Tech & Data | "Les données n'ont pas qu'un objectif commercial"

Raphaël Krings ©Jetpack.ai

Jetpack.ai est une start-up en pleine expansion, active depuis 2017 dans l’exploitation de données. Son objectif: augmenter les revenus de ses clients belges et internationaux.

L’exploitation de données s’installe enfin doucement dans le vocabulaire des entreprises. Encore faut-il savoir comment s’y prendre pour extraire les informations pertinentes des mines d’or d’informations dont disposent les entreprises. La start-up Jetpack.ai en a fait sa spécialité. Fondée en 2017, cette jeune pousse de 12 travailleurs travaille désormais pour des entreprises renommées comme Proximus, Lineas, Wabco ou International Duty Free, repris par Lagardère depuis quelques mois et qui exploite les espaces commerciaux dans les aéroports belges. La jeune boîte n’a pas de secteurs de prédilection, les données et donc leur exploitation, étant partout. "Sur la base de données, comme les arrivées d’avions et leur provenance, le moment de la journée ou de l’année, on peut anticiper quelles seront les ventes dans l’aéroport. Cela nous permet ensuite de donner des conseils pour améliorer les ventes. Pour le secteur du transport, on peut anticiper les demandes et mieux planifier la journée des chauffeurs, par exemple", illustre Raphaël Krings, l’un des cofondateurs de Jetpack.ai.

Des cerveaux plutôt que des fonds

Les responsables de la boîte l’assurent: l’exploitation de données permet aujourd’hui d’obtenir des résultats tangibles. "Nous pouvons augmenter les revenus de plusieurs pourcents. Ce fut notamment le cas chez Duty Free qui nous a donné des chiffres certifiés", assure Raphaël Krings.

"Les dirigeants sont souvent étonnés de voir ce qu’il est possible de faire avec les données qu’ils ont déjà."

Dans la plupart des cas, Jetpack.ai travaille directement avec les données dont disposent déjà les entreprises. "Les dirigeants sont souvent étonnés de voir ce qu’il est déjà possible de faire."

L’entreprise est essentiellement active en Belgique, mais a aussi déjà réalisé ses premiers pas à l’étranger. "Nous avons des contrats avec des entreprises au Brésil et en Afrique du Sud." À l’exception de bons contacts avec la scale-up Riaktr, d’où viennent les quatre cofondateurs, la start-up a toujours travaillé seule, sans incubateur ni levée de fonds. "Notre activité ne nécessite pas spécialement des investissements importants. Nous avons juste bénéficié d’un subside d’Innoviris de 100.000 euros", explique Raphaël Krings. L’entreprise, déjà bénéficiaire, ne compte pas se tourner vers des investisseurs. "Nous sommes encore en croissance. Nous n’avons pas besoin de fonds, la plus grande difficulté est plutôt de trouver de nouveaux collaborateurs. Nous avons déjà dû refuser des clients par manque de temps", ajoute le fondateur qui espère prochainement engager quatre développeurs supplémentaires.

Les données en réponse à Trump

Voilà pour l’aspect purement entrepreneurial de la jeune société. Mais l’exploitation de données a également d’autres vertus. Jetpack.ai a pris l’habitude, depuis quelque temps, de rendre plus digestes des données spécifiques sur des questions de société. La start-up a ainsi récemment réalisé un projet permettant, en un coup d’œil, d’obtenir une vue d’ensemble sur les origines des Bruxellois et leur répartition dans la capitale. "Il s’agit uniquement de données publiques, accessibles par tout le monde mais reprises dans des centaines de lignes Excel illisibles", explique Karim Douieb, un autre des quatre cofondateurs.

Karim Douieb ©Jetpack.ai

Le spécialiste a également mis en place une carte dynamique pour aborder sous un autre angle le succès de Donald Trump aux élections. "Sa fille a tweeté une carte où on voit une dominance de rouge, représentant son parti. Elle demandait qui pouvait challenger ceci. En reprenant le choix des électeurs individuels par canton et non par grands électeurs, on voit que la carte prend un aspect totalement différent", explique le jeune homme. Son tweet reprenant le résultat de son exploitation de données a été partagé plus de 27.000 fois. Une belle pub pour la société, mais pas seulement. "Cela nous permet effectivement de rendre plus concret ce que nous faisons et donc nous faire connaître. Mais il y a aussi une volonté d’aborder des thèmes spécifiques avec un angle différent. Nous avons déjà travaillé avec le magazine Médor pour traiter des données. Nous sommes aussi intéressés par ce genre de projets qui n’ont pas spécialement un objectif commercial", conclut Karim Douieb.

