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Lucien Bodson, coordinateur du plan d'urgence hospitalier au CHU de Liège: "Un masque artisanal, c'est mieux que rien!"

Porter des masques artisanaux en tissu? C'est clairement mieux que rien, insiste le docteur Lucien Bodson. "C'est la logique même!" ©Photo News

Que se passe-t-il dans nos hôpitaux, au-delà du froid constat dressé par les statistiques quotidiennes? Afin de le savoir, et de le raconter, L'Echo a fait appel aux soignants et gestionnaires de première ligne. Infirmier, infirmière, médecin ou patron d'hôpital: nous publierons durant les semaines qui viennent des témoignages de l'intérieur. Épisode dix, avec le docteur Bodson. Dont le rôle, en ces temps de crise, est de penser à des choses auxquelles personne n'aurait songé, en temps normal. Ce qui l'amène sur tous les terrains, ou presque.

La voix est joviale. Et il est à nous dans les trente secondes, le temps de couper le son de la télévision. "À présent, je passe 90% à 95% de mon temps chez moi; je peux surveiller le tout depuis mon ordinateur." Coordinateur du plan d’urgence hospitalier pour le CHU de Liège, Lucien Bodson a passé deux-trois semaines sur le terrain, afin de contribuer au lancement des opérations. Le boulot a été intense, mais à présent, la "machine Covid" du CHU tourne en vitesse de croisière.

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Les dernières nouvelles ne sont pas trop mauvaises. Mardi, les chiffres en provenance des centres de tri installés devant les urgences affichaient une baisse de bon augure. "Il y a dix jours, on tournait autour des 80 arrivées par 24 heures. Après une petite chute durant le week-end, la semaine passée, on se situait entre 40 et 60. Et ces derniers jours, entre 30 et 40. On verra si cette baisse de régime est due au week-end pascal ou reflète une tendance."

Massages, morgue et sans-abri

Journal de bord

Infirmière, infirmier, médecin ou encore patron d'hôpital: les équipes de première ligne racontent à L'Echo leur quotidien, en ces temps de coronavirus. Ceci est leur journal de bord.

Retrouvez ici tous les épisodes:

www.lecho.be/dossiers/coronavirus/journal-de-bord-de-soignants-belges.html

Jouer la plupart du temps à domicile n’empêche pas une sortie quand cela s’avère nécessaire. Parfois, rien ne vaut un petit tour sur le terrain. Sa dernière "descente", c’était au centre de massage assis montée en collaboration avec les services de kiné et de psychologie. "Le personnel soignant est sous stress permanent." D’où ce service mis à disposition par le CHU. Un massage, qui peut être combiné avec une conversation avec un ou une psychologue. Au cas où le personnel voudrait "papoter un peu". Le centre a démarré il y a une bonne semaine; Lucien Bodson est revenu y faire un tour, afin de s’assurer que les règles d’hygiène y étaient scrupuleusement suivies.

"La France est entrée avec quelques jours d’avance sur nous dans l’épidémie. Comment pourrions-nous relâcher la pression avant elle?"
Lucien Bodson
Coordinateur du plan d'urgence hospitalier au CHU de Liège

Voilà comment Lucien Bodson définit sa mission de coordinateur: penser, en cette situation exceptionnelle, à des choses auxquelles personne n’aurait songé en temps normal. Ce qui peut aller dans tous les sens. Cela revient à prévoir deux camions frigorifiques de réserve, si les morgues ne suivent plus. À collaborer avec la Ville de Liège pour voir ce qui pourrait être fait pour les sans-abris. Nouer des relations avec les maisons de repos afin de leur venir, dans la mesure du possible, en aide.

Il y a, encore, le suivi de l’actualité. Jouer le rôle de relais vis-à-vis des médias. "Ce mardi, j’ai dû me lever à 6 h 30 pour répondre aux questions de RTL au sujet de l’allocution de Macron." Son message à lui est limpide. "Le confinement doit se poursuivre. La France est entrée avec quelques jours d’avance sur nous dans l’épidémie. Comment pourrions-nous relâcher la pression avant elle?"

Le docteur Bodson est le coordinateur du plan d'urgence hospitalier pour le CHU de Liège.

Sur le port du masque, l’avis du docteur Bodson est tranché. "C’est une évidence. Foutez la paix aux gens et laissez-les porter des masques." Même s’ils sont de confection artisanale. "Quand quelqu’un éternue fort, on peut retrouver des microgouttelettes jusqu’à huit mètres. Placer quelque chose devant la bouche est utile; même du papier serait mieux que rien."

La parabole du parapluie et du parachute

"Vous pouvez retourner la littérature mondiale, il n’existe aucune étude scientifique prouvant que le port du parachute est efficace."
Lucien Bodson
Coordinateur du plan d'urgence hospitalier au CHU de Liège

La preuve par le parapluie et le parachute. "S’il se met dracher, je préfère utiliser mon parapluie, quand bien même il serait un peu vieux ou troué. Alors oui, cela peut paraître ridicule de porter un masque en rue. Sauf que s’ils le font depuis des années en Asie, ce n’est pas pour rien."

Le docteur Bodson est lancé. "C’est simple, peu onéreux, et avec les règles d’hygiène et de distanciation sociale, cela sauve des vies. Nous sommes tombés dans une époque où le bon sens se perd, où certains voudraient que tout soit agréé. Mais vous pouvez retourner la littérature mondiale, il n’existe aucune étude scientifique prouvant que le port du parachute est efficace. Pour cela, il aurait fallu monter une étude en double aveugle, avec un groupe de contrôle fait de gens sautant sans parachute. À un moment, la logique doit prendre le dessus: un masque artisanal, c’est mieux que rien. À condition d’expliquer comment le porter, afin de ne pas créer un faux sentiment de sécurité."

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