Supprimer les invests publiques

©Valentine Penders

Le constat: Invests locales, SRIW, Sowalfin, Sogepa, les outils économiques wallons de soutien aux entreprises se font concurrence, divisent les moyens disponibles, agissent en fonction de critères parfois plus politiques qu’opérationnels. L’idée: Rassembler les moyens financiers dans un seul fonds pour les mettre à disposition d’investisseurs privés à raison de 1 euro par 5 euros investis.

Imaginons un logo. Une tête de loup, les oreilles dressées, la mâchoire volontaire, le regard aiguisé. Ce serait Wolf, acronyme du Wallonia Open Leverage Fund. Tout est dit dans ces quatre mots. Imaginons une structure. En rassemblant tous les outils de financements des entreprises dans un même véhicule, la Région wallonne joue la carte de l’efficacité derrière une identité unique.

L'appel des XI

11 entrepreneurs proposent 11 idées pour faire avec avancer Bruxelles et la Wallonie.

La structure de financement des entreprises se veut ouverte à des partenaires extérieurs, privés, belges ou étrangers. L’ambition du projet est de créer un effet de levier important pour démultiplier les moyens dont dispose la Région. Le fonds doit se calquer sur le fonctionnement des structures actives dans le private equity, qu’elles soient privées ou publiques, à l’image de la société d’investissement flamande, la Gimv, par exemple. Le modèle pourrait d’ailleurs s’appliquer aux outils économiques bruxellois.

D’abord, de quels moyens disposons-nous? En 2016, les neuf invests locales ont injecté globalement 150 millions d’euros en prêts et prises de participation directe, et la Sowalfin a financé quelques centaines d’entreprises pour près de 200 millions. S’ajoutent encore à cela 80 millions provenant du programme européen Feder qui court de 2014 à 2020 et de l’enveloppe qui accompagne le Plan Marshall 4.0 sur 5 ans. Soit un total de 430 millions disponibles annuellement pour aider les entreprises, via des prêts essentiellement.

©Mediafin

De leur côté la SRIW et la Sogepa travaillent sur la base de prises de participation, au sein d’entreprises en croissance pour la première, en restructuration (pour ne pas dire en fin de vie) pour la seconde. En valeur comptable, ces participations dépassent le milliard d’euros. Une valeur qui ne tient évidemment pas compte des plus-values attendues lors de la cession de la plupart de ces investissements.

Un rapport de 1 pour 5

En rassemblant tous ces moyens financiers, le fonds Wolf peut donc démarrer avec un pactole de plus de 1,5 milliard d’euros. De quoi ancrer une stratégie d’investissements cohérente et surtout attirer des investisseurs extérieurs.

L’objectif du Wolf est surtout de créer un effet de levier important pour démultiplier sa mise de départ. Et la barre est placée haut: pour un euro d’origine publique, les partenaires du projet doivent en amener cinq. Si l’on reporte le calcul sur les 430 millions de liquidités disponibles actuellement via les différents programmes et outils financiers wallons, cela permettra déjà de générer plus de 2 milliards d’euros à injecter dans les entreprises. Le résultat de l’opération s’élève à quelque 7,5 milliards si l’on intègre les participations existantes apportées par la SRIW ou la Sogepa.

Pas question évidemment de liquider dans l’urgence et à court terme toutes les participations issues de la SRIW ou des invests locales pour grossir le portefeuille financier. Ce serait totalement contre-productif et même dangereux pour l’économie et la survie des entreprises en question. Dans notre fonds Wolf, ces participations constitueront un socle d’activités jusqu’à leur maturité, en attendant d’en réaffecter les moyens en fonction des stratégies d’investissement mises en place au sein du fonds.

Pour attirer des investisseurs et offrir un rendement appréciable, Wolf doit se concentrer sur des investissements présentant un réel potentiel de croissance. Plus question donc, pour Wolf, de s’impliquer dans des plans de sauvetage d’entreprises en grande difficulté, à l’image de ce que fait régulièrement la Sogepa.

Mixte à tous les étages

Pour atteindre l’effet de levier souhaité, l’ouverture de Wolf à des partenaires extérieurs peut se faire à tous les étages de la structure. La présence de partenaires institutionnels aux différents étages du fonds ne fait que renforcer sa force de frappe.

Agenda

Cette idée sera discutée avec les parties prenantes le samedi 14 avril 2018.

Constitué à partir des outils économiques publics existants, le fonds n’a pas pour vocation à rester exclusivement dans les mains de la Région wallonne, que du contraire. Des partenaires privés peuvent épauler le public au faîte de la structure par une prise de participation directe au capital de Wolf. De même, à l’image de ce qu’a fait la Gimv en son temps, une entrée en Bourse est envisageable pour donner au véhicule financier une plus large visibilité, des moyens accrus et un appel à l’épargne des particuliers. Les organes de gestion du fonds reflètent d’ailleurs la mixité de son capital. Son conseil d’administration est composé paritairement de représentants de l’actionnaire public, de mandataires privés et d’indépendants.

Le fonds est structuré, pour une part, en compartiments dédiés à certains secteurs d’activités, notamment ceux mis en exergue dans le cadre du Plan Marshall: biotech et santé, environnement et énergie renouvelable, spatial, mécanique de pointe, agroalimentaire, technologie, entre autres. Chacun de ces compartiments peut accueillir des investisseurs spécifiques qui viendront aussi gonfler les fonds destinés à telle ou telle activité.

Pour le reste, Wolf continuera à investir en capital ou sous la forme de prêts à taux préférentiels dans des projets de développement d’entreprises. Et c’est la troisième porte d’entrée pour les investisseurs extérieurs, aux côtés de l’entrepreneur lui-même.

Ancrage (sous-)régional

En tant que fonds d’investissement public, Wolf soutiendra les entreprises à tous les stades de leur développement: création, croissance et transmission. Mais le fonds a également un rôle de "service public" à jouer en s’adaptant à la stratégie de développement économique mise en place par la Région wallonne, mais aussi par une politique d’investissement relativement risquée, s’autorisant un taux de sinistralité plus élevé que dans le secteur bancaire, par exemple.

De la taille d’une (petite) région française, la Wallonie n’a pas besoin d’une dizaine de véhicules financiers pour irriguer le tissu économique local. Par contre, les invests locales ont une connaissance et une expérience du terrain dont Wolf aurait tort de se priver. Les équipes des invests, totalement intégrées au sein du fonds, en sont aussi le premier guichet sous-régional. Ces analystes régionaux doivent apporter et croiser leur expérience avec l’avis d’analystes sectoriels.

À l’image des comités de crédit des sièges bancaires régionaux, ces équipes régionales peuvent avoir un pouvoir de décision pour des montants limités à 100.000 euros, de manière à faciliter la prise de décision et répondre le plus efficacement possible aux besoins des TPE. Un organisme comme Wolf sera amené à traiter des dossiers de tailles très différentes (de quelques dizaines de milliers d’euros à plusieurs millions), il faut donc éviter que les plus petits projets ne passent sous le radar d’une structure trop centralisée.

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