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reportage

En Israël, "Il y a eu la guerre avec Gaza, maintenant, c'est la guerre avec l'Iran"

Les plages de Netanya désertes suite à l'envoi de drones depuis l'Iran. ©AFP

Le temps d'une nuit, les Israéliens ont vécu avec angoisse une attaque iranienne sans précédent. Alors que plus de 300 drones et missiles se dirigeaient vers eux, certains habitants de Tel-Aviv se sont résolus, pour la première fois de leur vie, à trouver refuge dans des abris antiaériens.

Il n'était pas encore minuit lorsque les téléphones des Israéliens se sont illuminés sous une avalanche d'alertes. "Je viens de servir à Gaza pendant trois mois comme soldat, donc j'ai l'impression que tout ça, c'est simplement notre quotidien. Mais là, c'est vrai que c'est significatif, c'est la première fois que ça se produit", concède Tomer, 30 ans, en sortant avec des amis d'un bar de Florentin, quartier branché de Tel-Aviv.

L'information est désormais sur tous les écrans, toutes les lèvres: l'Iran, pour la toute première fois, a lancé une attaque directe sur Israël. Une vague de drones et de missiles est en route.

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Au bout de la rue, dans le seul commerce encore ouvert à cette heure tardive, Avi Elmaliatt, 29 ans, tente de rassurer comme il le peut les clients qui se pressent à sa porte en cherchant désespérément des paquets de cigarettes et des bouteilles d'eau pour tenir la nuit.

"Les missiles vont arriver dans deux heures, mais je ne me fais pas de souci, nous sommes forts, nous allons gagner", assure le jeune homme, une cigarette en suspension sur le bord des lèvres. À une voisine visiblement anxieuse, le gérant propose gracieusement un shot de campari qu'il lui sert dans un petit verre en plastique.

"Vous voyez, dans ces moments-là, c'est que de l'entraide", se félicite Stefani, venue accompagnée de son adolescente pour dévaliser le magasin de toutes ses crèmes glacées, prêtes à passer une nuit blanche devant les chaînes d'info en continu.

"Et si vous avez besoin de vous mettre en sécurité, n'hésitez pas à venir ici. Les murs au fond là-bas sont solides, et dans le pire des cas, j'ai ça", tient à les rassurer Avi en sortant une machette de sous son comptoir.

Un bandeau rouge affiche déjà cette promesse tenue dans la nuit par un haut responsable israélien: "Nous riposterons violemment".

Une attaque historique

"Dans ces moments-là, tout le monde vient chez moi, c'était pareil lors de la première guerre", assure le gérant. La première guerre? "Oui, il y a eu la première guerre avec Gaza, maintenant, c'est la seconde guerre, celle avec l'Iran. Le 7 octobre, quand le Hamas a lancé 5.000 roquettes sur Israël, tous les magasins ont fermé sauf le mien. Comme ce soir, les habitants du quartier sont venus ici, complètement stressés. Moi, je voulais travailler pour justement éviter de me morfondre chez moi et de mourir de peur", raconte-t-il, son regard ricochant de ses clients vers la télévision accrochée au fond du magasin et branchée sur la très conservatrice "Channel 14', sorte de CNews local.

Sur le plateau, une demi-douzaine d'éditorialistes grisonnants se succèdent pour livrer les dernières nouvelles: les Houthis du Yémen se seraient joints à leur parrain iranien pour attaquer Israël, tout comme des milices irakiennes. Impossible pour le moment de savoir où vont atterrir ces drones et missiles, prévient l'un des intervenants, alors qu’un bandeau rouge affiche déjà cette promesse tenue dans la nuit par un haut responsable israélien: "Nous riposterons violemment."

L'attaque, d'une ampleur inédite, a été justifiée par Téhéran comme une riposte à la frappe israélienne ayant détruit son consulat à Damas le 1ᵉʳ avril, tuant sept membres des Gardiens de la révolution.

La réponse était attendue, elle est désormais là, quelque part dans le ciel, faisant craindre encore davantage une guerre ouverte entre les deux ennemis historiques.

Sous terre, sur les bancs poussiéreux de l’abri, personne ne semblait croire à une guerre régionale. Personne, non plus, ne pouvait imaginer que le gouvernement de Benyamin Netanyahu en resterait là.

Hamas, Iran, Saddam Hussein

Les rues de Tel-Aviv sont si vides et silencieuses que l'on perçoit même le battement des ailes d'un oiseau, bientôt chassé par le passage d'un jet volant à basse altitude. Les seuls visages qui osent encore s'aventurer sur le boulevard Rothschild sont ceux des otages israéliens toujours retenus à Gaza et dont les portraits ornent presque chaque arbre.

Dans une rue perpendiculaire, trois familles et autant de chiens se partagent déjà un abri antiaérien dont les portes se sont ouvertes automatiquement au début de l'alerte. 

"D'habitude, lors d'une attaque 'normale', on reste à la maison et on se réfugie sous l'escalier, mais là ce n'est pas le Hamas, c'est l'Iran, donc on préfère être prudents", précise Daria, venue accompagnée de deux enfants en pyjama.

D'autres voisins continuent à descendre dans l'abri sous-terrain et font un tour des deux pièces éclairées au néon, constatant avec satisfaction la présence d'un système de filtration de l'air, de toilettes, d'une table et de bancs en bois.

La plupart découvrent cet endroit pour la première fois, à l'exception de Zehava qui, du haut de ses 60 ans, en a vu d'autres. "La dernière fois que j'ai trouvé refuge dans un bunker comme celui-ci, c'était au début des années 1990 lorsque [le président irakien] Saddam Hussein nous avait menacé avec des armes chimiques", se souvient cette secrétaire dans un cabinet d'avocats.

Les nouvelles arrivent sur leur téléphone au compte-gouttes. C'est donc un essaim de 100, non, 200, non, 320 missiles et drones qui ont volé cette nuit vers l'état hébreu, dont 99% ont été interceptés, assure l'armée israélienne, qui se félicite d'être parvenue à "déjouer" l'attaque.

De son côté, Téhéran affirme qu'elle ne prévoit pas de poursuivre son opération qui s'est "déroulée avec succès", mettant Israël en garde contre toutes représailles. La fin de l'escalade? Sous terre, sur les bancs poussiéreux de l'abri, personne ne semblait croire à une guerre régionale. Personne, non plus, ne pouvait imaginer que le gouvernement de Benyamin Netanyahu en resterait là.   

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