Un petit, parmi d'autres, né dans le sillage de Riaktr

Derrière Jetpack.ai, l’on retrouve trois anciens d’une autre boîte tech bien connue de la place belge: Riaktr (ex-Real Impact Analytics). Raphaël Krings y était cofondateur, Pierre-François Crousse, data scientist, et Karim Douieb, développeur. Un exemple parmi d’autres. Car la scale-up bruxelloise active dans l’analyse de données à grande échelle à destination du secteur des télécoms (pour des clients tels que Proximus, Orange, Vodafone ou Deutsche Telekom) a depuis sa création, en 2009, essaimé de talents notoires. Partis bosser en solo ou de manière fédérée.

C’est le cas notamment de la fintech Accountable, qui permet aux indépendants d’optimiser facilement leurs impôts, cofondée notamment par les deux anciens Nicolas Carré et Hassan Ayed, ou de la start-up active dans le café fairtrade Javry, cofondée notamment par un ex-développeur, Pierre-Yves Orban. Ou encore de Dalberg Data Insights, spin-out de la scale-up (qui y détient d’ailleurs toujours une participation) active dans le même créneau que sa grande soeur, mais appliquée au monde du non-marchand.

Du côté des profils qui ont bien "matché" au sein de grands groupes, l’on retrouve par exemple Nadine Khouzam, ex-gestionnaire de projet, passée chez Facebook, où elle œuvre au développement de la connectivité dans les pays émergents, via notamment le déploiement de fibre optique, en collaboration avec les acteurs télécoms locaux. Mais aussi du spécialiste des données Thoralf Gutierrez, qui s’occupe de data chez Tesla, en Californie.

"En fait, il y a eu un effet de timing", analyse Loic Jacobs van Merlen, cofondateur de la première heure de Riaktr, aux côtés de Sébastien Deletaille (devenu CEO de Medispring, logiciel de gestion de dossier médical utilisé par 1.000 médecins). "On est arrivé au bon moment et on a connu une bonne croissance qui a permis à ceux qui sont passés par chez nous d’être exposés à l’entrepreneuriat à dimension internationale".

Au total, ce sont plus de 200 personnes qui sont passées par les locaux de la scale-up bruxelloise, à un moment ou un autre de son histoire.

Génération 2020
Cinq rencontres

Celles de Simon, Louise, Rosalie, Félicien et Marie. Des profils clés, au cœur de notre société. Des parcours différents. Mais cinq témoignages qui se rejoignent sur un constat. Le monde ne tourne pas (plus?) rond. L’optimisme est déjà un combat.

  1. Olivier Symon: "Il faut oser sortir de ces prisons dorées"
  2. Félicien Bogaerts: "C'est difficile d'être optimiste vu la situation"
  3. Louise Hannecart: "Il n'y a pas que la croissance éternelle"
  4. Rosalie Compère: "Ma peur? Qu'on oublie le passé"
  5. Marie Lecocq: "J'ai l'impression qu'on est assis sur une cocotte-minute"
Cinq projets

Climat, mobilité, emploi, santé, représentation citoyenne. Face à chaque enjeu que nos jeunes définissent au quotidien, ils avancent les solutions. En estimant que la technologie aidera à repousser tous les possibles. Cela, ils en sont convaincus; ils y croient dur comme fer. Ils surlignent surtout le réel enjeu: le retour au "sens", plutôt que la quête du profit. Génération impact, vous avez dit?

  1. Tech & Data | "Les données n'ont pas qu'un objectif commercial"
  2. Climat | "Les extrêmes permettent d'innover"
  3. Santé | "Injectez votre argent qui dort dans l'économie réelle"
  4. Participation citoyenne | "Le citoyen est en demande de plus grande démocratie"
  5. Mobilité | Fluidifier le trafic par la voie du parking

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité