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interview

François Burhin, directeur général d'EpiCura: "Il faut challenger le système de répartition des patients"

©AFP

Que se passe-t-il dans nos hôpitaux, au-delà du froid constat dressé par les statistiques quotidiennes? Afin de le savoir, et de le raconter, L'Echo a fait appel aux soignants et gestionnaires de première ligne. Infirmier, infirmière, médecin ou patron d'hôpital: nous publierons durant les semaines qui viennent des témoignages de l'intérieur. Dans ce quinzième épisode, François Burhin nous parle du système de régulation des patients, mais aussi de ses failles.

Vendredi 13 mars, le groupe hospitalier EpiCura, qui totalise quelque 800 lits, mettait en place sa première unité de soins consacrée spécifiquement aux patients Covid-19. À peine trois jours plus tard, elle était remplie. Au cœur d'un foyer épidémique, les établissements de ce groupe hennuyer ont été mis à rude épreuve. "Pendant les 15 premiers jours, on a vraiment pris l'épidémie de plein fouet, un petit peu comme un boxeur sur un ring qui prend les coups dans les premiers rounds", explique son directeur général, François Burhin. 

"Pendant les 15 premiers jours, on a vraiment pris l'épidémie de plein fouet, un petit peu comme un boxeur sur un ring qui prend les coups dans les premiers rounds."
François Burhin

Pour faire face à la vague de patients infectés, EpiCura a rapidement dû mettre en place des unités supplémentaires. Au total, sept d'entre elles ont été créées, permettant l'accueil de 126 personnes contaminées, hors soins intensifs (USI). Dans ces derniers, la capacité en lits a été portée de 27 à 36. "Ça paraît peu, mais en réalité c'est énorme. Rapidement, la plupart de nos soins intensifs étaient occupés par des patients Covid-19 en difficulté respiratoire", détaille François Burhin.

"Il faut challenger le système de répartition des patients"

Fontaine à champagne

Le 15 mars, EpiCura comptait dans ses murs pas moins de 31% des patients du Hainaut et 19% de ceux de l'ensemble de la Wallonie, soit une proportion bien supérieure à son poids dans le paysage hospitalier. Aux alentours du 20 avril, ces pourcentages étaient retombés aux alentours de 15% pour le Hainaut et 7% pour la Région wallonne.

Journal de bord

Infirmière, infirmier, médecin ou encore patron d'hôpital: les équipes de première ligne racontent à L'Echo leur quotidien, en ces temps de coronavirus. Ceci est leur journal de bord.

Retrouvez ici tous les épisodes:

www.lecho.be/dossiers/coronavirus/journal-de-bord-de-soignants-belges.html

"Jusqu'à la deuxième semaine, nous étions en première ligne. Ensuite, un modèle de répartition s'est mis en place, celui de la fontaine à champagne. Nous étions le premier verre, qui par débordement a rempli les autres. Mais dans un tel système, la première coupe reste toujours pleine", pointe le directeur général d'EpiCura.

Un modèle à challenger

D'après lui, il conviendra de challenger en profondeur le système de répartition des patients une fois la crise maîtrisée. "C'est un modèle qui convient en cas de catastrophe, comme un accident de train par exemple." Face à la pandémie par contre, il n'était pas adapté et "on a resservi tout le temps les mêmes hôpitaux".

"Alors que nous étions déjà plein à EpiCura, on recevait encore des ambulances", regrette François Burhin. "Le modèle du 112 veut qu'une ambulance conduise toujours les patients aux urgences les plus proches. Et puis, si l'hôpital est plein, il doit s'occuper d'un transfert secondaire à sa charge: donc, commander une ambulance, remettre le patient dedans avec un de ses médecins et enfin trouver un hôpital prêt à le recevoir. Vous imaginez la complexité? Ça ne marche pas." 

Résultat des courses: fin mars, son groupe était au bord de la saturation. "On a beaucoup interpellé le 112 pour essayer de les faire changer d'optique. On décidait de comment faire au niveau fédéral, sans avoir une véritable compréhension de ce qui se passait sur le terrain", assène François Burhin.

"On décidait comment faire au niveau fédéral, sans avoir une véritable compréhension de ce qui se passait sur le terrain."
François Burhin

Dès le départ, l'objectif général annoncé par les autorités a été de ne pas saturer les soins intensifs. Pour y parvenir, il y a globalement deux façons de procéder: soit on répartit les patients dans les hôpitaux pour arriver à une occupation de 50% des lits dans les USI de toutes les structures, soit on atteint 90% dans certains établissements et seulement 10% dans d'autres. "Ce n'est pas du tout la même chose", souligne François Burhin, déplorant que la deuxième approche ait été une réalité sur le terrain.

Pour lui, c'est très clair: la priorité devrait être de revoir la loi sur l'aide médicale d'urgence. Pour sortir grandi de la crise, il conviendra d'en tirer des leçons. À en croire le directeur général d'EpiCura, l'une d'elles est à portée de main...

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