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Philippe Leroy, directeur général du CHU Saint-Pierre: "Il y aura de nombreuses leçons à tirer de cette crise"

Chercheurs, ingénieurs, universités, industriels et start-up se sont mobilisés. En deux-trois semaines, des modèles de respirateurs belgo-belges sont sortis des cartons, se réjouit Philippe Leroy. ©Photo News

Que se passe-t-il dans nos hôpitaux, au-delà du froid constat dressé par les statistiques quotidiennes? Afin de le savoir, et de le raconter, L'Echo a fait appel aux soignants et gestionnaires de première ligne. Infirmier, infirmière, médecin ou patron d'hôpital: nous publierons durant les semaines qui viennent des témoignages de l'intérieur. Dans ce quatorzième épisode, Philippe Leroy dresse une première liste des manquements que l'épidémie a mis en lumière. Non exhaustive, mais déjà pas mal fournie.

Bien sûr, il faudra affiner le tout une fois cette épidémie derrière nous. Ce qui est encore loin d’être le cas. Philippe Leroy en sait quelque chose, lui qui met tout en place pour que son hôpital, le CHU Saint-Pierre à Bruxelles, puisse conserver le rythme actuel – aussi éreintant pour les corps que les esprits – durant encore une bonne poignée de semaines.

Journal de bord

Infirmière, infirmier, médecin ou encore patron d'hôpital: les équipes de première ligne racontent à L'Echo leur quotidien, en ces temps de coronavirus. Ceci est leur journal de bord.

Retrouvez ici tous les épisodes:

www.lecho.be/dossiers/coronavirus/journal-de-bord-de-soignants-belges.html

Il y a juste que cette certitude s’impose dès à présent, avec force. Il faudra s’y prendre avec recul, précaution et imagination, certes. Mais on n’y coupera pas. "Il y aura de nombreuses leçons à tirer de cette crise." Le directeur général du CHU a ébauché une première liste, non exhaustive et pourtant déjà bien fournie.

"Un chantier énorme"

Philippe Leroy nous disait déjà il y a quelques semaines ce qu’il pensait de l’efficacité de l’imbroglio institutionnel belge. On ne reviendra pas là-dessus, si ce n’est pour souligner l’évidence: repenser l’organisation et la découpe des responsabilités dans le système de soins de santé est nécessaire. "Réinventer ce modèle constituera un chantier énorme."

Ce n’est pas le seul. La réforme a déjà été mise sur les rails, même si le processus n’en est qu’au début. "La réforme des réseaux hospitaliers sera bénéfique, mais il faut y associer les maisons de repos et la médecine générale de première ligne. Écouter leur voix et les intégrer dans nos discussions de réseau. C’est primordial."

"Les hôpitaux n’ont pratiquement jamais été aussi utiles et mobilisés. Et ils n’ont quasiment jamais perdu autant d’argent. Ce qui souligne les lacunes du mode actuel de financement des hôpitaux."
Philippe Leroy
Directeur général du CHU Saint-Pierre

Il faudra bien parler gros sous, aussi, poursuit Philippe Leroy. Parce que les finances des hôpitaux ne sortiront pas indemnes de cette épidémie. "C’est là tout le paradoxe. Les hôpitaux n’ont pratiquement jamais été aussi utiles et mobilisés. Et ils n’ont quasiment jamais perdu autant d’argent. Ce qui souligne les lacunes du mode actuel de financement des hôpitaux."

Le patron du CHU Saint-Pierre réfléchit déjà aux leçons à tirer de la crise actuelle.

Le prochain chantier est numérique et touche à ce fameux dossier patient informatisé, dont on entend de temps à autre parler, sans l’avoir toutefois réellement aperçu. "On le savait déjà, et la crise le met parfaitement en lumière. Il faut pouvoir partager les informations relatives aux patients entre hôpitaux, médecins et maisons de repos."

Or pour l’instant, ce n’est pas tout à fait vers cela qu’on se dirige, chaque réseau planchant sur sa propre solution numérique. Ce qui signifie que d’un réseau à l’autre, le partage des données ne se fait pas automatiquement. "Les réseaux ne constituent pas la bonne échelle, insiste Philippe Leroy. Surtout sur un territoire aussi petit, avec autant de mouvements de population."

"Un dossier patient informatisé unique"

La bonne échelle? Nationale, pardi! Viser plus bas reviendrait à gaspiller de l’argent et venir avec une solution inadaptée. "De la même manière que les pouvoirs publics ont massivement investi pour reconstruire physiquement les hôpitaux, il faut qu’ils investissent massivement pour un dossier patient informatisé unique en Belgique."

"Des prototypes de respirateurs belgo-belges sortis en deux-trois semaines des cartons... Nous avons en Belgique les industriels pour produire et le capital pour soutenir. Mais le tout reste parfois bloqué par notre système et notre environnement réglementaire. Mon souhait est que toute cette inventivité qui s’est manifestée puisse se libérer totalement après la crise."
Philippe Leroy
Directeur général du CHU Saint-Pierre

Allez, une dernière leçon pour la route. "Nous avons énormément de forces vives en Belgique. Et je crains qu’on ne les exploite pas toujours au maximum." On vous l’a déjà servi, ce discours sur les atouts du plat pays? Sauf qu’avec le coronavirus, il prend une saveur nouvelle. "Je suis frappé de voir avec quelles rapidité et ingéniosité des groupes se sont formés, entre universitaires, chercheurs, ingénieurs, industriels et start-up. Tous ces gens qui ne se connaissaient pas et ont mutualisé leur énergie."

 

Menant à la mise au point de tests de dépistage. "Ou à des prototypes de respirateurs belgo-belges sortis en deux-trois semaines des cartons, et qui fonctionnent bien! Nous avons en Belgique les industriels pour produire et le capital pour soutenir. Mais le tout reste parfois bloqué par notre système et notre environnement réglementaire. Cela ne sort pas de terre. Mon souhait est que toute cette inventivité qui s’est manifestée puisse se libérer totalement après la crise."

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