Philippe Leroy, directeur général du CHU Saint-Pierre: "Les masques chinois n'offrent pas une protection suffisante"

Le CHU Saint-Pierre confirme les conclusions de la KUL: les masques FFP2 chinois n'offrent pas une protection suffisante. Pas une question de qualité, mais de morphologie. ©Photo News

Que se passe-t-il dans nos hôpitaux, au-delà du froid constat dressé par les statistiques quotidiennes? Afin de le savoir, et de le raconter, L'Echo a fait appel aux soignants et gestionnaires de première ligne. Infirmier, infirmière, médecin, ou patron d'hôpital: nous publierons durant les semaines qui viennent des témoignages de l'intérieur. On retrouve Philippe Leroy pour cet épisode 7, où il est question de masques FFP2, de soufflerie géante et d'horaires de train. Et de débrouille à tous les étages.

Si ce n’est pas être dévoué corps et âme, cela s’en rapproche furieusement. On lui demande comment il va. En pensant à lui, Philippe Leroy. Sauf que c’est le directeur général du CHU Saint-Pierre qui nous répond, et lui, il pense d’abord hôpital. "Tout le monde s’accroche. Des médecins au personnel de nettoyage, en passant par les infirmières, tous ont fait du coronavirus un combat personnel; on ne lâchera rien!"

"Tout le monde a fait du coronavirus un combat personnel; on ne lâchera rien."
Philippe Leroy
Directeur général du CHU Saint-Pierre

C’est nécessaire. Parce que si quelques nouvelles encourageantes font surface, "c’est encore loin d’être gagné", et la pression sur les soins intensifs n’est pas près de diminuer. Vendredi, sur les 33 lits dédiés au Covid, 28 étaient occupés. "Cela valide le choix que nous avons posé, de faire passer notre capacité totale en soins intensifs de 30 à 45 lits, malgré l’effort incroyable que cela a représenté. Sans cela, nous n’aurions pas pu tenir."

Journal de bord

Infirmière, infirmier, médecin ou encore patron d'hôpital: les équipes de première ligne racontent à L'Echo leur quotidien, en ces temps de coronavirus. Ceci est leur journal de bord.

Retrouvez ici tous les épisodes:

www.lecho.be/dossiers/coronavirus/journal-de-bord-de-soignants-belges.html

Et puis, quelques bonnes nouvelles locales sont venues remonter le moral des troupes. Mercredi, jeudi et vendredi: à Saint-Pierre, voilà trois jours qu’il est sorti davantage de patients qu’il n’en est entré. Une autre petite victoire? "On a déjà eu sept sorties des soins intensifs. Dont une où le patient a pu directement rentrer à la maison. C’est rare."

Soufflerie géante

Sinon, cela reste la galère pour se procurer du matériel de protection. "La situation est très difficile pour les masques FFP2." Eh bien, il n’en vient pas de Chine, à grand renfort d’avions? Qu’importe, puisqu’ils sont inutilisables.

"Nous rejoignons les conclusions de la KUL. Ces masques chinois n’offrent pas une protection suffisante; il y a des fuites. Ils sont conçus pour des visages asiatiques, pas caucasiens. Ce qui cause un manque de congruence."
Philippe Leroy
Directeur général du CHU Saint-Pierre

"Tout le matériel que l’on achète, on l’analyse." Telle est la politique du CHU. Alors, avant d’être utilisés, les masques chinois sont passés par la case "fit testing". Testés en conditions réelles, dans une sorte de soufflerie géante. "Un peu comme les équipements cyclistes."

Et? "Nous rejoignons les conclusions de la KUL. Ces masques chinois n’offrent pas une protection suffisante; il y a des fuites." Pas qu’ils soient de mauvaise qualité, d’ailleurs ils sont estampillés et homologués de tous les côtés. "Mais ils sont conçus pour des visages asiatiques, pas caucasiens. Ce qui cause un manque de congruence."

Le directeur de Saint-Pierre tire son chapeau à la SNCB, qui a revu ses horaires à la demande des hôpitaux.

Pas de masques chinois, donc. Non, ce vendredi, Saint-Pierre a lancé un système – nominatif s’il vous plaît – de stérilisation et réutilisation. "Des tests ont été effectués, on peut aller sans problème jusqu’à cinq cycles. Avec cela, on va tenir. Mais voilà à quel prix: une logistique de fou!" Masques de plongée et masques à gaz ont aussi été appelés à la rescousse, pour servir de FFP2 bricolés.

 

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Les masques ne sont pas tout. Les blouses manquent à l’appel. "Avec l’aide d’un partenaire, nous en fabriquons en tissu, qui seront chaque jour lavées et stérilisées." Tout comme certains médicaments essentiels. "Oui, on se débrouille, on trouve des solutions de rechange, on recourt au système D. Obligé! On va le faire, on va tenir le coup, mais cela demande une énergie et un temps incroyables!"

 

"Chapeau à la SNCB!"

Surtout qu’il faut être sur tous les fronts. Ôter de la tête de son personnel médical tout souci d’organisation, voilà le défi que s’est lancé Philippe Leroy. Cela vaut pour les gardes d’enfants. "Nous avons une équipe interne qui déniche des solutions sur mesure." Pour ceux qui habitent loin et souhaiteraient dormir à Bruxelles, un accord vient d’être passé avec un hôtel. Et la SNCB a accepté de modifier ses horaires de confinement pour ceux qui rentrent en train après leur "shift" du soir. "Sur quelques lignes principales, le dernier train partait à 21h. Après concertation avec Sophie Dutordoir, une solution a pu être trouvée en un jour, avec un décalage à 21h30. Chapeau à la SNCB!"

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