Florian. Dans un kot à Louvain-la-Neuve, ils cogitent et imaginent leur futur bébé pendant que les autres guindaillent. Mais dans quel domaine? Le gaspillage alimentaire? Vu et revu. La mobilité? Obsolète. L’énergie? Trop compliqué. Eureka: ce sera la santé et la création d’attelles et de plâtres sur-mesure.

La Région wallonne leur offre le premier coup de pouce avec la bourse préactivité de 12.500 euros. Spentys est née. D’abord sous la forme SPRL, puis SA. Antoine Duchateau entre ensuite dans la danse et met 100.000 euros sur la table pour 20% des parts. Leur projet prend tellement d’ampleur qu’ils délaissent auditoires et syllabus et abandonnent leurs études. Ils ne seront jamais diplômés de leur cursus en Master.

Un an plus tard, voilà la deuxième levée de fonds. Et pas des moindres: 750.000 euros sont investis. "Ce moment a réellement matérialisé notre projet car on avait plusieurs investisseurs autour de la table", se rappelle Louis-Philippe. La prochaine levée de fonds d’environ d’un million et demi d’euros est prévue pour mars prochain. Aujourd’hui, Spentys emploie six employés et trois freelance.

Génération 2020
Cinq rencontres

Celles de Simon, Louise, Rosalie, Félicien et Marie. Des profils clés, au cœur de notre société. Des parcours différents. Mais cinq témoignages qui se rejoignent sur un constat. Le monde ne tourne pas (plus?) rond. L’optimisme est déjà un combat.

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Cinq projets

Climat, mobilité, emploi, santé, représentation citoyenne. Face à chaque enjeu que nos jeunes définissent au quotidien, ils avancent les solutions. En estimant que la technologie aidera à repousser tous les possibles. Cela, ils en sont convaincus; ils y croient dur comme fer. Ils surlignent surtout le réel enjeu: le retour au "sens", plutôt que la quête du profit. Génération impact, vous avez dit?

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