Publicité

"Des masques FFP2, je n'en ai reçu qu'une seule fois de la part des autorités" (vidéo)

Le masque FFP2, nerf de la guerre depuis le déclenchement de l'épidémie. Des offres de masques venant de Chine, Didier Delval en reçoit des dizaines par jour. Reste à faire le tri là-dedans. ©REUTERS

Que se passe-t-il dans nos hôpitaux, au-delà du froid constat dressé par les statistiques quotidiennes? Afin de le savoir, et de le raconter, L'Echo a fait appel aux soignants et gestionnaires de première ligne. Infirmier, infirmière, médecin, ou patron d'hôpital: nous publierons durant les semaines qui viennent des témoignages de l'intérieur. Pour l'épisode 12, nous accueillons un nouveau venu. Didier Delval, qui dirige le Centre hospitalier de Wallonie picarde. Et passe une grande partie de son temps à chercher des masques, tout en faisant le tri parmi les offres "made in China".

Certes, ils sont tous deux directeurs d’hôpitaux. N’empêche. Ils ne se sont pas concertés, et partagent le même leitmotiv. C’est ce que nous disait d’entrée de jeu Philippe Leroy, à la tête du CHU Saint-Pierre à Bruxelles. Et c’est par là que débute Didier Delval, directeur général du Centre hospitalier de Wallonie picarde (Chwapi), dont les 750 lits tournaisiens sont répartis sur trois sites. "Toujours anticiper et garder une longueur d’avance."

Didier Delval: "Des masques FFP2, je n'en ai reçu qu'une seule fois de la part des autorités"

Ce qui signifie, parfois, s’appuyer sur les autres institutions, et faire appel au plan de répartition. Aussi, lorsque le Chwapi a frôlé la saturation, a-t-il transféré des patients vers la province de Namur, alors moins touchée par l’épidémie.

Mutualisation des stocks

Même chose pour la gestion des médicaments stratégiques. "Au sein de notre réseau de quatre hôpitaux, nous avons mutualisé les stocks, explique Didier Delval. Quotidiennement, nous estimons combien de jours nous pouvons tenir, en supposant que nous avons 25 patients Covid aux soins intensifs." En n’oubliant pas que si elle a pris ses aises, l’épidémie n’est pas seule au monde. "Il faut aussi garder des médicaments pour les patients en filière ‘normale’. Les 15 lits intensifs que nous avons conservés en dehors de la filière coronavirus sont presque occupés à 100%."

"Il faut aussi garder des médicaments pour les patients en filière ‘normale’. Les 15 lits intensifs que nous avons conservés en dehors de la filière coronavirus sont presque occupés à 100%."
Didier Delval
Directeur général du Centre hospitalier de Wallonie picarde

Curare et sédatifs ne sont pas seuls dans la liste des fournitures à flux tendus. Depuis le début de l’épidémie, les masques FFP2 constituent le nerf de la guerre. "En moyenne, nous avons six jours d’avance." La chasse au masque est permanente. "Les autorités nous en promettent, mais voilà. Soit un avion est bloqué, soit les masques reçus ne sont pas conformes. En tout, depuis le début de l’épidémie, des masques FFP2, j’en ai reçu une fois de la part des autorités. Une fois."

Valides, au moins? Valides, oui. Mais en provenance de Chine. Et donc un brin malaisés à utiliser. "Une question de morphologie, leur forme faisant qu’ils ne collaient pas suffisamment à tous les visages. Nous avons dû bricoler un peu afin de trouver la bonne manière de les attacher, afin que ce soit sécurisé à 100%." Sinon, un petit trafic s’est installé au sein du réseau. "En attendant la livraison du SPF, qui ne vient pas, on s’échange des masques entre hôpitaux, en fonction de l’activité. Moi, si j’en reçois mille, ça me permet de tenir une journée et demie."

Le filon chinois

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Sinon, vendredi dernier, il semble bien que le Chwapi ait déniché un bon filon chinois. "Quelqu’un en relation avec une usine de fabrication de masques certifiés, répondant aux normes. Nous en avons reçu mille, pour les tester." Test réussi durant le week-end pascal; une commande est en cours.

Pas évident de faire le tri entre toutes ces propositions "made in China". "Nous recevons une dizaine de mails par jour dans ce sens. Si vous voulez faire du business, à l’heure actuelle, il faut faire du masque FFP2! Après, quand on voit les photos, c’est souvent le même masque, avec un prix variant entre 2,5 et 10 euros."

"Si vous voulez faire du business, à l’heure actuelle, il faut faire du masque FFP2."
Didier Delval

Si cela coince davantage pour le modèle FFP2, cela ne veut pas dire que tout se passe sans accroc pour le "simple" masque chirurgical. "On nous a déjà fourni des masques, qui ont été recalés par une autre autorité, parce que non conformes. Cela n’aide pas, pour la confiance."

Et puisqu’il est question d’une longueur d’avance, on lui demande comment, au Chwapi, on envisage les semaines qui viennent, et on s’y prépare. "Ce que nous anticipons à présent, c’est une éventuelle seconde vague, qui proviendrait d’endroits communautaires, comme les maisons de repos, les centres de réfugiés ou les hôpitaux psychiatriques. Nous sommes en contact avec eux depuis plus d’une semaine, afin d’échanger de bonnes pratiques et de parler gestion des risques. Plus la prévention sera efficace chez eux, moins il y a de risques qu’ils viennent saturer le réseau hospitalier."

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité