chronique

Au PTB comme à la boucherie, ce qui compte c'est l'arrière-boutique

De Charleroi à Liège, le PTB a pignon sur rue depuis les dernières élections. Mais derrière leur image d'hommes de la rue, il y a la vérité de l'arrière boutique: celle des programmes et des négociations.

On m’a dit: tu as 4.000 signes pour ta chronique. J’ai dit: s’il y en a un peu plus – comme dans toute bonne boucherie qui se respecte – je vous le mets quand même?

J’aurais pu vous parler de la qualité de la viande, des restos bruxellois, de telle ou telle sauce pour accompagner une tranche de bœuf Simmental et du verre de rouge qui se marie bien avec tout ça.

J’aurais pu aussi vous parler d’Ecolo qui, cette semaine, a adoubé un nouveau coprésident, Jean-Marc Nollet, et qui pousse la logique du recyclage jusque dans sa propre maison, admirez, on fait du neuf avec du vieux, on secoue un peu et on verra ce que ça donne en mai prochain.

Pour le moment, vous mettez un zèbre avec un chapeau, vous lui collez un panneau Ecolo entre les pattes, il fera un carton électoral.

Mais, chef, tu écris dans L’Echo, quand même.

Court moment de lucidité (oui, ça arrive).

Et L’Echo, c’est un titre, c’est une Histoire, s’il vous plaît bien, mon petit Monsieur. Un peu de respect. Du haut de ces colonnes, gamin, c’est 137 ans de capitalisme qui te contemple. On a beau plaisanter – on aime bien ça –, on a beau avoir l’un ou l’autre collègue gauchiste dans la rédaction (on ne dénoncera pas), ici, si on doit revenir aux fondamentaux, alors on doit vous mettre en garde contre le péril rouge (non, pas le vin), contre le marteau et la faucille, contre le retour des "cocos".

Évidemment, on ne va pas se faire que des amis. Ils ont une sacrée cote, les "cocos".

Mon père, infatigable trotskiste, m’écrira probablement que je suis à côté de la plaque. Raoul Hedebouw va hausser les épaules – car, oui, Raoul lit L’Echo.

Raoul est sympa, mais Raoul est une vitrine. Le reste, l’arrière-boutique du PTB, fait froid dans le dos.

Qu’on ne se méprenne pas, Raoul est sympathique, il a d’ailleurs réussi à rassembler, derrière la bannière pétébiste, toutes les anciennes chapelles de l’extrême gauche allant des trotskistes aux anciens staliniens et maoïstes et qui – historiquement – ne pouvaient pas se voir. Même en peinture.

Bref, Raoul est sympa mais Raoul est une vitrine.

Le reste, l’arrière-boutique du PTB, fait froid dans le dos, de la nationalisation du secteur de l’énergie au secteur bancaire, etc., le PTB s’assied allègrement sur la légalité et l’État de droit. Quant à la presse, on sera les premiers à être mis au pas (même les gauchistes) – demandez à Jean-Luc Mélenchon. Ces abrutis de journalistes.

La question est désormais de savoir si les socialistes ont suffisamment montré que le PTB ne voulait pas se salir les mains. Ont-ils été convaincants? On connaît bien Willy Demeyer et Paul Magnette et on sait qu’ils ont mis du cœur à l’ouvrage sur ce chapitre mais tant à Liège qu’à Charleroi, le PTB dispose d’un personnel politique suffisamment réfléchi (Merckx, Hedebouw, Mugemangango) pour jouer les trouble-fête durant six ans et grossir sur les bancs de l’opposition à coups de "y a qu’à" et de "faut que".

On connaît moins Catherine Moureaux. Mais la bêtise du leader PTB local – dont on taira le nom par charité – le différencie des cadres de Liège et de Charleroi. Non content d’être limité, il est aussi malotru.

Raoul Hedebouw, la vitrine du PTB. ©Photo News

Ainsi Catherine Moureaux a-t-elle vécu une scène, ça se déroulait dans une arrière-salle de café, digne d’un navet de série B (ou C), lors de laquelle ledit leader d’extrême gauche s’est planté devant elle, façon très très macho, pour l’envoyer, elle et ses négociations politiques, valdinguer.

On aurait tort de croire que tout le monde est sympathique et inoffensif au PTB, c’est toujours une question de vitrine et d’arrière-boutique, finalement. En politique comme à la boucherie.

On vous met ceci aussi – c’est gratuit.

On discutait, la semaine dernière, avec le libéral Ducarme et il soutenait mordicus que l’extrême droite et l’extrême gauche, c’était kif-kif, et il les renvoyait dos-à-dos, etc., etc., et on n’était pas d’accord. On ne discute pas avec l’extrême droite, ce sont des racistes. On peut, en revanche, discuter avec l’extrême gauche. Même si ces discussions ne mènent à rien.

4.048 signes, patron. Et avec ça, il vous faut autre chose?

 

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