chronique

One (wo) man one vote

Chroniqueur

Je ne vois toujours pas de femme candidate Premier ministre, et je trouve cela dommage en 2019.

Une chronique à la veille d’une élection, c’est casse-gueule, pour l’écrire platement. C’est là que le chroniqueur – grisé par la fin de campagne et l’air printanier de la semaine écoulée – commet le faux pas. Qu’il se laisse aller à dire ou à écrire tout haut ce qu’il pense tout bas. Rassurez-vous, ce n’est pas le genre de cette maison; ici, on sait se tenir en public. Et puis, ce qu’on pense tout bas, on l’a déjà dit (souvent) très haut, et écrit très grand: on paye trop de taxes sur le travail, la qualité de l’air est mauvaise et celle de l’enseignement n’est pas terrible non plus. Chacun pose ses lignes, secoue tout ça et en tire les conclusions qu’il veut dans l’isoloir ce dimanche.

Élections 2019

Le 26 mai, la Belgique se rend aux urnes pour renouveller les parlements régionaux, fédéraux et européens. Suivez la campagne pas à pas dans notre dossier >

Je suis personnellement plus enclin à voter pour des personnes plutôt que pour un parti. J’ai la chance – oui, c’est une chance – de pouvoir côtoyer les politiques depuis des années et j’ai une vague idée de qui vaut quoi. La plupart des politiques sont des gens remarquables qui mouillent leur maillot pour que la société de demain soit meilleure que celle d’aujourd’hui – peu importe la couleur qu’il défende. J’ajoute que si on fait le job sérieusement, on ne fait pas de la politique pour gagner de l’argent: l’investissement est total peu importe le niveau de pouvoir auquel on exerce; la politique, si elle doit être bien faite, ne souffre pas la demi-mesure. On entre en politique au service du bien du plus grand nombre et souvent au détriment de son propre bien-être personnel tant la politique est un animal vorace en temps et en énergie.

Je suis personnellement assez enclin à voter pour des femmes parce que j’estime qu’il y en a trop peu aux plus hauts échelons de la politique, et que malgré tous les quotas et la bonne volonté du monde, je ne vois toujours pas de femme candidate Premier ministre, et je trouve cela dommage en 2019. Je ne fais pas du vote féminin un préalable mais à compétence égale, dimanche, je choisirai une femme.

Là, on pourrait passer quelques lignes à débriefer la campagne, écrire ce que vous savez déjà tous, qu’Ecolo et le MR se sont tirés dans les pattes et que le Parti socialiste va sans doute tirer les marrons du feu. Que la N-VA restera probablement la force politique structurante de la Flandre et que ceux qui avaient parié le contraire en seront pour leur frais. J’ajouterai ceci. Avec le recul, l’état de forme de la N-VA après cinq années passées au pouvoir fédéral est remarquable. Le parti sortira légèrement érodé des élections, éventuellement, mais la N-VA, un parti anti-establishment, ne s’est pas effondrée au contact du pouvoir, ce qui est parfois le cas des formations politiques construites sur le rejet du système: la N-VA est désormais devenue le système. Il n’y a plus grand-monde, du reste, en Belgique pour craindre la N-VA sur sa dimension séparatiste. Ceci posé, et disons-le sans pincettes: chaque voix que la N-VA conserve et qui ne tombe pas entre les mains du Vlaams Belang est une "bonne" voix. On peut discuter autant qu’on veut mais la N-VA n’est pas d’extrême droite et refuse de s’associer au Belang et c’est une très bonne chose – qu’on cautionne ou pas les autres orientations politiques du parti de Bart De Wever.

Le regroupement des scrutins asphyxie littéralement l’enjeu européen: la question de l’avenir de l’UE, du désintérêt des citoyens pour l’Europe, a été absente. Or on sait que les Salvini et les Le Pen font leur terreau de ce désamour européen et grandissent dans le vase de l’euroscepticisme. En leur cédant le terrain, en noyant les scrutins entre eux pour que ne ressorte que l’enjeu national, on leur facilite la tâche.

Allez, bon vote ce dimanche.

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