chronique

Rumble in the jungle: ça chauffe chez les nationalistes flamands…

Martin Buxant

La priorité de la N-VA est de contrecarrer la remontada politique du Vlaams Belang. Et là, il faut reconnaître que la formation d’extrême-droite marque des points.

Avec "Exploration du monde", c’est une génération entière qui a vu le monde défiler devant ses yeux sans avoir besoin d’aller plus loin qu’un centre culturel de quartier ou une salle de cinéma légèrement désuète. Gamin, on ouvrait des yeux ébahis face à ces contrées lointaines où les us et coutumes des habitants nous fascinaient et tout nous paraissait tellement exotique. "Voyage en terre inconnue" a succédé avec – signe des temps – davantage de mise en scène et de tralala mais qu’importe, l’idée est d’aller voir ailleurs comment les choses se passent. Après cette mise en bouche, on doit au moins vous parler du trésor des Incas, d’un trekking au fond de la Finlande voire une exploration du bush australien. Que nenni: on voudrait vous toucher un mot de la Flandre. C’est qu’il se passe de drôles de choses – ou du moins des choses importantes – au nord du Pays.

La tectonique des plaques politiques est à l’œuvre et il y a du frottement dans l’air. Les nationalistes flamands de la N-VA ont planté le gouvernement fédéral en décembre dernier et, première observation, il est juste d’écrire que personne n’avait vu venir ce crash. Le premier surpris a d’ailleurs été le Premier ministre Charles Michel lui-même, lui qui, jusqu’au bout, a toujours cru en la loyauté de son vice-Premier ministre fédéral Jan Jambon vis-à-vis de l’exécutif.

Michel, en recevant les ministres Jambon, Loones et Van Overtveldt, dans son bureau, fin décembre, lors d’une réunion disons à forte charge émotionnelle, a bien du constater que la N-VA retirait la prise du gouvernement sans aucun état d’âme. "Alors, c’est vraiment fini", a-t-il même soupiré. Le cœur et les tripes de Jan Jambon sont flamingants et le Premier ministre l’a appris à ses dépens. En outre, le président de la N-VA Bart De Wever a sifflé lui-même la fin de la récréation: il a sauté sur le prétexte du pacte de l’ONU sur les migrations pour placer une contre-attaque sur le Vlaams Belang.

Car ne nous trompons pas: la priorité de la N-VA, "ramollie" par une première participation au fédéral, est désormais de contrecarrer la remontada politique du Belang. Et là, il faut reconnaître que la formation d’extrême-droite marque des points. Après de fastidieux palabres, le président du Belang, Tom Van Grieken, a remporté la course à l’échalote nationaliste flamande. C’est sur une liste du Vlaams Belang que va en effet se retrouver la nouvelle star de l’ultra nationalisme flamand: Dries Van Langenhove.

Van Langenhove, 25 ans, c’est le nouveau golden-boy jaune et noir: il s’est fait connaître comme figure de proue de l’association Schild & Vrienden, Van Langenhove, c’est l’extrême droite avec une tête de premier de classe, avec sa cravate bien nouée, on lui donnerait le bon Dieu sans confession. C’est l’extrême-droite capable d’aller chasser sur les terres de la droite conservatrice flamande, les terres de la N-VA. Ajoutez à cela que Van Langenhove va conduire la liste Vlaams Belang dans le Brabant flamand, précisément là où va se présenter la star de la N-VA Theo Francken et vous aurez en mains les cartes pour comprendre la nervosité ambiante à cinq mois des élections.

Francken, que beaucoup annoncent comme successeur de De Wever à la tête de la N-VA, ne peut pas se permettre de perdre des plumes face à un gamin qui utilise les mêmes trucs et ficelles que lui. Van Langenhove n’hésite jamais à lancer des piques contre les médias qui, selon lui, passent leur temps à déformer ses propos. C’est pile la rhétorique qu’aime utiliser Francken, qui préfère d’ailleurs faire sa communication lui-même via les réseaux sociaux…

La sphère nationaliste flamande est en ébullition et, à côté, que voit-on? Un axe bleu/vert entre les libéraux flamands et Groen à l’image de la coalition gagnante portée à Malines par Bart Somers et Kristof Calvo. Pas certain que cette affiche-là soit exportable à une plus grande échelle ou qu’elle puisse constituer l’ossature d’une future coalition.

Il faudra - c’est une tradition bien de chez nous - encore et toujours en revenir aux démocrates-chrétiens. Plus que jamais, ils sont au centre de l’échiquier politique flamand.

Il faudra donc – c’est une tradition bien de chez nous – encore et toujours en revenir aux démocrates-chrétiens. Plus que jamais, ils sont au centre de l’échiquier politique flamand. Et dans la maison orange, on pourrait croire que c’est le désordre le plus complet mais il n’en est rien.

Méthodiquement, le président Wouter Beke a éliminé tous ses rivaux potentiels. Kris Peeters, cassé politiquement à Anvers, a entamé sa fuite en Egypte – pardon, vers la liste européenne. Pieter De Crem effectue un dernier petit tour d’interim comme ministre de l’Intérieur et Hilde Crevits, qu’on s’annonçait comme la nouvelle merveille du monde politique catholique flamand, peine à se faire connaître.

Wouter Beke, futur Premier ministre?