Victor, infirmier urgentiste: "Si seulement cette crise pouvait servir d'électrochoc"

L'hôpital Delta, à Bruxelles, ayant ouvert deux nouvelles unités de soins intensifs pour faire face à l'épidémie, les infirmières et infirmiers urgentistes peuvent dès à présent y être appelés afin de donner un coup de main supplémentaire. ©Photo News

Que se passe-t-il dans nos hôpitaux, au-delà du froid constat dressé par les statistiques quotidiennes? Afin de le savoir, et de le raconter, L'Echo a fait appel aux soignants et gestionnaires de première ligne. Infirmier, infirmière, médecin, ou patron d'hôpital: nous publierons durant les semaines qui viennent des témoignages de l'intérieur. On retrouve Victor pour le sixième épisode. Il est au repos, cette semaine. Et, si l'on creuse un rien, en colère et désabusé, aussi.

Il a travaillé tout le week-end. Alors depuis lundi, c’est relâche. En fait, il ne retournera pas "au charbon" avant lundi prochain, sauf si, bien sûr, il est rappelé à la rescousse. Parce que, et c’est nouveau, les infirmiers et infirmières urgentistes peuvent à présent être réquisitionnés pour donner un coup de main aux soins intensifs. Épidémie oblige, l’hôpital Delta a ouvert deux unités intensives supplémentaires, de vingt lits chacune. "À la base, nous avons la même formation, bien qu'une grande partie du métier s’apprend sur le terrain."

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

Par thématique:

Ce temps hors de l’hôpital, Victor (*) essaie d’en profiter au maximum. "C’est une vraie respiration. Je peux profiter, jouer avec mes enfants, bref, faire ce que font tous les gens en confinement." C’est sûr, cela change des "shifts" de douze heures.

Cela étant, même si la pause est la bienvenue, le lien n’est jamais réellement coupé avec le service des urgences. "À force, on est très liés, avec les coéquipiers." Alors l’équipe garde contact. "Cela me permet aussi de rester informé, de voir comment cela se passe pour ceux qui sont sur le pont, et de connaître le flux de patients."

Le retour des "usual suspects"

"On pleure auprès de la direction pour obtenir du matériel correct. C'est notre combat habituel, parce que nous n’avons jamais été très bien lotis."
Victor
Infirmier urgentiste

Là, le flux est normal – cela semblait plutôt calme ce mercredi. Et si les urgences "classiques" semblaient avoir disparu depuis le déclenchement de la crise, on dirait qu’elles retrouvent tout doucement leurs habitudes. Les "usual suspects" font leur retour. "Comme si eux aussi trouvaient le temps long."

On lui demande quelle ambiance règne, chez les urgentistes. Si elle se plombe au fil des jours passés sous le joug de l’épidémie. Mais il semble qu’en fait, les habitudes se montrent plus fortes encore. Il y a, bien sûr, la gestion du matériel de protection, avec lequel il faut se montrer parcimonieux. "Et dont l’état du stock est tenu secret, sans doute afin de ne pas stresser le personnel. Sinon, on pleure auprès de la direction pour obtenir du matériel correct. Soit notre combat habituel, parce que nous n’avons jamais été très bien lotis."

Journal de bord

Infirmière, infirmier, médecin ou encore patron d'hôpital: les équipes de première ligne racontent à L'Echo leur quotidien, en ces temps de coronavirus. Ceci est leur journal de bord.

Retrouvez ici tous les épisodes:

www.lecho.be/dossiers/coronavirus/journal-de-bord-de-soignants-belges.html

Et de brandir, en guise d’exemple, les électrocardiogrammes. Des ancêtres apparemment un brin défectueux. "En réparation une semaine sur deux." Du coup, souvent, il n’en reste plus qu’un en état de marche. "Pour un service d’une quinzaine de lits." Un vieux combat auquel le Covid est venu rajouter un peu de piquant. "Maintenant que les services sont séparés en différentes zones, on ne peut pas interchanger l’équipement. C’est la galère."

Clap, clap, clap

L’agacement n’est pas neuf, on le sent. "Là, avec cette crise, comme d’habitude, on va recevoir de jolis sourires et les remerciements de la direction. Mais ce n’est pas pour cela que les choses changeront."

"Tout cela est tellement éphémère. Quand la vie aura repris son cours, nous serons à nouveau confrontés à de la violence physique et verbale."
Victor
Infirmier urgentiste

C’est un petit peu comme ces salves d’applaudissements à destination du personnel soignant, qui prennent place à 20h, aux fenêtres et balcons. "Évidemment, c’est une marque de soutien qui fait chaud au cœur. Mais tout cela est tellement éphémère. Quand la vie aura repris son cours, nous serons à nouveau confrontés à de la violence physique et verbale."

Les choses ne changeront pas. "Cela s’est vu après les attentats. Nous avons été encensés, puis le manque de moyens a subsisté. Après tout, si l'on a réussi à faire face avec les moyens du bord, pourquoi les augmenter? Surtout que ce n’est pas comme si le personnel soignant pouvait réellement partir en grève, massivement. Il y aura toujours un service minimum, on ne va pas laisser les gens crever. De toute façon, dans 95% des services, on est en permanence en service minimum. Si seulement cette épidémie pouvait servir d’électrochoc."

(*) Le prénom a été modifié

Lire également

Publicité
Publicité