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analyse

Les trois risques d'une escalade du conflit entre Iran et Israël pour les prix du pétrole

Des oléoducs sur l'île de Kharg, au large de l'Iran, dans le golfe Persique. ©AFP

Le cours du baril s'est révélé étonnamment stable à la suite de l'attaque de l'Iran contre Israël ce week-end. Trois risques principaux se dessinent néanmoins pour l'offre d'or noir.

Les opérateurs de marché attendaient l'ouverture de la séance avec anxiété, ce lundi matin, alors que l'attaque de l'Iran contre Israël durant le weekend a ravivé les inquiétudes sur une potentielle escalade du conflit entre les grandes puissances du Moyen-Orient, et sur ses conséquences potentielles sur la production de pétrole, et, in fine, sur les prix.

Les premiers échanges de la semaine ont pourtant montré que les investisseurs semblaient avant tout rassurés par le retour au calme (relatif) dans la région et l'absence de victimes suite à l'attaque. Le baril de Brent de la mer du Nord - référence pour les prix de notre côté de l'Atlantique - a même reculé par rapport à vendredi, tombant sous les 89 dollars, dans un marché à terme marqué par un volume de transactions matinales nettement plus élevé que d'habitude.

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"Les nouvelles tensions géopolitiques au Moyen-Orient mettent désormais l'accent sur la sécurité de l'approvisionnement."

Agence internationale de l'énergie

Des tensions qui restent "extrêmement élevées"

Grand nombre d'analystes soulignent qu'une montée des tensions avait été largement intégrée dans les cours, raison pour laquelle le baril n'a pas flambé une fois celle-ci matérialisée. Depuis le début de l'année, le pétrole a en effet déjà vu son prix grimper de 15%, hausse également attribuée à la robustesse de l'économie mondiale et l'offre déjà réduite des pays membres de l'Opep et leurs alliés.

"Cependant, l'ampleur de l'attaque du week-end et le fait qu'il s'agissait de la première attaque directe de l'Iran contre Israël signifient qu'il existe toujours un risque important d'escalade dans la région" mettent en avant Warren Patterson et Ewa Manthey, stratégistes en matières premières chez ING à Londres. "Alors que l'Iran considère l'altercation comme terminée, les marchés devront attendre de voir comment Israël réagira."

Son de cloche plutôt similaire chez les analystes de Citi, qui voient les tensions rester "extrêmement élevées", avec un prix du baril qui pourrait largement dépasser les 100 dollars dans les trois prochains mois.

Comme l'explique l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans une newsletter ce lundi, "les nouvelles tensions géopolitiques au Moyen-Orient mettent désormais l'accent sur la sécurité de l'approvisionnement", point également soulevé par ING, qui s'inquiète des conséquences pour l'offre, et soulève trois risques en particulier.

3%
L'Iran produit environ 3 millions de barils par jour, sur plus de 82 millions à l'échelle mondiale, soit à peine plus de 3%.

Un impact limité à l'échelle mondiale?

"Le premier risque (et le plus probable) est que les sanctions pétrolières soient appliquées de manière plus stricte à l'encontre de l'Iran, ce qui pourrait entraîner une perte d'approvisionnement en pétrole comprise entre 500.000 et un million de barils par jour. Cela rendrait le marché pétrolier de rester déficitaire pendant le reste de l'année", estiment Warren Patterson et Ewa Manthey.

"Deuxièmement, il y a le risque que la réponse d'Israël vise l'infrastructure énergétique iranienne, ce qui signifierait la possibilité de pertes d'approvisionnement encore plus importantes", ajoutent les stratégistes.

L'importance actuelle de l'Iran dans l'offre d'or noir reste toutefois relative puisque la république islamique produit environ 3 millions de barils par jour, sur les plus de 82 millions produits à l'échelle mondiale, soit à peine un peu plus de 3%. En guise de comparaison, les États-Unis en produisent près de 13 millions par jour, la Russie, une dizaine de millions, et l'Arabie saoudite, 9 millions, d'après les données officielles du département américain de l'Énergie du début de l'année.

"L'Opep ne voudra pas que les prix montent trop haut, compte tenu du risque de destruction de la demande."

Warren Patterson et Ewa Manthey
Stratégistes en matières premières chez ING

Les États-Unis à la rescousse

Le dernier risque évoqué par ING est celui de perturbations en mer Rouge et notamment dans le détroit d'Ormuz. "Si l'escalade se poursuit, l'Iran risque de tenter de perturber ou de bloquer les flux de pétrole dans le détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 20 millions de barils par jour" pointent les stratégistes.

Ces derniers maintiennent leur prévision d'un baril de Brent à 87 dollars, car l'offre reste intacte pour l'instant. De plus, si une détérioration de la situation devait être actée, les États-Unis pourraient libérer des millions de barils de brut de leur réserve stratégique, tandis que les autres pays membres de l'Opep ont également une capacité de production de cinq millions de barils en réserve, en raison de leurs coupes actuelles dans la production.

"Si les prix devaient remonter de manière significative en raison des pertes d'approvisionnement, il est imaginable que l'Opep chercherait à remettre sur le marché une partie de cette capacité de réserve.", expliquent Warren Patterson et Ewa Manthey. "L'Opep ne voudra pas que les prix montent trop haut, compte tenu du risque de destruction de la demande."

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