Publicité

Le journal de bord de Lucien Bodson, coordinateur du plan d'urgence hospitalier au CHU de Liège: "En cas d'urgence, on écoute les spécialistes!"

Un "Covid village" a poussé devant les urgences des deux implantations du CHU de Liège. Et, au Sart-Tilman, un scanner dédié à l'épidémie a élu domicile dans un container. ©Photo News

Que se passe-t-il dans nos hôpitaux, au-delà du froid constat dressé par les statistiques quotidiennes? Afin de le savoir, et de le raconter, L'Echo a fait appel aux soignants et gestionnaires de première ligne. Infirmier, infirmière, médecin, ou patron d'hôpital: nous publierons durant les semaines qui viennent des témoignages de l'intérieur. Épisode quatre, avec le docteur Bodson. Qui pratique l'art délicat de faire basculer un hôpital en état d'urgence. Et de se faire entendre.

Réflexe de journaliste impatient. Quand on nous a communiqué son numéro de téléphone, on a pesté intérieurement de n’avoir qu’un fixe sous la main. Pas assez réactif. Erreur. Parce que le "04" de Lucien Bodson le suit partout. À son bureau, quand il y est. Forcément. Dévié sur un numéro interne lorsqu’il arpente les couloirs du CHU de Liège, là où les GSM parfois abandonnent. Sur son portable lorsqu’il est en déplacement. À son domicile lorsque le télétravail est de mise. Opérationnel 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Le docteur Bodson est joignable en permanence.

Journal de bord

Infirmière, infirmier, médecin ou encore patron d'hôpital: les équipes de première ligne racontent à L'Echo leur quotidien, en ces temps de coronavirus. Ceci est leur journal de bord.

Retrouvez ici tous les épisodes:

www.lecho.be/dossiers/coronavirus/journal-de-bord-de-soignants-belges.html

On lui demande s’il dort, parfois. Et si avec un rythme pareil, il sait encore comment il s’appelle. Il rit. "J’ai 40 ans d’expérience derrière moi; cela aide. Et puis, je dors encore, je ne garde pas les yeux ouverts jour et nuit."

"Ne pas prévoir, c’est déjà gémir"

Mais il est mobilisable, à toute heure. C’est sa casquette qui veut cela. Celle de coordinateur, pour le CHU, du plan d’urgence hospitalier – on ne dit pas "catastrophe", cela sonne trop dramatique. Plan que le CHU a déclenché dès le 2 mars. En la matière, l’anticipation est cruciale. "'Ne pas prévoir, c’est déjà gémir', a dit Léonard de Vinci il y a 500 ans." On soupçonne Lucien Bodson d’être friand de petites citations du genre.

"Le 'B', pour bactériologique, signifie que l’on va avoir énormément de victimes, et que cela va durer longtemps."
Lucien Bodson
Coordinateur du plan d'urgence hospitalier au CHU de Liège

Sa mission? S’assurer que toutes les forces en présence agissent de concert dans des circonstances qui ont décidé de dévier brusquement des sillons creusés par l’habitude. "Le plan d’urgence comporte deux volets. Le premier, c’est l’aspect médical. L’institution doit se préparer à prendre en charge un afflux anormal de patients."

Et encore, il y a afflux et afflux. Un carambolage ou un immeuble qui s’effondre, cela s’accompagne certes d’un grand nombre de victimes, mais sur un laps de temps assez court. Quand le sigle CBRN s’en mêle, c’est autre chose. "C’est pour chimique, biologique, radiologique et nucléaire. Ici, c’est le ‘B’ qui nous occupe, et signifie que l’on va avoir énormément de victimes, et que cela va durer longtemps."

 

À côté du médical, il y a les aspects techniques. La logistique doit suivre. Il faut être à même, aussi, de repérer des opportunités s’il s’en présente. La Ville de Liège qui met des containers à disposition? Lucien Bodson saute dessus. Demande qu’on les équipe fissa. Ils tombent à pic pour le "Covid village" que le CHU installe devant les urgences – l’un d’entre eux accueillera un scanner dédié à l’épidémie.

"Anticiper, adapter, agir"

Le crédo de Lucien Bodson, ce sont les trois "A". "Anticiper, adapter, agir." Sur tous les fronts, en vitesse. "Quand une catastrophe survient, il est trop tard pour lire le mode d’emploi. Il faut écouter les experts." Et là, s’il n’est pas le boss, il est en tout cas l’expert. Ce qui mérite une petite citation. "C’est Steve Jobs qui disait cela, avant qu’il ne meure, évidemment. Dans une entreprise, quand on engage un spécialiste, c’est pour l’écouter, pas lui dire ce qu’il a à faire."

"Quand une catastrophe survient, il est trop tard pour lire le mode d’emploi. Il faut écouter les experts."
Lucien Bodson
Coordinateur du plan d'urgence hospitalier au CHU de Liège

Se faire écouter? "Cela nécessite une certaine force de persuasion, surtout dans le milieu médical, où l’on n’a pas trop l’habitude de la hiérarchie. C’est un peu l’armée mexicaine." Sauf que l’expérience parle pour Lucien Bodson, ainsi que ses états de service. Médecin urgentiste, anesthésiste, passé par l’armée et les pompiers, membre du groupe de travail fédéral sur les plans d’urgences. "Et spécialiste en gestion de situations d’exceptions. Il y a des recommandations internationales, le docteur Bodson ne rêve pas la nuit ce qu’il va faire le jour. En cas d’urgence, on ne bricole pas chacun dans son coin."

C’est ce qui s’appelle être l’homme de la situation.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité